Ensemble, c’est tout
- Автор: Гавальда Анна
- Год: 2004
- Язык: французский
- ISBN: 2842630858
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
� Eh ben ?
� Laisse-moi.
10
Paulette ne marchait presque plus et Camille �vitait d�sormais de lui poser des questions. Elle la retenait autrement. Dans la lumi�re du jour ou sous l'aur�ole des lampes. Certains jours elle n'�tait pas l� et d'autres elle p�tait la forme. C'�tait �puisant.
O� s'arr�tait le respect de l'autre et o� commen�ait la notion de non-assistance � personne en danger ? Cette question la taraudait et, � chaque fois qu'elle se relevait la nuit, bien d�cid�e � prendre rendez-vous chez un m�decin, la vieille dame se r�veillait guillerette et fra�che comme une rose...
Et Franck qui ne parvenait plus � soutirer � l'une de ses anciennes conqu�tes laborantine ses m�dicaments sans ordonnance...
Elle ne prenait plus rien depuis des semaines...
Le soir du spectacle de Philibert par exemple, elle n'�tait pas vaillante et ils durent demander � madame Perreira de lui tenir compagnie...
� Pas de probl�me ! J'ai eu ma belle-m�re pendant douze ans � la maison, alors, vous pensez... Les vieux, je sais ce que c'est !
La repr�sentation avait lieu dans une MJC au fin fond de la ligne A du RER.
Ils prirent le Zeus de 19:34, s'assirent l'un en face de l'autre et r�gl�rent leurs comptes en silence.
Camille regardait Franck en souriant.
Garde-le ton petit sourire de merde, j'en veux pas. C'est tout ce que tu sais donner, toi... Des petits sourires pour embrouiller les gens... Garde-le va, garde-le. Tu finiras toute seule dans ton donjon avec tes crayons de couleur et ce sera bien fait pour ta gueule. Moi, je sens que je fatigue, l�... Le ver de terre amoureux d'une �toile, �a va un moment...
Franck regardait Camille en serrant les dents.
Que t'es mignon, toi, quand t'es en col�re... Que tu es beau quand tu perds les p�dales... Pourquoi je n'arrive pas � me laisser aller avec toi ? Pourquoi je te fais souffrir ? Pourquoi je porte un corset sous ma cuirasse et deux cartouchi�res en bandouli�re ? Pourquoi je bloque sur des d�tails d�biles ? Prends un ouvre-bo�te, merde ! Regarde dans ta mallette, je suis s�re que tu as ce qu'il faut pour me laisser respirer...
� � quoi tu penses ? lui demanda-t-il.
� � ton nom... J'ai lu l'autre jour dans un vieux dictionnaire qu'un estafier �tait un grand valet de pied qui suivait un homme � cheval et qui lui tenait l'�trier...
� Ah?
� Oui.
� Un larbin, quoi...
� Franck Lestafier ?
� Pr�sent.
� Quand tu ne dors pas avec moi, tu dors avec qui?
- ...
� Tu leur fais les m�mes choses qu'� moi ? ajouta-t-elle en se mordant la l�vre.
� Non.
Ils se donn�rent la main en remontant � la surface.
La main, c'est bien.
�a n'engage pas trop celui qui la donne et �a apaise beaucoup celui qui la re�oit...
L'endroit �tait un peu tristoune.
�a sentait son collier de barbe, ses Fanta ti�des et ses r�ves de gloire mal emboutis. Des affiches jaune fluo annon�aient la tourn�e triomphale de Ramon Riobambo et son orchestre en peau de lama. Camille et Franck prirent leurs billets et n'eurent que l'embarras du choix pour trouver une place...
Peu � peu la salle se remplit tout de m�me. Ambiance kermesse et patronage. Les mamans s'�taient faites belles et les papas v�rifiaient les piles de leur cam�scope.
Comme � chaque fois qu'il �tait �nerv�, Franck bran-douillait du pied. Camille posa sa main sur son genou pour le calmer.
� Savoir que mon Philou va se retrouver tout seul en face de tous ces gens, �a me tue... Je crois que je vais pas supporter... Imagine qu'il ait un trou de m�moire... Imagine qu'y se mette � b�gayer... Pff... Il sera encore bon � ramasser � la petite cuill�re...
� Chut... Tout va bien se passer...
� S'il y en a un seul qui ricane, je te jure, je lui saute dessus et je le bute...
� Du calme...
� Du calme, du calme ! J'aimerais bien t'y voir, toi ! T'irais faire le mariole, l�, devant tous ces inconnus ?
D'abord, ce fut le tour des enfants. Du Scapin, du Queneau, du Petit Prince et de la rue Broca, en voulais-tu, en voil�.
Camille n'arrivait pas � les dessiner, elle s'amusait trop.
Ensuite une grappe d'ados d�gingand�s en cours de r�nsertion exp�rimentale vinrent r�per leur existentialisme en secouant de lourdes cha�nes en plaqu� or.
� Y� Men, mais qu'est-ce qu'y z'ont sur la t�te? s'inqui�ta Franck, des collants ou quoi ?
Entracte.
Merde. Le Fanta ti�de et toujours pas de Philibert � l'horizon...
Quand l'obscurit� revint, une fille insens�e fit son apparition.
Haute comme trois pommes, elle portait des Converses roses customis�es new look, des collants ray�s multicolores, une minijupe en tulle vert et un petit blouson d'aviateur recouvert de perles. La couleur de ses cheveux �tait assortie � celle de ses chaussures.
Une elfe... Une poign�e de confettis... Le genre de fofolle �mouvante que l'on aimait du premier coup d'oeil ou que l'on ne comprendrait jamais.
Camille se pencha et vit que Franck souriait b�tement.
� Bonsoir... Alors euh... Voil�... Je... J'ai beaucoup r�fl�chi � la fa�on dont j'allais pouvoir vous pr�senter le... Le num�ro suivant et finalement, j'ai... J'ai pens� que... Le mieux serait encore de... de vous raconter notre rencontre...
� Oh, oh... �a b�gaye. C'est pour nous, �a... murmura-t-il
� Alors euh... C'�tait l'ann�e derni�re � peu pr�s...
Elle agitait ses bras dans tous les sens.
� Vous savez que j'anime des ateliers pour les enfants � Beaubourg et euh... Je l'ai rep�r� parce qu'il �tait toujours en train de tourner autour de ses tourniquets pour compter et recompter ses cartes postales... � chaque fois que je passais, je m'arrangeais pour le surprendre et �a ne ratait pas : il �tait en train de recompter ses cartes en g�missant. Que... Comme Chaplin, vous voyez ? Avec cette esp�ce de gr�ce qui vous prend � la gorge... Quand vous ne savez plus si vous devez rire ou pleurer... Quand vous ne savez plus rien... Quand vous restez, l�, toute b�te, avec le c�ur en aigre-doux... Un jour, je l'ai aid� et je... Je l'ai bien aim�, quoi... Vous aussi, vous verrez... On ne peut pas ne pas l'aimer... Ce gar�on, c'est... C'est toutes les lumi�res de la ville � lui tout seul...
Camille broyait la main de Franck.
� Ah ! Encore une chose... Quand il s'est pr�sent� la premi�re fois, il m'a dit : � Philibert de la Durbelli�re � alors, moi, normale, polie, je lui ai r�pondu pareil, g�ographiquement : � Suzy... euh... de Belle-ville... � � Ah ! s'est-il exclam�, vous �tes une descendante de Geoffroy de Lajemme de Belleville qui combattit les Habsbourg en 1672 ? � Ouh l� ! � Nan, j'ai bafouill�, de... de Belleville de... de Paris quoi... � Eh bien vous savez le pire ? Il n'�tait m�me pas d��u...
Elle sautillait.
� Alors voil�, tout est l�, tout est dit. Et je vous demande de l'applaudir tr�s fort...
Franck siffla entre ses doigts.
Philibert entra pesamment. En armure. Avec la cotte de mailles, l'aigrette au vent, la grande �p�e, le bouclier et toute la quincaille.
Frissons dans l'assistance.
Il se mit � parler mais on ne comprenait rien.
Au bout de quelques minutes, un gamin s'est approch� avec un tabouret pour lui soulever sa visi�re.
L'autre, imperturbable, devint enfin audible.
Esquisses de sourires.
On ne savait pas encore si c'�tait du lard ou du cochon...
Philibert commen�a alors un strip-tease g�nial. � chaque, fois qu'il retirait un morceau de ferraille, son petit page le nommait bien fort :
� Le casque... Le bassinet... Le gorgerin... Le colletin... Le plastron... La pansi�re... Les cubiti�res... Le gantelet... Les cuissards... Les genouill�res... Les jambi�res...
Compl�tement d�soss�, notre chevalier finit par s'affaisser et le gosse lui retira ses � chaussures �.
� Les solerets, annon�a-t-il enfin, en les soulevant au-dessus de sa t�te et en se bouchant le nez.
Vrais rires cette fois.
Rien ne vaut un bon gros gag pour chauffer une salle...
Pendant ce temps, Philibert, Jehan, Louis-Marie, Georges Marquet de la Durbelli�re d�taillait, d'une voix monocorde et blas�e, les branches de son arbre g�n�alogique en �num�rant les faits d'armes de sa prestigieuse lign�e.