Moby Dick
- Автор: Мелвилл Герман
- Язык: французский
- Жанр: Морские приключения
Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
Étant le premier rameur du sauvage, c’est-à-dire le second à partir de l’avant, l’aviron du harponneur étant le premier numériquement, j’avais pour heureuse mission de l’assister lors de sa pénible acrobatie sur le dos de la baleine. Vous avez vu sans doute quelque Italien, avec son orgue de Barbarie, tenant un singe cabriolant au bout d’une longue corde. C’est ainsi que du flanc abrupt du navire je tenais Queequeg en bas dans la mer, au bout de ce que les baleiniers appellent une corde à singe, fixée à une forte bande de toile lui enserrant la taille.
Cette situation comique était dangereuse pour tous les deux. Car la corde à singe était attachée à chaque extrémité, d’une part à la large ceinture de toile de Queequeg, d’autre part à mon étroite ceinture de cuir, de sorte que pour le meilleur et pour le pire nous étions tous deux momentanément unis. Que le pauvre Queequeg vînt à couler pour ne plus remonter, la coutume et l’honneur réclamaient à la fois qu’au lieu de couper la corde, je le suive dans la mort. Ainsi nous unissait un long lien siamois. Queequeg était mon inséparable jumeau et je ne pouvais me dégager d’aucune des périlleuses responsabilités qu’entraînait ce nœud de chanvre.
J’étais à ce point sensibilisé à ma situation que je l’envisageais sous un jour métaphysique et, tandis que j’épiais avec attention les moindres mouvements de Queequeg, il réapparaissait clairement que ma propre personnalité se fondait avec la sienne dans cette association, que mon libre arbitre avait reçu un coup mortel et que, si l’autre commettait une faute ou si le malheur s’abattait sur lui, je courrais, innocent, à un désastre et à une mort imméritée. Je compris alors que la Providence subissait une sorte d’interrègne, car sa justice impartiale n’aurait jamais pu approuver une aussi grossière injustice. Réfléchissant plus avant, tandis que, de temps en temps, d’un coup sec, je lui évitais d’être écrasé entre le navire et la baleine, méditant, dis-je, plus avant, je me rendis compte que ma situation était aussi l’exacte situation de tout être vivant, à cette différence près, dans la plupart des cas, que cette relation de Siamois joue d’une façon ou d’une autre avec un plus grand nombre d’individus. Que votre banquier saute, vous sauterez, que votre apothicaire mette par erreur du poison dans vos pilules, vous mourrez. Vous pourrez répondre qu’avec d’extrêmes précautions, vous pouvez peut-être échapper à ces mauvais sorts ainsi qu’à d’autres innombrables revers de la vie. Mais, quelle que soit ma vigilance à tenir Queequeg au bout de la corde à singe, il lui imprimait parfois de telles secousses que j’étais bien près de glisser par-dessus bord. Je ne pouvais oublier non plus que, quoi que je fisse, je n’étais maître que d’une de ses extrémités [16].
J’ai déjà dit que je tirais souvent le pauvre Queequeg d’entre la baleine et le navire, espace dans lequel il tombait parfois à cause de l’incessant roulement qui les balançait l’un et l’autre. Mais ce n’était pas là le seul danger auquel il était exposé. Nullement rebutés par le massacre qu’on avait fait d’eux pendant la nuit, les requins, plus alléchés que jamais par le sang jusqu’alors enfermé dans la carcasse et qui maintenant coulait à flots, grouillaient en essaim vorace autour du cadavre, comme des abeilles dans une ruche.
Et Queequeg se trouvait en plein milieu de ces requins et les repoussait parfois de son pied trébuchant. Ceci peut paraître presque incroyable mais il est rare que ces carnassiers touchent à l’homme lorsqu’ils ont une proie telle qu’une baleine morte.
Néanmoins il est sage de surveiller de près, on le comprend, ces rapaces mêlés à l’affaire. Aussi, outre la corde à singe avec laquelle j’écartais le pauvre diable du voisinage d’un requin me paraissant particulièrement féroce, une autre protection lui était assurée. Tashtego et Daggoo, sur l’établi suspendu au flanc du navire, brandissaient sans cesse au-dessus de sa tête leurs tranchantes pelles à baleine, tuant autant de requins qu’ils en pouvaient atteindre. À n’en pas douter, leur activité était aussi désintéressée que charitable, je reconnais qu’ils ne voulaient que le bonheur de Queequeg mais, dans leur zèle précipité à le servir, et vu que les requins et lui étaient parfois à demi dissimulés par l’eau souillée de sang, leurs louchets imprudents étaient aussi près d’amputer une jambe qu’une queue. Mais je pense que le malheureux Queequeg, peinant et s’essoufflant avec son grand croc de fer, le malheureux Queequeg, je pense, priait seulement son Yoyo et remettait sa vie entre les mains de ses dieux.
Eh bien, eh bien, mon cher ami et frère jumeau, me disais-je, tout en donnant du mou ou en halant la corde à chaque mouvement de la mer, quelle importance cela a-t-il après tout? N’êtes-vous pas la précieuse image de chacun et de tous dans ce monde baleinier? Cet Océan insondable où vous haletez, c’est la Vie, ces requins vos ennemis, ces pelles vos amies, et entre les requins et les pelles vous êtes dans un bien dangereux pétrin, pauvre gars!
Mais courage! une bonne surprise vous attend, Queequeg. Car à présent, les lèvres bleuies, les yeux injectés de sang, le sauvage épuisé grimpe enfin aux cadènes et se tient tout trempé, tremblant malgré lui, sur le pont; le garçon s’approche et avec un regard consolateur et bienveillant lui tend… quoi?… Un cognac chaud? Non! lui tend, ô Seigneur! une tisane de gingembre tiède!
– Du gingembre? Est-ce que je sens une odeur de gingembre? demanda soupçonneusement Stubb en s’approchant. Oui, cela doit être du gingembre, ajouta-t-il en jetant un coup d’œil dans la tasse encore intacte.
Il resta un instant immobile comme s’il n’en croyait pas ses yeux, puis il s’avança calmement vers le garçon étonné et lui dit en détachant ses mots:
– Du gingembre? du gingembre? et voulez-vous avoir la bonté de me dire quelle est la vertu du gingembre, monsieur Pâte-Molle? Du gingembre! est-ce là la sorte de combustible que vous utilisez pour allumer un feu dans ce cannibale grelottant? Du gingembre!… et que diable est le gingembre?… de la houille?… du bois de chauffage?… des allumettes soufrées?… de la mèche?… de la poudre à canon?… que diable est le gingembre, dis-je, pour que vous en offriez à ce pauvre Queequeg que voilà?
– Il y a anguille sous roche avec la Société de tempérance, dans cette affaire, ajouta-t-il brusquement, se dirigeant à présent vers Starbuck qui venait d’arriver. Voulez-vous jeter un coup d’œil à ce flacon, sir, sentez-le, je vous prie. Puis épiant la réaction du second, il ajouta: Le garçon a eu le front d’offrir ce calomel, ce jalap, à Queequeg qui remonte à l’instant de la baleine. Le garçon est-il apothicaire, sir? et oserais-je demander si telle est la sorte d’apéritif avec laquelle il compte rendre la vie à un homme à demi noyé?
[16] Tous les baleiniers pratiquent le système de la corde à singe, ce n’est qu’à bord du Péquod que le singe et son montreur sont liés. Ce progrès apporté à l’usage courant fut introduit par Stubb afin d’accorder au harponneur exposé le maximum de certitude quant à la fidélité et à la vigilance de celui qui tient la corde.