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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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Il avait entendu parler de ce genre d’appareils. C’étaient des objets de l’époque de la Grande Planète et tout le monde était censé signaler une telle découverte à la Maison du Savoir. Soit, il le ferait. Si cela leur faisait plaisir, les experts de la Maison du Savoir pouvaient venir faire des fouilles dans la caverne et ils pouvaient tout emporter. Il ne demanderait même pas de récompense. Tout ce que je veux, se dit-il, c’est ne plus avoir à m’approcher de ces appareils diaboliques, c’est qu’on ne me demande pas d’y retourner en personne pour montrer où ils se trouvent…

Avec un frisson, Nialli Apuilana s’imagine soudain que sa chambre est remplie de hjjk. Elle n’a même pas décroché l’amulette du mur, mais ils semblent se matérialiser dans l’air, tout autour d’elle.

Ce ne sont pas les êtres doux et sages de ses souvenirs. Elle les perçoit maintenant comme ceux de sa race les ont toujours perçus : d’énormes et effrayantes créatures à la carapace luisante et aux membres velus, pourvues d’un bec acéré et de grands yeux brillants, qui s’agglutinent autour d’elle en émettant des sons rauques et âpres. Derrière eux, elle discerne la masse colossale de la Reine en Sa chambre, immobile, gigantesque, grotesque, qui l’appelle et lui offre les joies du lien du Nid et le réconfort de l’amour de la Reine.

L’amour de la Reine ?

Le lien du Nid ?

Que signifient ces termes ? Ce sont des mots vides de sens. Des aliments sans valeur nutritive.

Nialli Apuilana recule en tremblant et se plaque contre le mur du fond de sa chambre. Elle ferme les yeux, mais cela ne suffit pas pour masquer la vue des créatures cauchemardesques qui se pressent autour d’elle avec force claquements et cliquètements.

Éloignez-vous de moi !

Des insectes hideux et repoussants ! Comme elle les hait ! Et pourtant elle sait qu’elle a voulu vivre parmi eux. Elle a même cru être l’un d’eux. À moins que tout cela n’ait été qu’un rêve, un fantasme… Son séjour dans le Nid, ses conversations avec le penseur du Nid, son initiation à la vérité du Nid ? Avait-elle réellement vécu de son plein gré chez les hjjk, en était-elle venue à les aimer, eux et leur Reine ? Était-il concevable d’aimer les hjjk ?

Et Kundalimon ? N’était-il, lui aussi, qu’un rêve ?

L’amour de la Reine ! Le lien du Nid ! Viens nous rejoindre, Nialli ! Viens ! Viens ! Viens !

Tellement étrange. Tellement différent. Tellement horrible.

— Éloignez-vous de moi ! s’écrie-t-elle. Éloignez-vous, tous !

Ils l’accablent de regards de reproche. Tous ces yeux démesurés, brillants et froids.

Tu es des nôtres. Tu appartiens au Nid.

— Non ! Jamais je n’y ai appartenu !

Tu aimes la Reine. La Reine t’aime.

Était-ce vrai ? Non. Non ! Jamais elle n’avait pu croire cela. Ils avaient simplement dû l’ensorceler pendant qu’elle vivait dans le Nid. Mais maintenant, elle est libre. Jamais plus ils n’exerceront leur pouvoir sur elle.

Elle se laisse tomber à genoux et se recroqueville par terre. En tremblant et en sanglotant, elle touche ses bras, sa poitrine, son organe sensoriel. Est-ce hjjk ? se demande-t-elle en caressant son épaisse fourrure lustrée et en sentant la chaleur de sa chair.

Non. Non. Non. Non.

Elle appuie le front sur le sol.

— Yissou ! crie-t-elle. Yissou, protège-moi !

Et elle implore Mueri de la rassurer. Elle implore Friit de la guérir, de la délivrer de ce sortilège.

Elle s’efforce de chasser de son esprit les insupportables cliquètements.

Les dieux sont avec elle à présent, les Cinq Déités. Elle sent leur présence qui forme comme un bouclier autour d’elle. Elle disait autrefois à qui voulait l’entendre que leur existence n’était qu’un mythe ridicule, mais, depuis son retour des marais, ils l’ont protégée et maintenant, elle sent leur présence. Ils vont l’emporter. Les hjjk qui ont envahi sa chambre ne sont plus maintenant que des formes floues et immatérielles. Elle remercie les dieux, elle leur rend grâce et les larmes coulent sur ses joues.

Puis, petit à petit, elle commence à se calmer.

Aussi mystérieusement qu’il est venu, le trouble soudain qui vient de s’emparer de son esprit a cessé et elle redevient elle-même. La haine et le dégoût s’évanouissent. Je suis libre, se dit-elle. Mais elle ne l’est pas encore tout à fait. Elle ne voit plus les hjjk, mais ils exercent encore une attraction sur elle. Elle les aime à nouveau comme elle les aimait autrefois. Elle sent s’insinuer dans son esprit la conscience de la sublime harmonie du Nid, de la fervente application de ses habitants, des ondes palpitantes de l’amour de la Reine qui le parcourent sans relâche. Et l’amour de la Reine se met aussi à palpiter dans son cœur. Elle est imprégnée de la vérité du Nid.

Elle ne comprend pas. Comment peut-on passer aussi rapidement d’un extrême à l’autre ? Comme peut-on sentir simultanément dans son cœur la présence des Cinq et celle de la Reine ? Appartient-elle à la cité ou au Nid, au Peuple ou aux hjjk ?

Aux deux, peut-être. À moins que ce ne soit ni aux uns, ni aux autres ?

Qui suis-je ? se demande-t-elle. Que suis-je donc ?

Un autre jour, c’est Kundalimon qui lui apparut.

Il arriva à la tombée du soir. Elle ne s’était pas donné la peine d’allumer les lampes dans sa petite chambre et l’obscurité hâtée par la pluie commençait à gagner toute la cité. Elle le découvrit devant le mur qui faisait face à la porte, là où était accrochée l’étoile d’herbes tressées que les hjjk lui avaient offerte quand elle vivait dans le Nid.

— C’est toi ? murmura-t-elle.

Mais il ne répondit pas et resta immobile devant elle en lui souriant.

Son corps semblait entouré d’un halo miroitant et doré. Mais, à l’intérieur de cette aura, il avait exactement l’apparence de celui qu’il avait été pendant les dernières semaines de sa vie, mince jusqu’à en paraître frêle. Mais ce corps sec n’était pas dépourvu de vigueur et le regard était toujours tendre et radieux. Au début, Nialli Apuilana eut peur de le regarder trop attentivement, car elle redoutait de découvrir sur son corps les marques de la violence. Mais elle trouva ensuite le courage de l’examiner de la tête aux pieds et elle vit qu’il n’y en avait pas.

— Tu ne portes pas tes amulettes, dit-elle.

Il continua de sourire sans rien dire.

Peut-être les a-t-il données à quelqu’un, songea-t-elle. À l’un des enfants avec qui il parlait dans la rue. Ou peut-être les a-t-il rapportées dans le Nid, maintenant que son ambassade est terminée.

— Approche-toi, dit-elle. Laisse-moi te toucher.

Il secoua la tête sans cesser de sourire. Des flots d’amour continuaient d’émaner de lui. Elle n’avait pas besoin de le toucher. Elle se sentait envahie par un grand calme, une profonde assurance. Il y avait beaucoup de choses dans la vie qu’elle ne comprenait pas et ne comprendrait peut-être jamais, mais cela n’avait pas d’importance. Tout ce qui comptait, c’était d’être calme, et bon, et ouvert, et d’accepter tout ce qui pouvait arriver.

— Es-tu avec la Reine ? demanda-t-elle.

Il ne répondit pas.

— Est-ce que tu m’aimes ?

Un sourire. Rien qu’un sourire.

— Tu sais que, moi, je t’aime.

Un nouveau sourire. Comme un ruissellement de lumière.

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