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Dictionnaire amoureux de San-Antonio

Электронная книга - «Dictionnaire amoureux de San-Antonio». Краткое содержание книги:

Assimilée à une « littérature de gare », l'œuvre de Frédéric Dard, dit San-Antonio a tardé à être reconnue comme majeure. Mais l'engouement du public pour ces aventures était tel qu'elles suscitèrent bientôt la curiosité des critiques et des intellectuels, comprenant enfin que ces romans cachaient aussi une vision réjouissante et féroce de la société.
Ce dictionnaire tente d'éveiller la curiosité sur l'homme et les aspects riches de sa création littéraire unique. Comment évoquer avec amour le si prolifique Frédéric Dard ? Devant l'ampleur de la tâche, le plus simple était de faire comme l'auteur : tous les matins, afficher une page blanche, surmonter l'angoisse et laisser place à l'imagination désordonnée. Avec une idée forte que San-Antonio semblait me souffler à l'oreille : « Faut qu'on le capte bien, le grand, qu'on s'imprègne à fond de lui, qu'on pige son beau talent, […] et puis, tu comprends : qu'on ait envie de le choper par le cou pour l'accolade de la tendresse, histoire de bien se sentir un homme auprès de cet homme-là. »
Biographie de l'auteur
Médecin, publicitaire, muséographe, enseignant et écrivain depuis dix ans, Éric Bouhier a une véritable passion pour l'œuvre de San-Antonio. L'écriture de ce dictionnaire amoureux est l'aboutissement d'une lecture assidue depuis l'adolescence et d'un travail de recherche mené ces vingt dernières années avec des proches de Frédéric Dard et des membres d'une association dédiée à entretenir la mémoire de l'écrivain.
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— Et, en 1987, sur une proposition de Didier van Cauwelaert, le prix de l’Insolence, au Crazy Horse, décerné par les parfums Charles Jourdan pour Galantine de volaille pour dames frivoles. Frédéric prononça quelques mots adaptés au lieu et à la circonstance, Face aux perfections de ces culs et de ces nichons transcendés par la grâce, ne vous étonnez pas, messieurs, si la jolie bande que vous offrez à mon livre se transforme en cilice. Puis il offrit les 50 000 francs du prix à la fondation Lino-Ventura.

Une belle collection de récompenses, quoi qu’on en dise !

Céline n’en eut pas autant. Et si j’évoque cet écrivain de génie, c’est parce qu’on a souvent vu un passage de témoin littéraire entre lui et San-Antonio. Une hypothèse un peu simpliste, évitant surtout de réfléchir sur la véritable originalité de l’œuvre de Frédéric, sans équivalent dans la littérature mondiale. De tous leurs points communs, un seul est incontestable : ni l’un ni l’autre n’eut le prix Goncourt. Céline se consola avec le Renaudot. Frédéric ne perdit pas espoir et adressa un message aux « Dix » du restaurant Drouant : À ce propos, faut que je prévienne messieurs les Goncourt : s’ils me décernaient leur prix et que je ne sois pas chez moi, ils n’auraient qu’à le glisser sous la porte ou le poser sur le paillasson. Puis, invité par Chancel à « Radioscopie », il se ravisa en apprenant qu’une telle récompense lui assurerait des ventes de 50 000 exemplaires, ce qui serait une perte considérable par rapport aux 600 000 exemplaires des tirages des San-Antonio. Quatre fois par an !

Pour notre part, la communauté san-antonienne et moi-même avons toujours estimé qu’un Frédéric Dard, dit San-Antonio, ça n’avait pas de prix !

Q

Que choisir ?

— Vous croyez que je vais y comprendre quelque chose ?

— Ne vous inquiétez pas, J’ai essayé, on peut !

(Titre du 81e San-Antonio, 1973).

Il n’est pas rare qu’un lecteur curieux demande à un amateur averti par quel San-Antonio il doit commencer. J’en ai fait maintes fois l’expérience. N’ayant pas de réponse toute prête, mon conseil diffère en fonction des interlocuteurs. Sans grande logique pour autant, convaincu que commencer par le commencement reste une bonne méthode… sauf quand je change d’avis. Pour peu qu’on apprécie ce nouveau lecteur, on a souvent envie que la découverte de Sana soit le début d’une aventure semblable à celle que l’on a connue. Qu’il ne soit pas déçu ou, pire, rebuté d’emblée. Tout est question de confiance dans notre demandeur, et d’appréciation de sa motivation. Un mode d’emploi succinct peut participer au succès de l’entreprise ; le premier conseil étant de ne lire ni avec un dictionnaire d’argot ni même avec le Dictionnaire San-Antonio, éditions 1993, celui qui recense près de 15 000 entrées.

L’astuce consiste à se laisser entraîner par la lecture et à deviner le sens des mots inconnus d’après leur contexte. On devient san-antonien plus vite qu’on ne l’imagine. L’analogie avec d’autres textes jugés à tort hermétiques est une bonne manière de surmonter la difficulté d’approche de cette prose si inventive. Je cite volontiers la découverte que je fis un jour de Histoire d’un voyage faict en la terre de Brésil de Jean de Léry. J’avais acquis ce livre dont Claude Lévi-Strauss dit dans Tristes Tropiques que son auteur est le père de tous les ethnologues. Je m’en régalais d’avance, avant de m’apercevoir, une fois l’achat effectué, que l’ensemble du texte était écrit en vieux langage françois. La déception fut de courte durée, car, même sans consulter les notes érudites de Frank Lestringant en bas de page, je ne butai que sur quelques mots du premier chapitre. Le contexte ou la proximité phonétique m’éclairèrent vite sur leur sens. San-Antonio, Jean de Léry, même combat !

Passé ce préambule, voici mes conseils sur le choix du premier San-Antonio :

— J’oriente un jeune connecté de moins de trente ans vers un des derniers de la série, des années 1995–1999 : Le pétomane ne répond plus ou Du sable dans la vaseline. C’est l’époque où Sana utilise un portable ; le jeune aura un point d’ancrage lui permettant de ne pas dévisser trop vite. Pour le reste, ce n’est pas gagné !

— À un jeune homme de plus de trente ans, célibataire tendance aventurier de la vie, je conseille volontiers Poison d’avril, ou la Vie sexuelle de Lili Pute. Sexe, humour, voyage, tout l’attirail du garçon pas encore blasé ni pourri par le pognon.

— À une jeune femme de plus de quarante ans, curieuse et enthousiaste, Bons baisers où tu sais est le livre de référence. Il est même recommandé de l’offrir, car la dédicace sur la page de garde permet de tester ses chances d’une manière très élégante. Exemple : « De la part de…, avec toute mon affection et mes Bons baisers où tu sais ».

— Astuce du même ordre à une vieille de moins de quarante ans, déjà revenue de tout, où recommander la lecture de Circulez, y a rien à voir ou de Bas les pattes évite bien des explications alambiquées.

— À un jeune de moins de seize ans, je dis de faire comme moi à son âge : qu’il se démerde !

— À un homosexuel, Au suivant de ces messieurs s’impose, alors qu’une homosexuelle devrait se régaler de Dégustez, gourmandes !

— Pour un emmerdeur, pas d’autre choix que Va donc m’attendre chez Plumeau. Le message est clair.

— À deux jeunes femmes désireuses de mieux connaître l’univers de San-Antonio, entraperçu à l’écoute de deux fans désœuvrés, je ne vois rien de mieux que Les cochons sont lâchés. Une dédicace s’impose : à Ginette et Monique, de la part de Pierre et Paul, indispensables gardes du corps en cette période où Les cochons sont lâchés.

— À des Lyonnais, San-Antonio chez les « gones », véritable hommage à sa ville d’adoption.

— À une danseuse, Pleins feux sur le tutu, à un jockey, Hue dada !, à une infirmière, Remouille-moi la compresse, à une vendeuse de lingerie féminine, Concerto pour porte-jarretelles, à un asthmatique, Bravo, docteur Béru, à un croquemort, Deuil express, à un ORL, Les Doigts dans le nez, à un apiculteur, Du sirop pour les guêpes, à un pétomane, La Fin des haricots, sachant qu’un industriel du cassoulet sera plus intrigué par Le pétomane ne répond plus, etc. La liste est sans fin !

On voit, aux exemples ci-dessus, que l’appréciation du contenu des San-A. — super, bon, moins bon ! — n’est pas un critère pour orienter le futur lecteur impatient de participer à cette grande fête des sens que représentent les San-Antonio. En revanche, les titres contiennent nombre de messages subliminaux capables de nous sortir des difficultés d’approche ou de nous fournir des fins de non-recevoir les plus variées.

Quant au dernier à m’avoir demandé par quel « Santantonio » commencer, je lui ai répondu : Zéro pour la question (titre du 67e San-Antonio, de 1968).

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