Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
– Parbleu! fit Etienne qui haussa les épaules.
Le Normand poursuivit en s’adressant à Maurice, dont les sourcils se fronçaient:
– Ne vous fâchez pas, mon jeune maître: je voulais vous prouver que vous êtes vous-même dans le drame.
– Est-ce que M. Lecoq?… commença Maurice.
– Vous savez bien, interrompit M. Bruneau, que dans tout paradis il faut le serpent.
– Le traître! s’écria joyeusement Etienne: C’est toujours le diable, déguisé en cocher, qui conduit le vieux fiacre du mélodrame!
– Un homme habile, ce M. Lecoq! dit le Normand comme s’il se fût parlé à lui-même.
Depuis un instant, il avait à la main sa grosse montre. Il ouvrit la main et consulta le cadran.
– Il y a, dit-il lentement et d’un ton de grave émotion, un homme qui se jetterait à l’eau, tête première, avec une pierre au cou, pour empêcher M. Michel de se noyer. Vous êtes jeunes, vous devez avoir bon cœur. Et puis, je vous l’ai déjà laissé entendre: vous êtes vous-mêmes là-dedans jusqu’aux yeux… Jusqu’aux yeux! répéta-t-il; vous y êtes par vos relations de famille, par vos amitiés, par vos haines, par vos amours. Que ce soit ou non votre volonté, il vous faudra jouer sous peu une terrible partie. Il y a un gouffre qui vous attire…
– Quel diable d’homme est-ce là? murmura Etienne. S’agit-il de la pièce?
– Non, répondit sèchement Maurice.
– Si fait, reprit M. Bruneau, qui eut aux lèvres une nuance d’ironie. Nous faisons tout à la fois: nous vivons le drame. Il se leva pour ajouter: Ma montre est avec la Bourse: il faut que je vous quitte pour achever une besogne qui vous regarde, monsieur Maurice.
– Quelle besogne?
– La rupture du mariage de M. Lecoq. Maurice bondit sur ses pieds.
– Vous pouvez quelque chose à cela? s’écria-t-il.
– J’ai le bras long… répliqua le Normand en souriant. Il y avait des tempêtes dans l’imagination d’Etienne.
– Quelle scène filée! pensait-il.
M. Bruneau fit un pas vers la porte, mais il s’arrêta à la vue du tableau où étaient tracés les noms des personnages du drame.
– Ah! fit-il, on a effacé quelque chose!
Puis, se retournant vers les deux jeunes gens:
– Je suis seul contre une armée, dit-il, et la loi n’est pas avec moi. Ne m’interrompez plus. Dans un cœur brisé, l’amour qui survit à toutes les autres affections est une puissance, et la haine qui a grandi dans le martyre trempe l’âme. Je suis fort, quoique je sois seul. Voulez-vous m’aider à sauver Michel?
– Si nous savions… commença Etienne.
– Nous le voulons! interrompit Maurice.
– Êtes-vous prêts à tout pour cela?
– À tout! répondirent-ils ensemble cette fois.
Etienne avait senti que ses hésitations faisaient longueur dans le dialogue.
– Même malgré lui? demanda encore M. Bruneau.
– Même malgré lui.
– C’est bien. Tout ce que je vous ai dit est rigoureusement vrai: vous êtes menacés tous les deux, parce que l’un de vous au moins peut gêner certains projets et que tous deux vous êtes en position d’endosser le crime, ayant tous deux fait partie de la maison Schwartz.
– Le crime! dit Etienne. On n’a pas encore parlé du crime!
– Expliquez-vous! ajouta Maurice.
– Plus tard, repartit M. Bruneau. Il vous suffit maintenant de savoir qu’en sauvant Michel vous vous sauvez aussi.
Il avait pris la craie; il poursuivit, en la faisant courir sur les planches noircies:
– Lisez vite, et souvenez-vous! Ceci vaudra déjà bien des explications! Etienne et Maurice, penchés en avant, suivaient sa main et regardaient parler l’oracle.
Le tableau se trouva ainsi figuré:
Édouard, fils d’André Maynotte et de Julie. Olympe Verdier, Julie Maynotte. Sophie, fille du banquier Bancelle. Médoc, Toulonnais-l’Amitié.
Les deux jeunes gens restèrent muets un instant, puis Maurice demanda:
– Ma cousine Blanche est-elle la fille de cet André Maynotte?
– Non, répondit M. Bruneau.
– Et… ajouta Etienne, cet André Maynotte ne doit pas être mort, puisque c’est le héros du drame?
Le Normand devint très pâle: sa voix changea; il répondit pourtant sans hésiter:
– Si cet André Maynotte vivait, Olympe Verdier serait bigame: c’est impossible! André Maynotte est mort.
D’un geste rapide, il effaça ce qu’il venait d’écrire, jeta la craie au loin et prit la porte.
En passant le seuil, il dit: «Vous avez promis: soyez prêts!» Et il disparut.
– Prêts à quoi? grommela Etienne. Depuis que le monde est monde, il n’y a jamais eu de situation pareille! C’est original, c’est câblé… ça m’empoigne!
– Il nous a fait au moins un mensonge, pensa tout haut Maurice. André Maynotte doit être vivant.
– Comme toi et moi, répliqua Etienne. J’en mettrais ma main au feu. Dans le cas contraire, d’abord, il faudrait le ressusciter pour le drame.
– Il ne nous a pas dit qui était cet André Maynotte.
– C’est lui, parbleu!
– Je ne crois pas…
– Qui donc, alors?
– Ce Trois-Pattes…
– Touché! André Maynotte est Trois-Pattes. Trois-Pattes est André Maynotte… La toile ou mon argent! Tonnerre de Brest! quelle charpente! Papa viendra voir ça. Lettre d’invitation: «Mon cher père, tu reconnaîtras enfin que ton fils possédait des aptitudes exceptionnelles… Les avant-scènes pleines de femmes comme il faut. Toute la bourgeoisie au balcon, la presse à l’orchestre. À bas la cabale.
– Tu es fou! dit Maurice.
– Et je m’en honore. Les titis aux paradis. Face au parterre!
– La paix! réclama Maurice. Laisse-moi réfléchir.
– L’auteur! L’auteur! l’auteur!
– La paix, que diable!
– Messieurs, la pièce que nous avons eu l’honneur de représenter devant vous…
Maurice le saisit au collet rudement.
– Mais l’Habit-Noir?… dit-il.
– Notre amour d’Habit-Noir! Causons de ça!
– Si cet homme nous tendait un piège?
– Une complication? Tant mieux! Cet homme nous tend peut-être un piège! Aveugles que nous sommes!
– S’il faisait de nous les instruments d’un crime?
– Bravo! Je veux bien! Il veut faire de nous les instruments d’un crime. Il a parlé d’un crime… Tous! tous!
– Si c’était lui… M. Bruneau… l’Habit-Noir!
Etienne joignit les mains et tomba sur sa chaise, suffoqué par la joie.
– Lui! râla-t-il. L’Habit-Noir! Cent représentations de plus! Merci, mon Dieu! merci!
XXII L’Habit-Noir
Or, il est temps de vous parler des Habits Noirs. Nous avons mentionné déjà à plusieurs reprises l’Habit-Noir, ce mythe qui inquiéta diverses époques et dont la présence à Paris laissa des traces, surtout à dater des commencements de ce siècle. Nous en avons dit assez pour que les gens experts à déchiffrer les rébus et à deviner les charades puissent mettre cet illustre sobriquet sur un visage. Mais n’en avons-nous pas trop dit? Et M. Bruneau, ce Normand, est-il bien sûr de son fait?