Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
«- Est-ce que tu ne comprends pas? lui demanda l’enfant, dont les yeux brillaient dans l’ombre, intelligents et profonds comme des yeux de femme.
«- Si fait, répliqua André, je comprends.
«- Alors, répliqua la petite Fanchette, la chambrière a dit oui, tout bas, et l’Amitié l’a embrassée… Attends! j’allais oublier quelque chose: les dix napoléons, c’est pour donner à la Giovanna une tisane qui fait dormir. On doit l’emporter à deux heures du matin, parce que la lune va jusqu’à une heure… Sais-tu ce qu’ils se disent entre eux, pour se reconnaître, ceux qui ne sont pas d’ici et qui viennent demander de l’argent à bon-papa?
«- Non, je ne le sais pas.
«- Ils disent: Fera-t-il jour demain? Je les ai entendus plus de cent fois. Cela te servira à entrer au château si la porte est fermée. Mais je m’embrouille et il ne faut pas, car je devrais déjà être rentrée. Je ne t’ai pas dit encore que j’ai couru chez la Giovanna, dès que l’Amitié et la chambrière n’ont plus été dans le corridor. C’était pour l’avertir. Je n’ai pas pu voir la morte, parce qu’il y avait un drap blanc sur la figure, et sur le drap un grand crucifix noir… Giovanna est bien belle. Je serai belle aussi, quand j’aurai l’âge. Je lui ai tout dit; elle est devenue pâle. Elle a appelé Dieu, la Vierge, et puis toi. J’ai dit: «Je le connais et je sais bien où il est tous les soirs». Alors, elle m’a envoyée et ceci est de sa part.
«Fanchette mit dans la main d’André un reliquaire, un écrin et une bourse.
«- Elle n’a que cela! poursuivit-elle avant que le jeune armurier pût exprimer son étonnement par des paroles.
«Je ne saurais vous répéter les mots enfantins, naïfs, charmants, à l’aide desquels Fanchette fit comprendre à André que ceci n’était pas un salaire, mais la dot, la chère et pauvre dot confiée au fiancé par la fiancée. André croyait faire le plus délicieux de tous les rêves.
«Fanchette acheva:
«- Il faut venir avant l’heure et bien te souvenir de tout. Adieu. Je vais être grondée.
«Elle s’élança, légère comme une biche, et se perdit dans l’ombre. André demeura longtemps immobile à la même place. L’idée que tout cela était un songe lui revenait à chaque instant, mais les objets envoyés par Giovanna parlaient. Il se rendit à la ville pour prendre ses armes et tout ce qu’il possédait en argent. Il s’agissait, en effet, de fuir au loin. La tribu tout entière allait se mettre à sa poursuite. En regardant le château, il reconnut l’endroit où les chevaux commandés par Toulonnais attendaient. On festoyait et l’on chantait dans la maison du Père, qui avait ramené récemment un hôte de Hongrie. André enfonça son chapeau sur ses yeux et s’enveloppa dans son manteau. La lune à son premier quartier descendait déjà derrière la montagne. C’était l’heure. André entra hardiment et dit au gardien de la porte:
«- Fera-t-il jour demain, l’ami?
«- Tout comme hier, répondit l’autre. Puis il ajouta: Tu viens de bonne heure!
«- C’est que le temps presse, répliqua André qui passa.
«L’instant d’après, il revenait portant dans ses bras Giovanna-Maria, qui avait un voile noué autour de la bouche. Cette fois, le gardien faisait mine de dormir.
«Une douce petite voix descendit des fenêtres, comme ils passaient sous le pignon du château, et leur cria:
«- Bonne chance!
«Fanchette ne dormait pas.
«L’homme qui tenait les chevaux n’eut point de défiance. Giovanna se laissa mettre en selle en gémissant. Ils partirent au galop. On chantait toujours le refrain du vin dans la maison du Père. Ce ne fut pas une nuit d’amour. Giovanna pleurait, poursuivie par l’image de sa mère. André, soumis, respectait la douleur de sa bien-aimée. Au point du jour, il fallut entrer dans une hôtellerie, parce que Giovanna défaillait. Quand elle eut reprit son courage et ses forces, les Reni couraient déjà le pays.» On dut s’enfoncer dans le maquis, car les routes étaient sillonnées en tous les sens. Toulonnais avait mis sur pied tous ceux qui obéissaient au Père. Les deux amants, blottis dans le fourré, entendirent plus d’une fois la chasse qui allait à droite, à gauche, par-devant et par-derrière. Le danger les entourait de toutes parts. Mais Giovanna, maintenant, appuyait sa tête pâle sur le cœur d’André et ils étaient heureux.
«Sept jours après la fuite du château, ils purent atteindre la mer, qui pourtant n’était pas à plus d’une journée de marche. Ils débarquèrent à Sassari de Sardaigne et furent mariés par un prêtre, qui était l’oncle maternel d’André. Oh! le printemps délicieux! Sassari était trop près; ils gagnèrent les îles d’Hyères, où l’on est si bien pour aimer. C’était trop près encore. Ils traversèrent la France entière pour mettre un grand espace entre eux et le malheur, Giovanna allait être mère: ils avaient toutes les facilités.
«André chercha une ville qui ne fût pas sur les routes qui mènent de Paris aux capitales de l’Europe. Il choisit Caen, la vieille cité tranquille, à quatre cents lieues de Sartène, et, regardant autour d’eux, les jeunes époux respirèrent; ils se croyaient à l’abri. Mais un démon était sur leurs traces, invisible. Au milieu de leur souriant bonheur, et alors que l’enfant, placé entre eux deux comme une caresse, multipliait les joies de leur paradis, ils étaient déjà condamnés.
«Un soir, un juif brocanteur, qu’André n’avait jamais vu, vint lui offrir le brassard ciselé qui joue un si funeste rôle dans l’affaire Bancelle. Le juif avait ses papiers en règle et l’acte de vente qui le constituait propriétaire du brassard. En face de cette œuvre d’art authentique, et qu’il se sentait de force à restaurer complètement, André rêva une petite fortune. Sa Julie, car Giovanna portait désormais ce nom, était si bien faite pour briller parmi les heureux de ce monde! André était ambitieux par amour. Il acheta le brassard. Le ver était dans le fruit. André et Julie avaient le lacet autour du cou.
«Toulonnais-l’Amitié avait dit au maître: «Ces deux-là ont notre secret.» Il trompait le maître. André savait seulement ce qui était la rumeur publique à Sartène. Julie, élevée au couvent, ignorait tout. Mais André devait tout apprendre à une terrible école…
M. Bruneau s’interrompit tout à coup et resta rêveur.
– Après?… demandèrent les deux jeunes gens d’une seule voix.
– Le reste est là-dedans, répliqua M. Bruneau en posant sa main énergique sur la brochure contenant le procès de Caen. Si vous n’avez pas lu cet écrit avec attention, relisez-le: c’est l’idée mère, l’homme qui jette un innocent en pâture à la loi, le scélérat virtuose qui joue du Code…
Maurice dit d’un ton péremptoire:
– Monsieur Bruneau, vous n’êtes pas venu chez nous pour affaire de mélodrame!
Son œil perçant et fixe s’attachait sur le visage du Normand. Les paupières de celui-ci se baissèrent.
– Je suis venu pour ceci et pour cela, murmura-t-il, c’est vrai; le drame qui se joue dans cette maison, au château, à l’hôtel, dans la rue, va plus vite que la plume, et il sera dénoué depuis longtemps quand vous le présenterez au théâtre.
– Michel est menacé? demanda Maurice vivement.
– Nous sommes tous menacés, répondit M. Bruneau, rouvrant avec lenteur son œil qui n’avait plus de rayons. Puis, baissant la voix: Avez-vous parfois croisé dans l’escalier M. Lecoq, votre voisin?