Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
Soudain, Bilbo leva les yeux. « Ah, te voilà enfin, Dúnadan ! » s’exclama-t-il.
« L’Arpenteur ! dit Frodo. Vous semblez avoir bien des noms. »
« L’Arpenteur en est un que je n’avais encore jamais entendu, dit Bilbo. Pourquoi l’appelles-tu comme ça ? »
« C’est ainsi qu’on m’appelle à Brie, dit l’Arpenteur en riant, et on m’a présenté à lui de cette manière. »
« Et pourquoi l’appelles-tu Dúnadan ? » demanda Frodo.
« Le Dúnadan, dit Bilbo. On l’appelle souvent comme ça, ici. Je pensais que tu connaissais assez d’elfique pour comprendre au moins dún-adan : Homme de l’Ouest, Númenóréen. Mais ce n’est pas le temps des leçons ! » Il se tourna vers l’Arpenteur. « Cher ami, où étais-tu ? Pourquoi ne pas être allé au festin ? La dame Arwen y était. »
L’Arpenteur regarda Bilbo d’un air grave. « Je sais, dit-il. Mais souvent, je dois laisser les réjouissances de côté. Elladan et Elrohir sont revenus de la Sauvagerie à l’improviste, et ils avaient des nouvelles dont je souhaitais m’informer sur-le-champ. »
« Eh bien, mon cher ami, dit Bilbo, maintenant que tu es informé, aurais-tu une minute à me consacrer ? J’ai besoin de ton aide pour une urgence. Elrond me demande de terminer cette chanson avant la fin de la soirée, et je suis bloqué. Retirons-nous dans un coin pour la peaufiner ! »
L’Arpenteur sourit. « Allons, dans ce cas ! dit-il. Faites-la-moi entendre ! »
Frodo fut un moment laissé à lui-même, car Sam s’était endormi. Il était seul et se sentait plutôt délaissé, bien que la maisonnée de Fendeval fût assemblée tout autour de lui. Mais ceux qui se trouvaient près de lui étaient silencieux, attentifs à la musique des voix et des instruments, qui les accaparait entièrement. Frodo se mit à écouter.
Au début, la beauté des mélodies et des mots entremêlés en langues elfiques, même s’il les comprenait très peu, l’envoûta, dès qu’il commença à leur prêter attention. Il lui semblait presque voir les mots prendre forme, et que se déployait devant lui une vision de contrées éloignées et de lumineux paysages qu’il n’avait encore jamais imaginés ; que la salle, à la lueur du feu, se muait en une brume dorée sur des mers d’écume soupirant à la lisière du monde. Puis, le charme se fit de plus en plus semblable à un rêve, et il sentit qu’une rivière infinie d’argent et d’or déferlait sur lui et l’engouffrait, trop incommensurable pour qu’il soit à même d’en saisir la trame ; elle devint partie intégrante de l’air vibrant qui l’entourait, et il en fut trempé, et bientôt, noyé. Il sombra rapidement sous son poids coruscant, dans de profondes sphères de sommeil.
Il erra longuement dans un songe musical qui se transposa en eau courante, puis soudain, en une voix. On eût dit la voix de Bilbo récitant des vers. D’abord indistincts, plus clairs ensuite, se succédaient les mots.
Eärendil le marinier,
attardé en Arvernien,
bâtit un grand bateau de bois
à Nimbrethil, forêt ancienne :
sa voilure il cousit d’argent
et fit argentés ses fanaux,
façonnant sa proue comme un cygne,
hissant insignes et drapeaux.
De la panoplie d’anciens rois
il fit le choix de son armure,
son bouclier gravé de runes
le gardant de toute blessure ;
son arc en corne de dragon,
ses flèches taillées dans l’ébène ;
était d’argent son haubergeon
son long fourreau de calcédoine ;
son épée d’un vaillant acier,
de diamant son casque clair,
deux plumes d’aigle à son cimier,
à son collier un béryl vert.
Il navigua delà les brumes
sous la Lune et sous les étoiles ;
perdu sur des voies enchantées,
par-delà le jour il fit voile.
Des rigueurs du Détroit de Glace
où l’ombre étreint les monts gelés,
des déserts brûlants du midi
il repartit sans s’attarder ;
errant sur des eaux sans étoiles
il vint enfin à la Nuit Noire,
sans chercher jamais la lumière,
ni rive claire apercevoir.
Le vent du courroux le saisit
et il s’enfuit sur les embruns,
et d’ouest en est, inattendu,
sans autre but il s’en revint.
Lors vint Elwing volant à lui,
un feu dans la nuit s’allumant ;
le Silmaril à son collier
plus brillant que le diamant.
Ce joyau elle lui donna,
le couronna de sa lumière ;
lui, vivant reflet sur sa joue,
tourna sa proue ; et d’outre Mer,
de l’Autre-monde une tempête,
un vent puissant du Tarmenel,
se déclara dans les ténèbres ;
sur des voies fermées aux mortels,
elle l’emporta, souffle mordant,
force de mort, sur les flots gris
abandonnés et en détresse ;
et d’est en ouest il se fondit.
Repassant la Nuit Éternelle
par de longues lieues oubliées
et des rivages disparus,
noyés avant les Jours premiers,
il entendit le long soupir
des eaux sur les plages perlées
roulant sur les confins du monde
l’or jaune et les joyaux nacrés.
Il vit se dresser la Montagne
sur les genoux crépusculaires
du Valinor, et Eldamar
il contempla depuis la mer.
Vagabond sorti de la nuit,
il vint enfin au havre blanc,
à la verte Patrie des Elfes
où souffle un air vivifiant :
là-bas sous le mont Ilmarin,
nichées dans une vaste combe,
les hautes tours de Tirion
se mirent dans le Lac aux Ombres.
Il délaissa là son errance.
Des harpes d’or on lui tendit,
des mélodies et des merveilles
à son oreille on répandit.
De blanc elfique on l’habilla,
et sept lumières devant lui,
il passa le Calacirya
et pénétra dans le pays.
Il vint aux palais hors du temps
où choient les années innombrables
à Ilmarin sur la Montagne
où règne le Roi Vénérable ;