Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
Ce géant qu’on appelle tout le monde, est un romancier aussi: ses imaginations ont cent queues et cent têtes. Une fois l’Habit-Noir inventé, ou retrouvé, la poésie de tout le monde se mit en frais et le drapa de pied en cap dans le manteau de ses propres fantaisies. Il eut tous les noms, tous les costumes et toutes les physionomies. Nul ne douta. Sa grande figure plana dans l’ombre de ces fêtes vineuses et rauques qui enrouent les échos de la cité; les conteurs bourgeois lui cherchèrent des bons mots avec de bonnes aventures, et les salons nobles eux-mêmes entrouvrirent en riant leur porte à cette gloire légendaire.
En riant, voilà toute la différence. Aux veillées campagnardes, la peur est sérieuse. Les veillées parisiennes ont beau trembler, cela ne les empêche pas de rire. Elles font une nique bouffonne à leurs terreurs et se consolent de leur crédulité à force de moqueries.
Nous avons tant d’esprit à Paris! Voyez plutôt quelle douce gaieté entoure aujourd’hui ce nom de Dumolard! Que de bons mots! Que de calembours! À Paris, nous avons tant d’esprit!
Soit qu’elle rit, du reste, soit qu’elle demeure sérieuse, il y a un charme dans la peur. Cela est avéré, les dames surtout aiment à frémir. Le conte de revenants, ce grand succès des temps passés, est tombé uniquement parce que les revenants ne font plus peur. Les revenants ont le tort de ne point se montrer assez souvent; la frayeur attend, puis s’apaise, et la vogue s’enfuit avec la frayeur. Il n’y a plus de revenants.
Mais les voleurs, voilà une institution qui n’est pas menacée de périr! À mesure que le progrès se fait et que la civilisation perfectionne son œuvre, le vol, saisi d’émulation, grandit et se développe sur une échelle tout à fait épique. Je parle seulement ici, bien entendu, du vol qui est une profession et un art, laissant de côté l’escroquerie honteuse des fournisseurs et l’ignoble fraude des marchands. Fi donc! qu’on rive l’anneau de fer au pied de nos bandits ou qu’on leur coupe galamment la tête, mais qu’on veuille bien ne les point comparer aux obscènes marauds qui empoisonnent le vin des pauvres et qui contraignent la balance, ce symbole d’équité, à rogner la bouchée de pain de l’affamé!
Les voleurs! les vrais voleurs! ceux qui sont habillés de velours noir à l’Opéra-Comique et qui portent ces toques coquettes, d’où pendent des plumets rouges, ou bien ces grands feutres, plus beaux que ceux des mousquetaires! Les voleurs de cape et d’épée! Les bandits! les chers bandits! Les hommes à escopette, à bottes molles; les hommes à guitare, s’ils sont d’Espagne ou d’Italie; les hommes qui portent un cor d’argent en sautoir, s’ils ont le bonheur d’habiter le Hartz ou la Forêt-Noire, les gens à rapière et à manchettes, les gens de sac, les gens de corde, les brigands, les bien-aimés brigands! Ce ne sont pas des êtres chimériques; le caprice est fait ici de chair et d’os. Combien d’Anglaises ont perdu la tête pour l’amour de ces hardis vainqueurs! Combien d’Espagnoles! Combien de Calabraises! Ils ont le don de fondre la glace même qui fige le sang des Allemandes; les Russes, ces Françaises du Nord, cabriolent pour eux. Sous quel prétexte les Parisiennes resteraient-elles en arrière?
Elles ne restent pas en arrière. Elles déplorent, il est vrai, le prosaïsme du temps qui a supprimé le pourpoint crevé de velours et la plume rouge sur la toque; mais que le cor du mystérieux chasseur éveille une bonne nuit les échos de leur forêt de Paris, vous les verrez tressaillir ou se pâmer.
C’est la peur. Oui, certes, c’est la peur. Mais je le répète, il est doux de trembler. La peur contient un charme. Or, la Parisienne n’a qu’une prétention, c’est d’être jusqu’à sa quarantième année le plus charmant enfant qui soit au monde.
Il était jeune, ce grand chef, on le disait: tout jeune et d’autant plus terrible. On disait encore que c’était presque un vieillard, rompu à toutes les habiletés du crime. Le vrai, c’est qu’il avait trente-cinq ans, le front large et pâle, l’œil froid, mais si brûlant! la barbe noire, la taille haute, la main blanche, le nez aquilin, le pied petit, les sourcils arqués et tranchés comme une incrustation d’ébène dans de l’ivoire. Palmer, c’était son nom, ou plutôt Cordova, peut-être Rosenthal. Bâtard de grande maison, selon toute apparence: les erreurs de Mme la duchesse ont produit de superbes voleurs.
Non pas cependant. C’était un fils du peuple, Gaulois de la tête aux pieds, vivante protestation de la misère: une figure riante et hardie, couronnée de cheveux blonds et bouclés. Joli homme, audacieux, galant, un peu brutal. Cela ne messied pas aux blonds; c’est une surprise. Erreur: une face de bouledogue! John Bull et du Guesclin! poings carrés, nez fendu, longues oreilles, poil ras, dents de loup!
Il demeurait dans une cave, quelque part. On faisait des descriptions de sa cave. N’y avait-il pas plus de vraisemblance pourtant à supposer qu’il habitait une carrière? Il y a où mettre des milliers de romans dans le ventre de la butte Montmartre. Clamart est bon aussi, aussi Montrouge, Arcueil et Villejuif. Mais cela vaut-il, pour un commerce pareil, un appartement: garni de six mille francs par mois, rue Richelieu ou place Vendôme? Un prince à la cave, quelle extravagance!
Il était donc prince? Il n’y a certes point de voleurs parmi les princes du palais, il y a beaucoup de princes parmi les voleurs.
Allons donc! ce vieux monde ne produit plus! Il venait en droite ligne d’Amérique, où M. Barnum attendait son retour pour le montrer, pour l’exhiber, à raison de dix dollars par fauteuil et par soirée.
Facéties de la petite presse: n’y croyez pas. Avez-vous vu un Anglais millionnaire? un membre de la Chambre haute? un marchand de coton de Manchester? un coutelier de Birmingham? lord Thompson ou master Thompson? Regardez-moi ce faciès sérieux, rouge, flasque, fier, apoplectique. Voilà notre homme! il tromperait Vidocq!
Vous n’y êtes point! L’Habit-Noir: ce mot dit tout. Ne voyez-vous pas un jeune puritain sec, grave, précis, méthodique, tout battant neuf, habillé de la soutane de Genève? Rien de plus commode que l’uniforme des quakers pour cacher une bonne lame et un trousseau de fausses clefs. Que parlez-vous de Vidocq? celui-là tromperait M. Lecoq, qui est un Vidocq et demi!
Mais ce M. Lecoq lui-même? Toulonnais-l’Amitié?… Autre mystère, c’est vrai. Il y a des conversions étranges et des transformations qui font frémir, M. Lecoq est peut-être un preux chevalier maintenant, et qui sait si nous ne le verrons pas combattre le géant Habit-Noir? Patience! nous allons faire connaissance bientôt avec le paladin et avec le monstre.
XXIII Le logis de M. Bruneau
En quittant les deux jeunes gens, M. Bruneau, évidemment pressé, prit la peine pourtant de refermer la porte. Il traversa d’un pas rapide la chambre de notre héros Michel, que nous brûlons de présenter enfin au lecteur. En passant devant la croisée, il s’arrêta court, fit un crochet et vint coller son œil aux carreaux.
La fenêtre qui faisait face, et où brillait naguère la lampe de la pauvre malade, était noire. Sans doute Mme Leber dormait, mais une lumière se montrait à la croisée voisine qui éclairait la chambre de sa fille. Un groupe se projetait sur les rideaux, ou plutôt un couple, dessiné par la bougie unique, allumée au piano d’Edmée: une femme debout et, la tête penchée, un jeune homme agenouillé.