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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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Il resta avec elle pendant plusieurs heures. Puis elle se rendit compte que son image commençait à s’estomper et qu’elle allait s’évanouir, mais cela se faisait si lentement qu’il lui était impossible de remarquer le changement. Et enfin il disparut complètement.

— Reviendras-tu ? demanda-t-elle.

Mais il n’y eut pas de réponse.

Il revint pourtant, toujours à la tombée de la nuit, et elle le voyait apparaître tantôt près de son lit, tantôt devant l’étoile des hjjk. Jamais il ne parlait. Mais il souriait toujours, il emplissait toujours la pièce de sa présence affectueuse et de ce sentiment de bien-être et de paix profonde.

Thu-kimnibol était prêt à reprendre la route. Il regarda Weiawala et perçut les ondes d’anxiété, de tristesse et de chagrin qui émanaient de la fille de Salaman. Sa fourrure châtain avait perdu tout son éclat. Son organe sensoriel se dressait presque verticalement. Elle avait l’air affreusement malheureuse et effrayée. Et elle semblait incroyablement petite, bien plus petite qu’elle lui eût jamais paru. Mais il était si grand que toutes les femmes lui semblaient petites, et il en allait de même de la plupart des hommes.

— Alors, tu pars ? demanda-t-elle, incapable de le regarder en face.

— Oui. Esperasagiot est en train d’atteler les xlendis et Dumanka a chargé le ravitaillement dans les voitures.

— C’est donc un adieu.

— Pour cette fois.

— Oui, pour cette fois, dit-elle d’un ton amer. Ta cité t’appelle. Ta reine.

— Notre chef, tu veux dire.

— Peu importe. Elle t’ordonne de revenir et tu décampes aussitôt. Et il parait que tu es un prince !

— Écoute, Weiawala, je suis ici depuis plusieurs mois. Ma cité a besoin de moi et j’ai reçu l’ordre exprès de Taniane de regagner Dawinno. Prince ou pas, comment pourrais-je refuser de lui obéir ?

— Moi aussi, j’ai besoin de toi.

— Je sais, dit Thu-kimnibol.

Il la considéra bien en face et sentit l’hésitation le gagner. Il n’aurait pas beaucoup à se forcer pour la prendre dans ses bras et aller trouver Salaman pour lui dire : « Mon cousin, je veux prendre ta fille pour compagne. Permets-moi de l’emmener à Dawinno et, d’ici à quelques mois, nous reviendrons tous les deux, et notre union sera célébrée dans ton palais. » C’est certainement l’idée que Salaman avait derrière la tête quand, dès le premier soir, il lui avait offert la jeune fille « pour réchauffer son lit », comme l’avait dit le roi dans son parler cru et coloré.

Ce n’était pas une concubine que Salaman lui avait donnée en la personne de Weiawala, mais une compagne en puissance. Cela ne faisait aucun doute dans l’esprit de Thu-kimnibol. Le roi voulait effacer leur vieille brouille en cherchant à contracter pour sa famille une alliance avec l’homme le plus puissant de Dawinno. Une perspective qui avait à l’évidence bien des avantages pour Thu-kimnibol. Fils d’un roi, uni à la fille du successeur de ce roi il serait bien placé pour revendiquer le trône de Yissou, si ce trône devenait vacant et si d’aventure aucun des fils de Salaman n’était en position de l’occuper.

Mais il y avait deux obstacles à franchir.

D’une part, la mort de Naarinta était encore trop récente pour qu’il songe à prendre une nouvelle compagne. Dans la caste à laquelle il appartenait, certaines convenances devaient être respectées et il lui fallait ménager la susceptibilité de la famille de Naarinta. Il lui serait naturellement possible de s’unir un jour à une nouvelle compagne, mais pas encore, pas si vite.

Mais surtout il y avait un manque dans leurs relations. Il n’éprouvait pas d’amour pour Weiawala, du moins pas la sorte d’amour susceptible de pousser deux êtres à s’unir. Certes, ils avaient été inséparables depuis son arrivée et ils s’étaient accouplés avec une ardeur farouche et une passion jamais assouvie. Mais ils ne s’étaient pas unis une seule fois par le couplage. Thu-kimnibol n’avait pas éprouvé le désir d’accéder à cette intimité de l’âme et Weiawala n’avait pas semblé y attacher d’importance. Il trouvait cela révélateur : une union légitime sans couplage est vide de sens.

Et Weiawala était encore presque une enfant… Elle ne devait pas être plus âgée que sa nièce Nialli Apuilana. Comment pourrait-il s’unir à une enfant ? Il avait passé le cap de la quarantaine, ce qui, aux yeux de certains, faisait déjà de lui un homme d’un âge avancé. Non. Weiawala avait été une agréable compagne pendant son séjour à Yissou, mais maintenant, c’était terminé. Il devait la quitter et la chasser de son esprit, malgré ses pleurs et ses supplications.

Cette conduite n’était pas à l’honneur de Thu-kimnibol, mais il n’emmènerait pas Weiawala à Dawinno. C’était décidé.

Mal à l’aise, il cherchait les mots qui lui permettraient d’apaiser la jeune fille, ou tout au moins de se tirer d’embarras avec élégance, quand il vit arriver Biterulve, le jeune et séduisant fils du roi à la pâle fourrure et à l’esprit délié. Il tendit la main et serra celle de Thu-kimnibol d’une manière ferme et assurée.

— Je vous souhaite un bon voyage, mon cousin. Que les dieux vous gardent !

— Merci, Biterulve. Je sais que nous nous reverrons avant longtemps.

— Je m’en réjouis par avance, mon cousin.

Son regard se posa successivement sur Thu-kimnibol et sur Weiawala, puis revint se fixer sur le prince. L’espace d’un instant, il faillit poser la question qu’il avait sur le bord des lèvres, mais il décida de n’en rien faire. Biterulve avait été prompt à évaluer la situation ; la distance qu’il y avait entre eux et l’expression du regard de la jeune fille lui avaient suffi.

Il y eut un moment de gêne. Biterulve et Weiawala étaient frère et sœur ; ils étaient nés de la même mère, Sinithista. Il sautait aux yeux que Biterulve était le favori du roi. De tous les jeunes princes, il semblait être le plus intelligent et le plus doux. Il n’avait ni la morgue qui caractérisait Chham et Athimin, ni l’impétuosité des autres fils du roi. Mais, aussi doux qu’il fût, en voyant sa sœur abandonnée sous ses yeux, il aurait peut-être du mal à avaler la pilule. Allait-il essayer de forcer la décision et mettre tout le monde dans l’embarras ?

Apparemment pas. Il se tourna simplement vers Weiawala.

— Eh bien, ma sœur, lui dit-il avec un tact exquis, si Thu-kimnibol et toi vous êtes fait vos adieux, nous pouvons aller rejoindre notre mère. Elle sera contente de déjeuner avec nous.

Weiawala fixa sur lui un regard terne.

— Quand nous aurons fini, poursuivit Biterulve, nous monterons tous en haut du mur et nous regarderons partir notre cousin de Dawinno. Allez, viens. Viens vite.

Biterulve passa le bras autour des épaules de sa sœur. Il était à peine plus grand qu’elle et pas beaucoup plus musclé. Mais, à sa manière douce et persuasive, il réussit à l’entraîner hors de la pièce. Weiawala se retourna une fois pour lancer par-dessus son épaule un regard empreint de détresse dans la direction de Thu-kimnibol, puis elle disparut. Thu-kimnibol éprouva un profond sentiment de gratitude pour Biterulve. Que de sagesse chez ce jeune homme !

Mais Salaman se montrerait-il aussi compréhensif et aussi obligeant ?

Il aurait bien l’occasion un jour ou l’autre de remédier à cette situation. Il ne devrait pas être trop difficile de faire comprendre au roi qu’il était prématuré pour lui de s’allier à la famille royale de la Cité de Yissou, mais réussirait-il à le faire comprendre à Weiawala ? Heureusement, elle était jeune. Elle l’oublierait et elle tomberait amoureuse de quelqu’un d’autre.

Et si, un jour, je dois monter sur le trône de cette cité, se dit-il, je conférerai une haute position au prince Biterulve et je ferai en sorte de le garder auprès de moi. Et si les dieux ne m’accordent jamais le bonheur d’avoir un fils, il me succédera sur le trône de Yissou. Les deux dynasties régneront en alternance, un fils de Salaman, succédant au fils de Harruel.

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