Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
– L’affaire de la lettre de change, reprit le voisin paisiblement, ne vient que fin novembre. Nous avons du temps devant nous. Est-ce que ce n’est pas ici chez M. Michel?
– La chambre à côté, répondit Etienne.
L’œil de Maurice interrogeait. Le voisin opposa à son regard sa prunelle lourde et terne.
– Il y a longtemps que vous n’avez vendu d’habits, dit-il. Je suis toujours dans la partie.
Puis, sans transition, il ajouta:
– On trouve quelquefois des choses curieuses dans les poches des vieux habits… Je connais des tas d’histoires…
Il alla prendre la chaise qu’il lorgnait depuis son entrée et répéta en l’approchant:
– Des tas d’histoires!
– Et c’est pour nous raconter des histoires… commença Maurice. M. Bruneau l’interrompit sans façon.
– Alors, demanda-t-il, M. Michel n’est pas à la maison?
– Vous le voyez, répliqua sèchement Maurice.
Etienne, en proie à son idée fixe de théâtre, se promettait déjà de reproduire ce type quelque part.
– Il ne rentrera pas de bonne heure? demanda M. Bruneau.
– Non.
– J’entends bien… Mais par exemple, il sortira dès le potron-minet. On ne mène pas une vie semblable pour son plaisir.
À l’aide d’un large mouchoir à carreaux qu’il tira de sa poche, il donna un soigneux coup d’époussette à sa chaise et poursuivit en s’adressant à Maurice:
– Vous avez grande envie de vous fâcher, mon voisin. Ce serait un tort. Vous êtes tout jeunes, vous deux. Je me connais un peu en physionomies. Vous devez avoir bon cœur… N’empêche, s’interrompit-il, en secouant son mouchoir, qu’il y avait drôlement de la poussière. La femme de ménage ne vient donc plus? Non… Ah! dame, les valets de chambre comme Similor, ça salit au lieu de rapproprier.
Il s’assit avec précaution, en homme qui n’accorde pas aux quatre pieds de son siège une confiance illimitée.
Nous devons faire remarquer tout de suite que ces choses étaient dites et faites naïvement, pesamment, pacifiquement surtout, et de manière à éloigner l’ombre même du soupçon d’un parti pris d’insolence.
Etienne pouvait avoir raison; ce bonhomme était peut-être un type. Au premier aspect, cependant, il n’en avait pas l’air. Il faisait l’effet pour le costume, et aussi pour la tournure, d’un demi-bourgeois mal dégrossi ou d’un artisan qui commence à cacher du foin dans ses bottes. La profession qu’il se donnait n’outrepassait point, du reste, ce niveau sociaclass="underline" il revendait des habits, manigançait un peu l’escompte et s’occupait de divers menus courtages. Au physique, c’était un homme entre deux âges, de taille moyenne, robuste, mais gauche. Son visage flegmatique n’indiquait point de méchanceté et réveillait je ne sais quelle idée de pure végétation. Toute sa personne, en somme, au premier aspect surtout, présentait avec beaucoup d’énergie l’apparence spécialement parisienne que les romantiques désignaient par le mot «épicier».
Avez-vous vu fleurir ces monstres charmants qu’on nomme des orchidées? Il vous serait impossible de trouver deux fantaisies qui se ressemblent dans ces collections de caprices. Leurs graines se sèment dans les fentes du vieux bois; elles tombent des plafonds en chevelures impossibles. Ainsi est une certaine partie de la population de Paris. Ces invraisemblances pullulent autour de nous, si près que nous ne les voyons pas.
Chaque fois que nous mettons en scène Échalot et Similor, ces deux magots plus baroques que ceux du Céleste Empire, la terreur nous prend: ces deux biscuits, Parisiens de la tête aux pieds, modelés, mis au four et vernis avec un soin non-pareil, vous ont vingt fois croisés dans la rue et vous ne les avez pas remarqués? Qu’y faire?
Mais M. Bruneau, à la bonne heure, vous ne connaissez que lui! Ce n’est pas celui-là qui vous offensera par des prétentions à l’originalité. Son type est usé comme un vieux sou; sa physionomie est plate comme d’habitude… Et pourtant, le second coup d’œil qui s’arrêtait sur M. Bruneau restait surpris et presque effrayé. Sous la placide pesanteur de son allure, il y avait je ne sais quoi qui était une puissante originalité. Vous eussiez dit, au troisième coup d’œil, que ce terne et débonnaire visage cachait quelque terrible secret sous un masque de plâtre. Une grandeur latente était là, une beauté aussi, une pensée… Mais qui donc accorde un troisième regard à un M. Bruneau?
En s’asseyant, il tira une grosse montre d’argent, qu’il consulta, pensant tout bas: «Il n’est que neuf heures à la Bourse. Nous avons le temps de bavarder.»
– Puis-je savoir enfin ce qui vous amène? demanda Maurice.
– Ce qui m’amène, mon jeune monsieur… oui, oui, naturellement… mais plus tard. Auparavant, j’ai idée de collaborer avec vous.
– Collaborer! répétèrent à la fois Etienne et Maurice, l’un riant, l’autre sérieusement scandalisé.
– Pourquoi pas! fit M. Bruneau, dont le sourire épais eut comme une arrière-nuance de moquerie. Je vous dis que j’ai des histoires… des tas d’histoires!
– Mais… voulut dire Maurice.
– J’entends bien. Vous ne m’avez pas confié que vous cherchiez un drame partout, comme les chiffonniers, sauf respect, remuent les ordures. Vous êtes deux jolis jeunes gens… qui laissez des papiers dans les poches de vos redingotes.
– Vous avez trouvé des plans? interrompit Etienne.
– Des lettres? ajouta Maurice qui pâlit légèrement.
– Pour sûr, je n’ai pas trouvé d’actions de la Banque de France. Si ça était, je vous le dirais bien, allez, et nous partagerions, car ce qui est vendu est vendu, pas vrai? J’ai payé les deux redingotes et leurs doublures. Mais j’aime la jeunesse. Tenez, monsieur Schwartz, voici votre correspondance. Il tendit une lettre pliée à Maurice, qui changea de couleur.
– Je ne l’ai pas lue, reprit M. Bruneau avec une sorte de dignité, mais je connais l’écriture.
– Monsieur, je vous remercie, prononça Maurice d’un air contraint.
– Il n’y a pas de quoi, entre voisins. Quant à M. Roland voici: deux contremarques et une reconnaissance du mont-de-piété.
Etienne prit le tout et fit un grand salut en disant:
– Voisin, ce n’était pas la peine de vous déranger.
– Est-ce que vous connaissez intimement cette demoiselle Sarah? demanda doucement M. Bruneau, en s’adressant à lui.
– Comment!
– Voyez le reçu; une montre de femme, au nom de Mlle Sarah Jacob.
– Un hasard!… balbutia Etienne.
– Je ne suis pas votre tuteur, monsieur Roland, mais j’ai connu autrefois votre père, qui est un homme respectable… et j’ai vu de bien jolis jeunes gens que les mauvaises fréquentations menaient où ils ne voulaient point aller.
Etienne dit à son tour et très sèchement:
– Je vous remercie, monsieur.
– Pas de quoi… à votre service. Reste à savoir comment j’ai appris que vous étiez auteurs. Ce n’est pas malin. J’habite une chambre où l’on entend les trois quarts de ce que vous dites…
– Nous changerons de logement! s’écrièrent en même temps les deux amis.