Moby Dick
- Автор: Мелвилл Герман
- Язык: французский
- Жанр: Морские приключения
Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
Mais il est trop simple et combien sans espoir d’enseigner ces choses belles! Combien peu d’édifices ont un dôme comme St-Pierre? Parmi les créatures, combien peu ont la grandeur de la baleine!
CHAPITRE LXIX Les funérailles
– Halez les chaînes en dedans! Larguez la carcasse!
Les grandes caliornes ont fini leur travail. Le corps de la baleine décapitée, pelé jusqu’à la blancheur, brille comme un tombeau de marbre. Si sa masse a changé de couleur, elle semble n’avoir rien perdu de sa dimension. Elle est toujours colossale. Lentement, elle s’éloigne toujours davantage en flottant, sur une eau déchirée et éclaboussée par les requins insatiables, et le ciel est attristé par le vol avide des oiseaux dont les becs sont autant de poignards qui l’insultent. Toujours et toujours plus loin du navire, l’immense et blanc fantôme sans tête! Et à chaque perche de sa dérive, le pré carré des requins et la ronde des oiseaux augmentent leur tumulte meurtrier. Aux hommes du navire presque encalminé ce hideux spectacle s’offre des heures durant. Sous la douceur azurée d’un ciel sans nuages, sur le clair visage d’une mer aimable, égayée par la brise, cette île de la mort va se perdre dans l’infini.
Tristesse et dérision suprême de ces funérailles! Le deuil pieux de ces vautours marins, requins du ciel en noir de cérémonie! J’imagine que bien peu d’entre eux eussent porté secours à la baleine lorsqu’elle était en vie et si, par hasard, elle avait eu besoin d’eux. Mais au banquet de sa mort, comme ils s’abattent dévotement! Horrible curée de ce monde, à laquelle la puissante baleine elle-même n’échappe pas…
Mais ce n’est pas encore la fin… Pour profané que soit son corps, un esprit vengeur lui survit qui fait planer la terreur. Qu’il soit aperçu de loin par un timide bâtiment de guerre ou par un maladroit vaisseau d’exploration, tandis que la distance estompe le pullulement des oiseaux mais que le soleil livre néanmoins à la vue la masse blanche où vient briser la blanche écume, aussitôt l’inoffensif cadavre de la baleine sera signalé d’une main tremblante sur les livres de bord: Haut-fonds, récifs et écueils dans ces parages, attention! Et pendant des années peut-être les navires éviteront ce lieu, tels des moutons stupides sautant par-dessus rien parce que leur chef a dû, à cet endroit, sauter par-dessus un bâton tendu. Telle est votre loi des précédents, l’utilité de vos traditions, telle est l’histoire de la survivance opiniâtre de vos croyances, qui n’ont jamais pris racine dans la terre et ne savent pas encore fleurir dans le ciel! Telle est l’orthodoxie!
C’est ainsi que le corps du grand cachalot a pu être dans sa vie la terreur de ses ennemis et que son fantôme crée encore une panique injustifiée pour tout un monde.
Êtes-vous de ceux qui croient aux fantômes, mon ami? Il est d’autres revenants que celui de Cok-Lane et des hommes beaucoup plus profonds que le docteur Johnson pour y ajouter foi.
CHAPITRE LXX Le Sphinx
Il aurait fallu dire qu’avant de peler entièrement le léviathan, on le déjointait. Et la décollation du cachalot est anatomiquement un exploit scientifique dont les chirurgiens baleiniers d’expérience peuvent, non sans raison, s’enorgueillir.
En effet la baleine n’a rien de ce qu’on pourrait appeler un cou. Au contraire, c’est à l’endroit précis où semblent se réunir la tête et le corps que se situe sa partie la plus épaisse. Qu’on se souvienne aussi que le chirurgien doit intervenir à quelque huit ou dix pieds au-dessus d’un champ opératoire partiellement dissimulé par une houle terne, ou sur une mer souvent furieusement agitée. Qu’on se souvienne encore qu’en pareilles circonstances il doit cependant entamer la chair de plusieurs pieds de profondeur, travailler à l’aveugle dans cette entaille qui se resserre, éviter adroitement les parties adjacentes et détacher avec exactitude la colonne vertébrale au point précis de son insertion, tout près du crâne. N’y a-t-il pas, dès lors, matière à s’émerveiller de ce que Stubb se vantât qu’il ne lui fallait que dix minutes pour déjointer un cachalot?
Sectionnée, la tête est amarrée à l’arrière jusqu’à ce que le reste du corps soit entièrement pelé. Cela fait, s’il s’agit de la tête d’une petite baleine, elle est hissée sur le pont afin que l’on en dispose sans hâte; c’est chose impossible dans le cas d’un léviathan adulte car la tête du cachalot représente près d’un tiers de son volume total et suspendre un tel fardeau; fût-ce à des caliornes aussi énormes que celles des navires baleiniers, serait une tentative aussi vaine que de vouloir peser une étable hollandaise dans une balance d’orfèvre.
La baleine du Péquod, ayant été déjointée et pelée, la tête fut élevée contre le flanc du navire, à hauteur voulue pour qu’elle puisse encore être soutenue par son élément naturel. Et là, le navire abruptement penché sur elle à cause de la traction énorme infligée au bas mât, et chaque bout de vergue s’étendant de ce côté au-dessus des vagues tels des mâts de charge, là cette tête ruisselante de sang est pendue à la taille du Péquod comme celle du géant Holopherne à la ceinture de Judith.
Lorsque cette dernière besogne fut accomplie, il était midi, les hommes descendirent pour leur repas et le silence se fit sur le pont déserté si bruyant l’instant d’auparavant. Un calme ardent, cuivré, comme un universel lotus jaune, s’épanouissait à l’infini sur la mer, pétale à pétale, sans bruit…
Un instant passa puis, dans toute cette immobilité, Achab sortit seul de sa cabine. Il fit quelques pas sur le gaillard d’arrière, s’arrêta pour regarder par-dessus bord et, se tenant aux cadènes, il prit la longue pelle de Stubb, abandonnée là depuis la décollation, l’enfonça dans la partie inférieure de la masse à demi suspendue, glissa sous son bras la béquille du manche et demeura ainsi penché en avant, les yeux attentivement fixés sur cette tête.
Elle portait un capuchon noir et pendue là, dans un calme aussi intense, on eût dit celle du Sphinx dans le désert.
«Parle, ô grande et vénérable tête, murmura Achab, si tu ne portes pas de barbe, tu parais çà et là blanchie de mousses, parle, puissante tête et livre-nous le secret qui est en toi. De tous les plongeurs, nul n’est descendu aussi profond que toi, cette tête sur laquelle à présent brille le soleil de midi a voyagé parmi les fondations du monde. Là où rouillent des flottes et des noms inconnus, où pourrissent les ancres et les espoirs inavoués, là où la frégate de la terre baigne sa cale meurtrière lestée des millions d’ossements de noyés, là, dans cet affreux pays liquide, tu avais ton domaine le plus cher. Tu es allée là où n’a jamais atteint une cloche de plongée, tu as dormi au flanc de plus d’un marin, là où bien des mères, au sommeil perdu, eussent donné leur vie pour s’étendre. Tu as vu les amants enlacés sauter de leur navire en feu, cœur contre cœur engloutis par la vague triomphante, fidèles l’un à l’autre alors que le ciel semblait les trahir. Tu as vu le second assassiné lorsque les pirates l’ont jeté par-dessus bord dans la nuit. Des heures durant, il est descendu dans la nuit plus profonde encore de cette panse insatiable, tandis que ses assassins continuaient à voguer sains et saufs, tandis que des éclairs rapides faisaient voler en éclats un navire proche qui aurait rendu à des bras impatiemment tendus un homme juste. Ô tête! tu en as vu assez pour faire éclater les planètes, pour faire d’Abraham un infidèle et pourtant tu ne dis mot!»