Ensemble, c’est tout
- Автор: Гавальда Анна
- Год: 2004
- Язык: французский
- ISBN: 2842630858
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
Elle la secoua doucement :
Ma Paulette ?
Jamais un dessin ne lui demanda autant de mal.
Elle n'en fit qu'un.
Et peut-tre tait-ce le plus beau...
14
Il tait plus d'une heure quand Franck rveilla tout le village.
Camille tait dans la cuisine.
Encore en train de picoler ?
Il posa son blouson sur une chaise et attrapa un verre dans le placard au-dessus de sa tte.
Bouge pas.
Il s'assit en face d'elle :
Elle est dj couche, ma mm?
Elle est dans le jardin...
Dans le jar...
Et quand Camille leva son visage, il se mit gmir.
Oh non, putain... Oh non...
15
Et pour la musique ? Vous avez une prfrence ?
Franck se retourna vers Camille.
Elle pleurait.
Tu vas nous trouver quelque chose de joli, toi, hein ?
Elle secoua la tte.
Et pour l'urne ? Vous... Vous avez regard les tarifs ?
16
Camille n'eut pas le courage de retourner la ville pour trouver un CD correct. En plus elle n'tait pas sre de le trouver... Et puis elle n'avait pas le courage.
Elle sortit la cassette qui tait encore dans l'autoradio et la tendit au monsieur du crmatorium.
Il n'y a rien faire ?
Non.
Parce que c'tait vraiment son chouchou, celui-l... La preuve, il avait mme chant une chanson rien que pour elle, alors...
Camille la lui avait compile pour la remercier du pull abominable qu'elle lui avait tricot cet hiver et elles l'avaient encore coute religieusement l'autre jour en revenant des jardins de Villandry.
Elle l'avait regarde sourire dans le rtroviseur...
Quand il chantait ce grand jeune homme, elle avait vingt ans, elle aussi.
Elle l'avait vu en 1952 du temps o il y avait un music-hall prs des cinmas.
Ah... Il tait si beau... soupirait-elle, si beau...
On confia donc Monseigneur Montand le soin de se charger de l'oraison funbre.
Et du Requiem...
Quand on partait de bon matin,
quand on partait sur les chemins,
bicy-cl-teu,
Nous tions quelques bons copains,
Y avait Fernand, y avait Firmin, y avait Francis et Sbastien,
Et puis Pau-l-teu...
On tait tous amoureux d'elle,
on se sentait pousser des ailes,
bicy-cl-teu...
Et Philou qui n'tait mme pas l...
Parti dans ses chteaux en Espagne...
Franck se tenait trs droit, les mains derrire le dos.
Camille pleurait.
La, la, la... Mine de rien,
La voil qui revient, La chanso-nnet-teu...
Elle avait disparu,
Le pav de ma rue,
tait tout b-teu...
Les titis, les marquis
C'est parti mon kiki...
Elle souriait... les titis, les marquis... Mais c'est nous, a...
La, la, la, haut les curs
Avec moi tous en chur...
La chanso-nnet-teu...
Madame Carminot tripotait son chapelet en reniflant.
Combien taient-ils dans cette fausse chapelle en faux marbre ?
Une dizaine peut-tre ?
part les Anglais, que des vieux...
Surtout des vieilles.
Surtout des vieilles qui hochaient la tte tristement.
Camille s'effondra sur l'paule de Franck qui continuait de se triturer les phalanges.
Trois petites notes de musique,
Ont pli boutique,
Au creux du souvenir...
C'en est fini d'leur tapage,
Elles tournent la page,
Et vont s'endormir...
Le monsieur moustachu fit un signe Franck.
Il acquiesa.
La porte du four s'ouvrit, le cercueil roula, la porte se referma et... Pfffouuuff...
Paulette se consuma une dernire fois en coutant son crooner ador.
... Et s'en alla... clopin... clopant... dans le soleil... Et dans... le vent...
Et l'on s'embrassa. Les vieilles rappelrent Franck combien elles l'aimaient sa grand-mre. Et il leur souriait. Et il se broyait les molaires pour ne pas pleurer.
Les bonnes gens se dispersrent. Le monsieur lui fit signer des papiers et un autre lui tendit une petite bote noire.
Trs belle. Trs chic.
Qui brillait sous le faux lustre intensit variable.
A gerber.
Yvonne les invita prendre un petit remontant.
Non merci.
Sr?
Sr, rpondit Franck en s'agrippant son bras.
Et ils se retrouvrent dans la rue.
Tout seuls.
Tous les deux.
Une dame d'une cinquantaine d'annes les aborda.
Elle leur demanda de venir chez elle.
Ils la suivirent en voiture.
Ils auraient suivi n'importe qui.
17
Elle leur prpara un th et sortit un quatre-quarts du four.
Elle se prsenta. Elle tait la fille de Jeanne Louvel.
Il ne voyait pas.
C'est normal. Quand je suis venue habiter la maison de ma mre, vous tiez parti depuis longtemps dj...
Elle les laissa boire et manger tranquillement.
Camille alla fumer dans le jardin. Ses mains tremblaient.
Quand elle revint s'asseoir avec eux, leur hte alla chercher une grosse bote.
Attendez, attendez. Je vais vous la retrouver... Ah ! La voil ! Tenez...
C'tait une toute petite photo crante crme avec une signature chichiteuse en bas droite.
Deux jeunes femmes. Celle de droite riait en fixant l'appareil et celle de gauche baissait les yeux sous un chapeau noir.
Toutes les deux chauves.
Vous la reconnaissez ?
Pardon ?
L... C'est votre grand-mre.
L?
Oui. Et ct c'est ma tante Lucienne... La sur ane de ma mre...
Franck tendit la photo Camille.
Ma tante tait institutrice. On disait que c'tait la plus jolie fille du pays... On disait aussi qu'elle tait bien bcheuse, cette petite... Elle avait de l'instruction et avait refus plusieurs fois sa main, alors oui, une drle de petite bcheuse... Le 3 juillet 1945, Rolande F., couturire de son tat, dclare... Ma mre connaissait le procs-verbal par cur... Je l'ai vue s'amuser, rire, plaisanter et mme un certain jour avec eux (des officiers allemands) jouer s'arroser en tenue de bain dans la cour de l'cole.
Silence.
Ils l'ont tondue ? finit par demander Camille.
Oui. Ma mre m'a racont qu'elle est reste prostre pendant des jours et des jours et qu'un matin sa bonne amie Paulette Mauguin est venue la chercher. Elle s'tait ras la tte avec le coupe-chou de son pre et riait devant leur porte. Elle l'a prise par la main et l'a force l'accompagner en ville chez un photographe. Allez, viens... lui disait-elle, a nous fera un souvenir... Viens, je te dis ! Ne leur fais pas ce plaisir... Allez... Lve la tte, ma Lulu... Tu vaux mieux qu'eux, va... Ma tante n'osa pas sortir sans chapeau et refusa de l'enlever chez le photographe, mais votre grand-mre... Regardez-moi a... Cet air espigle... Quel ge elle avait a l'poque ? Vingt ans ?
Elle est de novembre 1921.
Vingt-trois ans... Courageuse petite bonne femme, hein ? Tenez... Je vous la donne...
Merci rpondit Franck, la bouche toute tordue.
Une fois dans la rue, il se tourna vers elle et lui lana crnement :
C'tait quelqu'un ma mm, hein ?
Et il se mit pleurer.
Enfin.
Ma petite vieille... sanglotait-il. Ma petite vieille moi... La seule que j'avais au monde...
Camille se figea soudain et retourna chercher l'urne en courant.