Dictionnaire amoureux de San-Antonio
- Автор: Bouhier Éric
- Год: 2017
- Язык: французский
- Год: Éditions Plon
- ISBN: 978-2259243421
- Жанр: Путеводители
Электронная книга - «Dictionnaire amoureux de San-Antonio». Краткое содержание книги:
Ce dictionnaire tente d'éveiller la curiosité sur l'homme et les aspects riches de sa création littéraire unique. Comment évoquer avec amour le si prolifique Frédéric Dard ? Devant l'ampleur de la tâche, le plus simple était de faire comme l'auteur : tous les matins, afficher une page blanche, surmonter l'angoisse et laisser place à l'imagination désordonnée. Avec une idée forte que San-Antonio semblait me souffler à l'oreille : « Faut qu'on le capte bien, le grand, qu'on s'imprègne à fond de lui, qu'on pige son beau talent, […] et puis, tu comprends : qu'on ait envie de le choper par le cou pour l'accolade de la tendresse, histoire de bien se sentir un homme auprès de cet homme-là. »
Biographie de l'auteur
Médecin, publicitaire, muséographe, enseignant et écrivain depuis dix ans, Éric Bouhier a une véritable passion pour l'œuvre de San-Antonio. L'écriture de ce dictionnaire amoureux est l'aboutissement d'une lecture assidue depuis l'adolescence et d'un travail de recherche mené ces vingt dernières années avec des proches de Frédéric Dard et des membres d'une association dédiée à entretenir la mémoire de l'écrivain.
R
Rareté
Un simple coup d’œil sur les sites de vente de livres anciens suffit à se faire une bonne idée des prix atteints par les éditions originales des premiers romans de Frédéric Dard (ou de ses pseudonymes), comme des premiers San-Antonio. Les 1 000 euros sont souvent dépassés ! Si, de surcroît, il s’agit d’une édition numérotée, d’un tirage de tête ou d’un ouvrage avec un envoi, les repères s’envolent et les livres trouvent acheteurs au prix… qu’ils sont prêts à mettre. Parmi ces ouvrages, La Peuchère (voir l’entrée La Martinière) constitue le Saint-Graal.
Ne vous précipitez pas, les sept ou huit rescapés du tirage original, sans doute de 200 exemplaires, ont déjà trouvé preneurs. En revanche, dénicher quelques-uns de ses 350 contes, nouvelles et articles de presse est plus facile, encore que la plupart des revues auxquelles il a participé remontent aux années 1940 à 1960 et commencent à se faire rares. Le site toutdard.fr raconte mieux que d’autres cette extraordinaire production. Il nous éclaire aussi sur l’invention des trente pseudonymes destinés à préserver le nom de Frédéric Dard. La liste de ces textes n’est pas et ne sera jamais exhaustive. Et les passionnés et collectionneurs ne cesseront d’arpenter les salons des vieux papiers, les vide-greniers et la Bibliothèque nationale à la recherche des inédits !
Les deux dernières découvertes de ces chineurs infatigables ont une saveur particulière. Pensez ! Pour la première fois en 1990, Frédéric Dard confie à un journaliste avoir envoyé au journal Mickey, cinquante-deux ans auparavant, une nouvelle intitulée Le Monocle révélateur, et avoir eu la surprise qu’elle soit publiée. Le petit monde des collectionneurs est en émoi. Chacun se transforme en enquêteur. On épluche fébrilement les journaux Mickey de cette époque… on ne trouve rien ! En revanche, on identifie facilement la nouvelle Le Monocle, parue une première fois dans la revue L’An 40, sous le nom de Frédéric Dard (juillet 1940) et de nouveau dans la revue OH ! sous le pseudonyme Frédéric Charles (août 1949). Frédéric nous aurait-il trompés en évoquant son envoi au journal Mickey ? Il a tant noirci de papier à cette période qu’on lui pardonne bien volontiers ces souvenirs un peu travestis. Les enquêteurs en herbe oublient l’énigme et se lancent sur d’autres pistes d’écrits inconnus. Il y en a tellement à explorer ! L’affaire en serait restée là si, en 2015, un historien lyonnais, Bernard Frappé, travaillant sur la littérature, le journalisme et la gastronomie à Lyon dans les années 1930 à 1950, n’avait déniché dans la revue parisienne Jean-Pierre (no 78, août 1939) une nouvelle, Le Monocle révélateur, signée d’un certain Fred Dysert. À la lecture, le lien avec Le Monocle est évident. Il n’en diffère que par quelques corrections de texte. Quant au pseudo, il est plus que transparent : Fred Dysert pour Frédéric, d’Isère, son département de naissance ! En réalité le texte a sans doute été envoyé à cette revue par Max-André Dazergues, collaborateur du mensuel Jean-Pierre, qui avait décelé le talent précoce de l’apprenti écrivain de dix-sept ans.
L’autre trouvaille récente est un nouvel exemplaire de la revue Sud-Est 49[60], lancée par Frédéric Dard en 1949 et illustrée par son beau-frère Roger Sam. A priori, seul le no 1 (daté du 1er janvier) vit le jour, mais on sait que Frédéric quitta Lyon pour la banlieue parisienne deux mois plus tard. Parmi les fondateurs et signataires de cette revue, on retrouve des personnages plusieurs fois cités dans ces pages. Ils ont tous accompagné sa carrière de journaliste puis de jeune écrivain : de nouveau Max-André Dazergues, puis les Grancher père et fils ou le Pr Locard. Et, bien sûr, un article de Frédéric, « Rencontré sur mon chemin », et un autre signé Cl. Berlet (du nom d’épouse de sa Bonne-Maman Claudia), dont il est sans doute l’auteur !
Arrêtons-nous un instant sur l’article de Frédéric. Quel personnage a-t-il « rencontré sur son chemin », titre de son premier papier dans cette nouvelle revue aussi ambitieuse qu’éphémère ? En fait, nul autre que le plus célèbre artiste contemporain de l’époque, un monsieur de soixante-dix ans, admiré dans le monde entier. La scène se passe lors de la feria de Nîmes, en septembre 1948, où, cette année-là, est venue se produire la légendaire torera à cheval, Conchita Cintrón. Frédéric, journaliste dans l’âme, réussit à se faire inviter à sa table. Polie mais indifférente, de la soirée elle n’a d’yeux que pour un homme présent dans le restaurant, auquel elle ose faire passer le livre d’or. Il lui revient, agrémenté d’un dessin d’elle, campée dans une de ses attitudes de combat favorites. Je laisse la révélation du mystère à l’auteur de l’article :
Lorsque le vieux monsieur eut achevé son dessin, il le signa. Et alors, je lus ce nom célèbre, ce nom sensationnel, ce nom qui effaça brusquement en moi les images colorées et violentes du tantôt : Pablo Picasso.
DERNIÈRE HEURE
À propos de rareté, je conseille aux curieux de découvrir l’ensemble des articles écrits par Frédéric Dard entre 1938 et 1950 dans les journaux et revues de l’époque (sous réserve de nouvelles découvertes à venir). Le recueil Berceau d’une œuvre Dard, fruit d’une patiente recherche de Lionel Guerdoux et Philippe Aurousseau, présente de nombreux textes inédits de Frédéric, contes et nouvelles exhumés de journaux rares pour lesquels il a travaillé pendant cette période.
Réglez-lui son compte !
Cher Frédéric,
J’ai relu ce matin les premières pages de ton premier San-Antonio, Réglez-lui son compte !. Avec une émotion particulière, entreprenant à mon tour d’écrire sur ta vie et ton œuvre. J’ai essayé de me replacer dans le contexte de l’époque, 1949, et d’imaginer dans quelles circonstances tu as jeté ces quelques phrases, précédant les centaines de milliers d’autres de la série. Où vivais-tu ? Étais-tu encore à Lyon, au 4 de la rue Calas, dans un immeuble sans caractère de cette rue étroite et sombre ? Une plaque rappelle que tu as vécu là, de juillet 1944 à mars 1949. Période difficile mais heureuse, avec Odette et les naissances successives de Patrice et d’Élisabeth. Période de bringue aussi dans cette atmosphère sans repères de l’après-guerre. L’Occupation a étouffé votre jeunesse. Vous vous enivrez à réapprendre la liberté. La rue Calas connaît plus d’une soirée propre à réveiller tout le quartier. Difficile pour les voisins d’aller se plaindre au commissariat : le commissaire et copain Alésinski est de presque toutes les fêtes ! Les joyeux compagnons ne manquent pas, et les virées nocturnes deviennent le théâtre de toutes vos voyouteries. Souvent de passage rue Calas, où il rend visite à Renée Berthet et à sa mère, l’ami Francisque Collomb assiste régulièrement, complice autant que consterné, aux bambochades de ses cadets. Mais, devenu maire de la ville, il ne reniera jamais ni les garnements ni leurs âneries de jadis. Comme tu l’aimais, ta bande de clowns en folie, mon Francisque ! J’entends encore ton rire lorsque nous batifolions tout habillés dans la fontaine Bartholdi, place des Terreaux […]. Tu ne ressembles pas aux autres politiciens, Francisque. Avec toi, pas de blabla oiseux car tu n’es pas un homme de mots. Seulement de parole !
60
Les Kauffmann (voir l’entrée San-Antonio s’est arrêté à Durlinsdorf) en avaient déjà déniché un exemplaire une dizaine d’années auparavant.