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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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— Kundalimon nous guide d’en haut, reprit l’enfant-prêtre. Il nous dit que la Reine est notre consolation et notre joie.

— La Reine est notre consolation et notre joie, répéta l’assemblée des fidèles.

Mais, cette fois, un costaud assis trois rangs devant Husathirn Mueri, comme mû par un ressort, se leva et cria :

— La Reine est le seul vrai dieu !

— La Reine est le seul vrai…, commença à répéter docilement le chœur des fidèles.

— Non ! hurla le garçon. La Reine n’est pas un dieu !

— Alors, qu’est-elle ? Qu’est-elle ?

Pendant quelques instants, la cérémonie tourna à la confusion. Tout le monde se levait et criait en gesticulant.

— Dis-nous ce qu’est la Reine !

L’enfant-prêtre sauta sur l’autel et le silence se fit aussitôt.

— La Reine, dit-il de sa voix étrangement aiguë et chantante, est d’essence divine, car Elle descend des habitants de la Grande Planète qui vivaient devant des dieux. Mais Elle n’est pas un dieu Elle-même.

Le garçon semblait répéter comme un perroquet un texte appris par cœur.

— Elle est l’architecte de la porte par laquelle les vrais dieux reviendront un jour, poursuivit-il. Telle est la parole de Kundalimon.

— Tu veux dire les humains ? demanda le costaud qui avait déjà parlé. Les humains sont-ils les vrais dieux ?

— Les humains sont… Ils sont…

La voix manqua à l’enfant-prêtre. Il n’avait pas de réponse toute prête à cette question. Il lança à la fillette un regard empreint de détresse et elle leva son organe sensoriel avant de l’enrouler autour de la cheville du garçon dans un geste d’une étonnante intimité. Stupéfait Husathirn Mueri retint son souffle.

Ce geste sembla redonner de l’assurance à l’enfant-prêtre.

— La révélation des humains est encore à venir ! s’écria-t-il, tout son aplomb retrouvé. Nous devons continuer d’attendre la révélation des humains ! En attendant, la Reine sera notre guide ! poursuivit-il en accompagnant ses paroles de quelques sons hjjk. Elle est notre consolation et notre joie !

— Elle est notre consolation et notre joie !

Tout le monde se mit à émettre à qui mieux mieux des cliquètements discordants. La cacophonie était horrifique. L’enfant-prêtre avait repris l’ascendant sur ses fidèles et c’était tout aussi terrifiant.

— Kundalimon ! criaient-ils. Kundalimon, toi le martyr, conduis-nous à la vérité !

L’enfant-prêtre leva les bras. Même à la distance où il se trouvait, Husathirn Mueri voyait la flamme de la conviction briller dans ses yeux.

— Elle est la lumière et la voie.

— Elle est la lumière et la voie.

— Elle est l’essence et la substance.

— Elle est l’essence et…

— Regardez, murmura Husathirn Mueri. La fille a placé son organe sensoriel sur le sien.

— Ils vont accomplir un couplage, Votre Grâce. Et tout le monde va faire pareil.

— Certainement pas ! Pas tous ensemble, dans la même pièce !

— C’est pourtant ce qu’ils font, répliqua Chevkija Aim d’un ton désinvolte. Tout le monde accomplit un couplage et ils laissent la Reine pénétrer dans leur âme, à ce qu’il paraît. C’est leur coutume.

— C’est la plus grande infamie qui se puisse concevoir, souffla Husathirn Mueri, incrédule et atterré.

— J’ai des gardes à la porte. Nous pouvons, sur votre ordre, faire évacuer la salle en cinq minutes et tout détruire chez ces adorateurs des hjjk.

— Non.

— Mais vous avez vu ce qu’ils…

— J’ai dit non. Il n’est pas question de reprendre les persécutions. Ce sont les instructions formelles du chef et vous le savez aussi bien que moi.

— Je comprends, Votre Grâce, mais…

— Nous n’arrêterons personne et nous ne toucherons pas à cette chapelle. Pour l’instant, tout au moins. Mais ne relâchez pas votre surveillance. Comment pourrions-nous comprendre quel genre de menace nous avons à affronter, si nous ne regardons pas l’ennemi en face ? Vous m’avez bien compris ?

Les lèvres pincées, le capitaine de la garde hocha lentement la tête.

Husathirn Mueri tourna la tête. Devant lui les silhouettes floues des fidèles se levaient, se déplaçaient et se réunissaient par petits groupes. Un bourdonnement sourd et intense avait remplacé les cliquètements hjjk. Personne ne s’occupait des deux hommes qui chuchotaient au fond de la salle. L’air surchauffé de l’étroite pièce donnait l’impression de devoir s’enflammer d’un instant à l’autre.

— Il vaudrait mieux partir maintenant, dit calmement Chevkija Aim.

Husathirn Mueri ne répondit pas.

Il était cloué sur place. À l’autre bout de la salle, les deux enfants accomplissaient impudemment leur couplage devant l’autel et, deux par deux, les fidèles commençaient de s’unir dans cette manière de communion. Husathirn Mueri n’avait jamais entendu parler d’une telle indignité, il n’avait jamais imaginé que ce fût possible et il observait maintenant le spectacle avec une fascination mêlée d’horreur.

— Si nous restons, murmura Chevkija Aim, ils vont vouloir que nous fassions comme eux.

— Oui. Oui. Il faut partir.

— Vous vous sentez bien ?

— Il faut… partir…

— Donnez-moi la main, Votre Grâce. Voilà. Très bien. Venez, maintenant. Debout. Debout !

— Oui, dit Husathirn Mueri.

Il avait l’impression que ses pieds refusaient de lui obéir. Il s’appuya de tout son poids sur le capitaine de la garde et se dirigea d’un pas chancelant vers la porte.

Elle est la lumière et la voie.

Elle est l’essence et la substance.

Elle est le commencement et la fin.

L’air frais de la rue le frappa au visage avec la force d’un coup de poing.

— Ce que je croyais avant, dit Hresh, c’est ce que tout le monde croyait. Qu’il s’agit d’une race malfaisante et incompréhensible. Qu’ils sont nos ennemis et représentent pour nous une menace permanente. Mais, depuis quelque temps, je suis en train de revenir sur mon opinion.

— Moi aussi, dit Nialli Apuilana.

— Comment cela ?

— Ce serait plus facile pour moi, si tu parlais le premier, père, dit-elle sans répondre à sa question.

— Mais tu m’as dit que tu étais venue me voir pour me raconter certaines choses.

— Je le ferai. Mais il faut que ce soit un échange. Ce que tu sais en échange de ce que je sais. Et je veux que ce soit toi qui commences. S’il te plaît, père ! S’il te plaît !

Hresh fixa sur elle un regard perplexe. Décidément, elle était toujours aussi déroutante.

— Très bien, dit-il au bout d’un moment. Je suppose que tout a commencé pour moi le jour où tu as pris la parole devant le Praesidium, quand tu as déclaré que les hjjk ne devaient pas être considérés comme des monstres et qu’il s’agissait en réalité d’êtres intelligents, dotés d’une civilisation riche et complexe. Tu es même allée jusqu’à les qualifier d’humains, dans l’acception particulière de ce mot qu’il m’arrive également d’utiliser. C’était la première indication que tu donnais sur ce que tu avais vécu dans le Nid. Et j’ai compris que ce que tu affirmais devait avoir été vrai à une certaine époque, car ils avaient appartenu à la Grande Planète. Et, dans les visions que j’ai eues de cette civilisation, je les voyais vivre en paix et en parfaite harmonie avec les yeux de saphir, les humains et les autres races. Comment auraient-ils pu être des démons et des monstres, s’ils appartenaient à la Grande Planète ?

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