Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Alvin le faiseur #4
- Год: 2003
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-042703-X
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
— Non, fit Peggy. Tu n’en as pas le pouvoir.
— C’est la torche honnête qui cause, là ? Ou l’amise ? »
Elle n’hésita qu’une seconde. « Ton amie. Cette zone dans ta flamme de vie reste obscure.
— J’m’en doutais. Et d’après moi, c’est parce que j’dois Faire quèque chose. Faire ce qu’a encore jamais été fait, du nouveau. Et alors, j’pourrai continuer. Sinon, j’irai en prison et ma vie suivra une aut’ route.
— T’irais en prison ? demanda Arthur Stuart. Tu resterais vraiment en prison durant des années et des années de temps ? »
Alvin haussa les épaules. « Y a des sortilèges que j’peux pas faire disparaître. J’crois que si j’suis condamné, ils veilleront à m’tenir d’cette manière-là. Mais même si j’arrive à m’ensauver, qu’esse ça changera ? J’pourrai pas accomplir mon œuvre icitte en Amérique. Et j’connais pas si c’est possible dans un autre pays. Si y a une raison pour que j’existe, alors y en a une pour que j’soye né icitte et pas en Angleterre, en Russie, en Chine ni aut’ part. C’est icitte que j’dois réaliser mon œuvre.
— Et c’est pour ça que vous m’interdisez de faire comparaître les deux meilleurs témoins à décharge ? demanda l’avocat.
— Mon meilleur témoin, c’est la vérité. Quèqu’un va la dire, c’est sûr. Mais ça s’ra pas m’zelle Larner ni Ramona. »
Peggy se pencha vers Alvin et le regarda dans les yeux, presque nez à nez. « Alvin Smith, maudit gamin, je t’ai consacré mon enfance pour te protéger du Défaiseur, et maintenant tu me dis de rester à l’écart et de le regarder gâcher pareil sacrifice ?
— J’vous ai déjà proposé de m’offrir tout l’restant d’vos jours, répliqua Alvin. Pourquoi faudrait que j’vous gâte la vie ? Vous avez perdu votre enfance pour moi. Vous avez perdu vot’ mère pour moi. Faut pus rien perdre. Moi, j’vous aurais tout pris, oui, et aussi tout donné, mais j’prends pas moins que j’donne. Vous m’prendrez rien, alors j’vous prendrai rien non plus. Si vous comprenez pas ça, alors c’est qu’vous êtes pas aussi maline que vous voulez l’faire accroire, m’zelle Larner.
— Pourquoi donc ils s’marient pas, ces deux-là, et ils font pas des pitits ? lança Arthur Stuart. C’est poupa qu’a dit ça. »
Le visage dur, Peggy se détourna d’eux. « Il faut en passer par tes conditions, on dirait, Alvin. Pour tout, par tes conditions.
— Mes conditions ? C’étaient pas mes conditions d’vous dire ces affaires-là devant les autres, mais au moins c’est des amis et pas des étrangers qui vont être forcés d’les entendre. J’vous aime, m’zelle Larner. Je t’aime, Margaret. J’veux pas t’voir dans cette salle de tribunal, j’veux t’voir dans mes bras, dans ma vie, dans tous mes rêves et tous mes ouvrages pour tout l’temps à v’nir. »
Peggy s’accrocha aux barreaux de la prison, la figure cachée aux autres.
Arthur Stuart sortit de la cellule pour regarder avec candeur la jeune femme en face. « Pourquoi donc tu l’maries pas au lieu d’brailler d’même ? Tu l’aimes pas ? T’es bien jolie, et lui, c’est un beau gars. Vous auriez des bébés tout mignons. C’est poupa qu’a dit ça.
— Chut, Arthur Stuart », dit Mesure.
Peggy glissa jusqu’à se retrouver à genoux, puis elle passa les mains à travers les barreaux et saisit celles d’Arthur Stuart. « Je ne peux pas, Arthur, dit-elle. Ma mère est morte parce que j’aimais Alvin, tu ne comprends pas ? À chaque fois que je m’imagine avec lui, je me sens mal et… coupable… et furieuse et…
— Ma mouman aussite, elle est morte, tu connais, dit Arthur Stuart. Ma mouman couleur et pis ma mouman blanche. Elles sont toutes les deux mortes pour me sauver d’l’esclavage. J’pense tout l’temps à ça : si j’étais pas né, elles vivraient ’core toutes les deux. »
Peggy secoua la tête. « Je sais que tu y penses, Arthur. Mais il ne faut pas. Elles veulent que tu sois heureux.
— J’connais. J’ai moins d’comprenure que toi, mais ça, j’connais. Alors, j’fais d’mon mieux pour être heureux. Et j’suis heureux presque tout l’temps. Pourquoi tu peux pas faire pareil, toi ? »
Alvin chuchota en écho : « Pourquoi tu peux pas faire pareil, Margaret ? »
Peggy leva le menton, regarda autour d’elle. « Qu’est-ce que je fais ici, comme ça, par terre ? » Elle se remit debout. « Puisque tu ne veux pas de mon aide, Alvin Smith, j’ai du travail qui m’attend. Une guerre va éclater dans l’avenir, une guerre pour ou contre l’esclavage, et des millions de jeunes gens vont mourir, en Amérique, dans les Colonies de la Couronne et même en Nouvelle-Angleterre, avant qu’elle ne s’achève. Ma tâche, c’est de m’assurer que ces garçons ne mourront pas en vain, que les esclaves obtiendront leur liberté. C’est pour ça que ma mère est morte, pour libérer un esclave. Moi, je ne vais pas me contenter d’un seul, je vais les sauver tous si je peux. » Elle regarda d’un air farouche les hommes qui la considéraient, les yeux écarquillés. « J’ai accompli mon dernier sacrifice pour Alvin Smith… Il n’a plus besoin de mon aide. »
Sur ces mots, elle franchit à grands pas la porte donnant sur le bureau.
« Si, j’en ai b’soin », murmura Alvin. Mais elle ne l’entendit pas, elle avait disparu.
« Ça, c’est la meilleure, fit Mesure. J’voudrais connaître, Alvin, pourquoi t’es pas tombé en amour avec un ouragan ? Pourquoi tu fais pas ta d’mande à un blizzard ?
— C’est déjà fait », répondit Alvin.
En-Vérité gagna la porte de la cellule. « Je vais interroger Ramona ce soir au cas où vous changeriez d’avis, Alvin, dit-il.
— J’changerai pas d’avis.
— J’en suis sûr, mais à part ça, je ne peux rien faire d’autre. » Il se demanda s’il devait dire ce qu’il avait en tête et décida de se lancer quand même. Qu’avait-il à perdre ? On allait jeter Alvin en prison, et son voyage en Amérique aurait été vain, en définitive. « Je dois dire, à mon avis, que mademoiselle Larner et vous formez un couple parfait. À vous deux, vous devez cumuler plus de soixante-dix pour cent de tout ce que le monde compte d’entêtement ridicule. »
À son tour, il se dirigea vers la porte du bureau. Dans son dos, alors qu’il sortait, il entendit Alvin déclarer à Mesure et Arthur : « C’est mon avocat. » Il n’était pas certain si Alvin le disait avec fierté ou pour se moquer. Dans les deux cas, ça ne faisait qu’accroître son désespoir.
Le témoignage de Billy Hunter causa de gros dégâts. Il était évident qu’il aimait bien Alvin et n’avait aucune envie d’en donner une mauvaise image. Mais il ne pouvait pas changer ce qu’il avait vu et il devait dire la vérité : il avait regardé dans la cellule où Alvin et Vialatte n’auraient pu se cacher nulle part.
Le contre-interrogatoire d’En-Vérité se contenta d’établir qu’au moment où Vialatte était entrée, Alvin se trouvait bien dans sa cellule, et que la tarte qu’elle avait apportée était très bonne. « Alvin n’en voulait pas ? demanda l’avocat.
— Non, monsieur. Il a dit… il a dit qu’il l’avait comme qui dirait promise à une fourmi. »
Des rires fusèrent.
« Mais il vous l’a laissée quand même, fit En-Vérité.
— Ben, oui.
— Ma foi, voilà qui prouve, je crois, qu’Alvin n’est effectivement pas digne de confiance, s’il ne peut pas tenir sa parole envers une fourmi ! »