La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Nouveau printemps #2
- Год: 1990
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-06701-0
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
Il rangea l’antique parchemin Beng dans le coffret des chroniques qu’il referma et il laissa sa main sur le couvercle.
— Si j’avais su à l’époque ce que je sais aujourd’hui, poursuivit-il, tout aurait pu être différent.
— Que veux-tu dire ?
— Ce que je sais sur les hjjk. Sur le Nid.
— Je ne comprends pas.
— Je commence à avoir une idée de ce qu’est le Nid. De cette énorme machine vivante. De la perfection de sa structure, de la manière dont tout tourne autour de la vaste intelligence directrice qu’est la Reine, qui est Elle-même l’incarnation du principe directeur de l’univers…
C’était au tour de Nialli Apuilana d’être stupéfaite.
— Tu parles presque comme quelqu’un qui serait allé dans le Nid !
— J’y suis allé, dit Hresh. C’est une des choses que je voulais te dire.
— Quoi ? s’écria-t-elle, le regard brillant d’étonnement et d’incrédulité. Tu es allé dans le Nid, toi ?
Elle eut un mouvement de recul et se redressa. Bouche bée, elle s’appuya des deux mains sur le bord de la table.
— Que me racontes-tu, père ? Est-ce une blague ? Ce ne sont pas des sujets de plaisanterie.
— J’ai vu les petits Nids, comme celui où on t’a emmenée, dit-il en lui reprenant la main. Et après, je me suis approché du Grand Nid, de celui où se trouve la grande Reine, mais j’ai fait demi-tour avant de l’atteindre.
— Quand ? Comment ?
— Ce n’était pas moi en chair et en os, Nialli, dit-il en souriant. Je n’y étais pas vraiment. C’était seulement avec le Barak Dayir.
— Mais alors, tu y es allé, tu y es vraiment allé ! s’écria-t-elle en lui serrant le bras dans son excitation. Les visions que te montre le Barak Dayir sont toujours vraies, père ! C’est toi qui me l’as dit ! Tu as vu le Nid ! Tu as donc dû découvrir la vérité du Nid ! Tu comprends !
— Crois-tu ? Moi, je pense que j’en suis loin.
— Mais non !
— Je comprends peut-être un peu, dit-il en secouant la tête. Mais seulement un petit peu, je pense. Ce n’est vraiment qu’un commencement. Je n’ai eu qu’une vision fugitive du Nid, Nialli. Cela n’a duré qu’un instant.
— Même un instant suffit. Crois-moi, père, il est impossible d’entrer en contact avec le Nid sans être pénétré de la vérité du Nid. Et donc sans découvrir le lien du Nid, le plan de l’Œuf et tout le reste.
— Je ne sais pas ce que signifient ces mots, dit-il en fouillant dans sa mémoire. Pas vraiment.
— C’est ce dont tu m’as parlé il y a quelques minutes. Quand tu as dit que le Nid était une énorme machine vivante, quand tu as parlé de la perfection de sa structure.
— Explique-moi ! Explique-moi !
L’expression de Nialli Apuilana changea et elle sembla s’enfoncer en elle-même.
— Le lien du Nid, commença-t-elle d’une voix étrangement aiguë, est la conscience des rapports existant entre toutes choses dans l’univers. Nous sommes tous des parties du Nid, y compris ceux qui ne l’ont jamais connu et ceux pour qui les hjjk ne sont que des monstres repoussants. Car tout est uni en une grande structure unique qui est la force de la vie, éternelle et irrésistible. Les hjjk sont le véhicule par lequel cette force se manifeste à notre époque et la Reine est son esprit directeur sur notre planète. C’est cela, la vérité du Nid. Et le plan de l’Œuf est l’énergie que la Reine produit en créant le flot continu du renouvellement. La lumière de la Reine est l’éclat de Sa chaleur ; l’amour de la Reine est la marque de Sa grande affection pour nous tous.
Abasourdi par l’envolée de sa fille, Hresh fixait sur elle un regard ahuri. Les mots avaient jailli de ses lèvres avec une violence irrépressible et l’on eut presque dit que quelqu’un ou quelque chose parlait par sa bouche. Son visage était illuminé et ses yeux brillaient d’une conviction absolue et inébranlable. Elle semblait transportée par un zèle visionnaire qui embrasait tout son être.
Puis la flamme se mit à vaciller avant de s’éteindre et elle redevint Nialli Apuilana, la jeune femme troublée et mal à l’aise qu’elle avait été quelques instants plus tôt.
Elle demeura hébétée, l’air abattu.
Décidément, songea Hresh, ma fille est un mystère pour moi.
Et il y avait ces autres mystères, ceux du Nid, des mystères profonds. Il savait qu’en entendre parler comme cela ne lui permettrait jamais d’en saisir toute la complexité. Il regrettait maintenant de ne pas être resté plus longtemps au pays des hjjk quand il avait effectué son voyage hors de son enveloppe charnelle avec l’aide du Barak Dayir. Il commençait à se rendre compte qu’il lui faudrait sous peu entreprendre un autre voyage et établir avec le Nid un contact beaucoup plus profond qu’il ne l’avait fait la première fois. Il lui fallait apprendre ce que Nialli Apuilana avait appris et l’apprendre directement. Même si cela devait lui coûter la vie.
Il se sentait extrêmement las. Et elle paraissait épuisée. Hresh comprit qu’ils s’étaient dit tout ce qu’ils avaient à se dire ce jour-là.
Mais Nialli Apuilana ne semblait pas tout à fait prête à mettre un terme à leur entretien.
— Alors ? demanda-t-elle. Qu’en penses-tu ? Comprends-tu maintenant ce qu’est le lien du Nid ? Le plan de l’Œuf ? L’amour de la Reine ?
— Tu as l’air si fatiguée, Nialli, dit-il en lui caressant la joue. Tu devrais aller te reposer.
— Je vais y aller. Mais dis-moi d’abord que tu as compris ce que j’ai dit, père. Et je n’avais pas vraiment besoin de le dire, n’est-ce pas ? Tu savais déjà tout cela, non ? Tu as dû le voir quand tu as regardé dans le Nid avec ta Pierre des Miracles.
— Une partie, c’est vrai. Cette structure nécessaire, ce sens de l’ordre universel. Oui, j’ai vu cela. Mais je n’ai fait que jeter un coup d’œil et je suis reparti. Le lien du Nid, la lumière de la Reine… Non, ces termes ne sont pour moi que des mots. Ils n’ont pas véritablement de substance dans mon esprit.
— Je pense que tu en as compris plus que tu ne le soupçonnes.
— Ce n’est que le tout début de la compréhension.
— C’est déjà un début.
— Oui. Oui. Je sais au moins ce que les hjjk ne sont pas.
— Pas des démons, tu veux dire ? Pas des monstres ?
— Pas des ennemis.
— Non, dit Nialli Apuilana, ils ne sont pas des ennemis. Des adversaires, peut-être, mais pas des ennemis.
— La nuance est très subtile.
— Mais elle est très réelle, père.
Thu-kimnibol était enfin de retour chez lui. Le voyage avait été rapide – pas assez à son goût – et s’était passé sans incident. Il parcourait maintenant les salles imposantes et désertes de sa magnifique villa qu’il redécouvrait avec plaisir et dont il reprenait possession après sa longue absence. Il avait l’impression d’être parti pendant dix mille ans. Seul, il faisait le tour des pièces où se répercutait le bruit de ses pas, s’arrêtant de loin en loin pour examiner certains des objets exposés dans les vitrines.
La villa semblait peuplée de fantômes et de spectres. Ces objets avaient en réalité appartenu à Naarinta ; c’est elle qui avait rassemblé la plupart des trésors antiques qui remplissaient la demeure, les fragments de sculptures, les vestiges architecturaux de la Grande Planète et les curieux objets de métal tordu dont l’usage resterait à jamais inconnu. Tandis qu’il les contemplait, il éprouva des picotements dans son organe sensoriel et il sentit l’antiquité considérable de ces objets mutilés envahir l’espace tout autour de lui avec une étonnante vitalité, vibrer et palpiter d’une énergie singulière, au point de faire de la villa un lieu de mort, bien qu’elle n’eût été construite qu’une douzaine d’années plus tôt.