Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
Ce Normand à l’allure bourgeoise prenait pour eux de plus en plus des proportions étranges.
Et derrière l’épaisseur lourde de son masque, cette autre physionomie dont nous avons parlé, cette seconde peau, ce latent caractère de hardiesse vigoureuse et d’implacable intelligence lentement se dégageait…
XX Des tas d’histoires
M. Bruneau avait pris à la main la brochure. Il en parcourait le titre naïf en rêvant. Un instant, il se recueillit et sa main robuste pressa son front comme pour en exprimer la pensée.
– Il y a là un point de départ surprenant, poignant et vrai, ce qui ne gâte rien, prononça-t-il avec lenteur. Ceci est de l’histoire, quoique ce ne soit pas de l’histoire intelligente, car l’auteur, pour écrire, s’est mis au même point de vue que les juges pour juger. Soyez tranquille, monsieur Roland, je ne dirai rien contre votre père.
– Oh! répliqua Etienne, ne vous gênez pas. Il s’agit du drame.
– Je regarde votre père comme un digne magistrat, et j’admets que le vôtre fit son devoir, monsieur Schwartz.
– Je ne vous laisserais pas dire le contraire, interrompit Maurice. Le Normand s’inclina avec gravité.
– Ce qui n’empêche pas, reprit-il en élevant la voix, que cet André Maynotte était un innocent et que vous allez avoir en lui un premier rôle haut comme la colonne Vendôme. Écoutez-moi bien. Le drame n’attend pas la représentation: il se joue; nous le jouons, et je suis ici pour que vous sachiez ce qu’il faut savoir pour ne pas manquer vos entrées. Y êtes-vous?
– Nous y sommes! répondirent les deux jeunes gens pareillement attentifs.
– Un fait qui desservit beaucoup André Maynotte et sa femme, lors du procès, commença M. Bruneau, ce fut leur qualité d’étrangers, car on regarde presque partout, en France, les Corses comme des étrangers. Voici pourquoi la belle Julie et son mari, natifs de l’île de Corse tous les deux, avaient quitté leur patrie:
«Là-bas, de l’autre côté de Sartène, c’est un beau pays à brigands: j’entends comme décor, car, en réalité, les plus parfaits bandits du monde y trouveraient peu d’occasions d’exercer leur industrie. Les voyageurs y sont rares, et ce que nous appelons les «maisons bourgeoises» plus rares encore. Il y a pourtant un conte de nourrice qui place aux environs du vieux château des comtes Bozzo la mystérieuse capitale du brigandage européen. Du temps du premier Paoli, un comte Bozzo, captura sur ses terres et fit pendre le Grec Nicolas Patropoli, dont les exploits sanglants avaient épouvanté les Romagnes, et qui était célèbre dans l’univers entier sous le nom de Fra Diavolo. Vous saurez que ce nom se transmettait comme celui de Pharaon en Égypte: il y a eu dix Fra Diavolo. Nicolas Patropoli était en Corse pour se refaire, tout uniment, au couvent de la Merci. Un habile médecin l’y soignait. Il se peut que ce sauvage coin de terre s’il ne sert pas de quartier général, soit au moins un lieu d’asile pour les francs-maçons du crime. Vous jugerez.
«Je puis vous affirmer ceci: la vieille fable d’un monastère habité par des bandits déguisés en moines était une réalité en Corse, à la fin du siècle dernier. Le souvenir de ces terribles pères du couvent de la Merci est encore très vif aux environs de Sartène, et bien des gens ont vu debout ces sombres murailles derrière lesquelles se cachait une éternelle orgie. Le monastère de la Merci existait en 1802, à la lisière des bois de châtaigniers qui bordent le maquis. Ce fut un comte Bozzo encore qui démolit ce repaire dans les premières années de l’Empire. Le dernier Fra Diavolo, Père des Veste Nere d’Italie et supérieur du couvent de la Merci, avait combattu les Français en bataille rangée. Il se nommait Michel Pozza, selon les uns, Bozzo, selon les autres, et fut pendu à Naples, en 1806, dit-on. Ce Michel Bozzo, dernier chef des moines brigands, et le comte Bozzo, destructeur du monastère, étaient-ils parents? On ne sait.
«Les comtes Bozzo, comme cela se voit souvent dans les pays primitifs étaient la tête d’une immense famille, où il y avait plus de pauvres gens que de riches seigneurs. Sous la Restauration, les principales têtes de la race se dispersèrent. Il ne resta que la branche des Bozzo-Corona, de Bastia, et la lignée de Sébastien Reni, établie aux environs de Sartène. Sébastien Reni portait le titre de chevalier. Il vivait au château avec sa femme, qui était une Française. Le clan le reconnaissait pour son chef et, quand il eut une fille, l’évêque vint la tenir sur les fonts du baptême. Elle eut nom Giovanna-Maria.
«Du couvent de la Merci, il ne restait qu’une tour demi-ruinée. À cette tour, une maison moderne s’appuyait, modeste et blanche, parmi les sombres ruines. De temps en temps, un homme venait habiter cette maison. Il était riche et répandait de l’argent dans le pays. Ce n’était pas un étranger; il avait nom Bozzo. Sa femme morte, depuis longtemps déjà, était une Reni; sa fille et son gendre, un Reni également, habitaient les communs du château. Et pourtant, malgré ces alliances connues, une atmosphère mystérieuse enveloppait cet homme, qu’on nommait Le Père ou Le Père-à-tous. Dans ses longues et fréquentes absences, nul ne savait où il allait.
«L’année 1818 se montra féconde à Paris en attentats contre les personnes et les propriétés. On vit, au beau milieu d’une prospérité sans exemple, la panique s’emparer de toutes les classes de la société. Le croquemitaine qui causait ces terreurs avait un nom déjà prononcé en semblables circonstances sous l’Empire et même, disaient les vieillards, avant la Révolution: il s’appelait l’Habit-Noir. «Les personnes raisonnables avaient cependant beau jeu pour révoquer en doute l’existence de ce bandit légendaire, car, pour chaque crime commis, il y eut une condamnation prononcée, et si quelque chose avait dû étonner les observateurs, c’eût été peut-être l’extrême exactitude du bilan judiciaire qui put placer, sans exception aucune, le coupable puni en face de chaque méfait accompli. Vous connaissez le colonel Bozzo-Corona, qui est maintenant presque centenaire…
– Est-ce que c’est l’Habit-Noir? demanda Etienne en riant, ou Fra Diavolo ressuscité?
– Laisse parler! dit sévèrement Maurice.
M. Bruneau lui adressa un signe d’approbation amicale.
– Le colonel Bozzo, reprit-il sans tenir compte de la question d’Etienne, s’en va mourant depuis quelques jours. M. le baron Schwartz va perdre en lui un riche client, et, par contre la comtesse Corona fera un bel héritage. Je vous parle de lui, parce qu’il lui arriva en ce temps une aventure des plus romanesques. Quoiqu’il eût déjà de l’âge, il menait la vie de jeune homme, et grand train. Il était surtout joueur. Notre jeune premier, Édouard, l’est aussi, saviez-vous cela? Mais nous y reviendrons. Bien des gens disaient, cependant, que sa vie de plaisir n’était qu’un masque pour cacher les efforts d’un conspirateur.
«La dernière partie du colonel est restée célèbre: il perdit 7000 louis sur un coup de cartes. Assurément, il fallait que sa fortune fût énorme car il était beau joueur et ne fit jamais attendre le payement d’une dette d’honneur. On ne lui connaissait pas de patrimoine en France. Il parlait de biens considérables qu’il avait dans l’île de Corse. Il quitta Paris subitement après sa dernière perte et son vainqueur le suivit. Il s’agissait de vendre le domaine de Corse pour solder les 7000 louis; chacun savait cela; mais le vainqueur, engoué du domaine et sans doute trahi par les cartes à son tour, fit venir traites sur traites de Paris et finit par mourir en Corse ou ailleurs. C’était un vieux garçon. Il n’en fut que cela. Seulement, Paris devint tout à coup tranquille. Ce vieux garçon était peut-être l’auteur de tous les méfaits qui désolaient la capitale. Quoi qu’il en soit, on n’eut bientôt plus assez de railleries pour les simples qui croyaient à l’Habit-Noir.