Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
«Toulonnais-l’Amitié s’était mis à la poursuite de la comédienne. Son maître l’avait suivi. Ils revinrent tous deux, longtemps après, par une nuit noire, avec un étranger qui hérita sans doute de la chambre à coucher de Mason. Les lettres que l’Amitié mit alors à la poste de Sartène étaient adressées à Berlin. À Berlin, un riche banquier juif manquait. Beaucoup d’argent prussien arriva.
«Puis le Père fit un voyage en Autriche, puis encore un voyage en Russie. Il y avait de la place dans les caves de la Merci. Ceux qui revenaient avec le Père et Toulonnais-l’Amitié entraient là et n’en sortaient plus.
«En 1821, Toulonnais-l’Amitié était déjà un jeune homme, un beau et solide gaillard, hardi luron, effronté compère, amoureux de toutes les femmes, et tuant là-bas le temps comme il pouvait. Il est bien entendu que je vous ai montré tout d’un coup le dessous des cartes; aux environs de Sartène, on était loin d’en savoir aussi long que vous. Les idées politiques qui ont fait la révolution de 1830 s’éveillaient alors dans toute l’Europe, et le souffle des sociétés secrètes de l’Italie pénétrait jusqu’en ce coin reculé. Pour tous ceux qui cherchaient des explications, le Père était un missionnaire du carbonarisme.
«Ce qui le prouvait, c’était sa haine contre Sébastien Reni, des comtes Bozzo, le chef nominal du clan, lequel restait dévoué aux Bourbons. Sébastien Reni mourut au château en cette année 1821, et sa veuve, une pieuse femme, ne pouvait tarder à le rejoindre dans la tombe, car les médecins l’avaient condamnée. Leur jeune fille, doux ange de beauté, de grâce et de bonté, avait quitté, pour leur donner des soins, le couvent de Sartène, où elle achevait son éducation.
«Giovanna-Maria Reni allait avoir seize ans. Sa tante, la supérieure des bernardines de Sartène, l’avait élevée comme une grande dame qu’elle devait être. Elle était destinée à l’un de ses cousins de Bastia qui tenait le haut bout parmi la jeunesse insulaire. Un soir, revenant de l’église, elle fut attaquée, non loin des ruines, par ce don Juan en herbe, Toulonnais-l’Amitié. Celui-là ne respectait rien. Un jeune garçon de la ville, armurier ciseleur de son état, se battit pour elle et fit un mauvais parti au séducteur. Giovanna-Maria se souvint de lui. Toulonnais ne l’oublia pas non plus.
«Saluez, messieurs les auteurs! Vos héros entrent en scène. L’armurier ciseleur de Sartène avait nom André Maynotte, et Giovanna-Maria, ce bel ange, est votre comtesse Olympe Verdier.
XXI Le secret de la pièce
L’œil de M. Bruneau avait brillé deux fois. On eût dit que sa prunelle, dure et froide comme un caillou, rendait deux étincelles au choc de ce nom: Giovanna-Maria. Maurice écoutait, les yeux baissés, cherchant dans ce récit, embrouillé comme à plaisir, non plus la fantaisie d’un drame, mais la série de faits, applicable à la réalité qui l’entourait. Ses sourcils froncés donnaient à son visage une expression plus virile. On ne peut dire qu’il comprit tout, mais il devinait beaucoup, et le narrateur, sentant la communication établie, s’adressait à lui de préférence.
Etienne, fidèle à sa pièce, cherchait un scénario. Il s’égarait avec une voluptueuse angoisse dans les broussailles de cette histoire confuse. Il prenait des notes impossibles. L’énorme silhouette de l’Habit-Noir lui apparaissait au-dessus de toutes ces brumes. Il voyait un acte dans la cave, située sous les ruines du couvent. La comédienne avait-elle un rôle par la suite: tout dépendait de là!
Mais morbleu! la seule affaire Maynotte, sortant ainsi de ces dramatiques fourrés, promettait trois ou quatre tableaux à choisir.
M. Bruneau poursuivit:
– Je tiens à vous dire, de peur de l’oublier, qu’un homme fut pendu à Londres, pour le meurtre de John Mason. Une tête roula dans le panier pour la disparition du banquier juif de Berlin. Le mort de Vienne et le mort de Saint-Pétersbourg furent vengés par l’échafaud. L’Habit-Noir et la loi restèrent quittes. Les bons comptes font les bons amis.
«Cet André Maynotte était orphelin de père et de mère. Ni son ambition ni son intelligence peut-être n’allaient au-delà de son état, mais la vue de Giovanna lui fit une autre âme. Il aima.
«Tant mieux et tant pis pour vous, mes jeunes maîtres, si ce mot vous dit tout…
– Votre voix tremble en le prononçant, murmura Maurice avec un intérêt profond.
– C’est que mon cœur saigne, répondit le Normand, reprenant son calme à l’aide d’un violent effort. Quel homme n’a un souvenir? J’ai souffert… André Maynotte déserta son atelier; il courait après son cœur qui avait fui hors de sa poitrine. Il passait les jours et les nuits à rôder autour de ces sombres murailles qui le séparaient de son bien-aimé trésor.
– Et Giovanna-Maria savait cela?
– Elles savent tout, celles qui sont aimées! Le soir même où mourait la mère de Giovanna, Toulonnais-l’Amitié avait fait dessein de l’enlever. André ignorait ce complot, mais il avait bien de l’angoisse. Au lieu de rentrer dans sa demeure, il errait en rêvant sur la lisière des bois de myrtes. La nuit était venue et déjà tous les bruits se taisaient. Tout à coup, un pas léger sonna sur la poussière du sentier et André entendit une voix d’enfant qui l’appelait par son nom.
«- Par ici, mignonne, dit André, car il avait reconnu dans l’ombre Fanchette, la petite-fille du Père-à-tous. Une étrange créature qui était tout le cœur de son aïeul et dont ceux du pays disaient qu’elle serait plus riche qu’une reine.
«L’enfant bondit sous le couvert et vint se jeter essoufflée entre les jambes d’André.
«- La nuit ne me fait pas peur, dit-elle; mais le secrétaire de mon bon-papa est un bandit. S’il m’a suivie, il me tuera!
«Elle fit un signe qui commandait le silence et prêta l’oreille. Tout était muet aux alentours. André demanda:
«- Pourquoi Toulonnais te suivrait-il, fillette?
«- Parce que la Giovanna m’a envoyée vers toi.
«- La Giovanna! murmura André dont les jambes faiblirent sous le poids de son corps.
«C’était un grand amour qu’il avait dans l’âme.
«- Te voilà qui trembles, dit l’enfant, comme elle tremblait quand elle a parlé de toi. Mais, écoute: Toulonnais-l’Amitié est un bandit; je le déteste; il fait peur à mon père et à ma mère, quoiqu’ils soient les enfants du Maître. Ce soir, il rôdait au château, dans le corridor qui conduit à la chambre de la morte. As-tu vu des morts? Moi, j’aurais voulu voir la morte: je rôdais aussi. J’ai entendu l’Amitié qui disait à la chambrière: «Je te donnerai dix napoléons…» Il lui serrait le bras; elle pleurait. J’ai entendu qu’il disait encore: «Les chevaux attendront à mi-chemin des ruines…» La chambrière a répondu: «Mais le diacre qui garde la chambre mortuaire…» L’Amitié s’est mis à sourire, disant: «On lui a bouché les oreilles et les yeux avec des ducats…» Et il a ajouté: «Demain, elle retournera au couvent, il sera trop tard: je la veux cette nuit.»
«André semblait changé en statue.