Ensemble, c’est tout
- Автор: Гавальда Анна
- Год: 2004
- Язык: французский
- ISBN: 2842630858
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
Son papy Charles contre les Turcs avec Saint Louis en 1271, son p�p� Bertrand dans les choux � Azincourt en 1415, son tonton Bidule � la bataille de Fontenoy, son p�p� Louis sur les berges de la Moine � Cholet, son grand-oncle Maximilien aux c�t�s de Napol�on, son arri�re-grand-p�re sur le Chemin des Dames et son grand-p�re maternel prisonnier des boches en Pom�ranie.
Avec moult et moult d�tails. Les gosses ne pipaient pas mot. L'Histoire de France en 3 D. Du grand art.
� Et la derni�re feuille de l'arbre, conclut-il, la voil�.
Il se releva. Tout blanc et tout maigrelet, seulement v�tu d'un cale�on imprim� de fleurs de lys.
� C'est moi, vous savez ? Celui qui compte ses cartes postales...
Son page lui apporta une capote militaire.
� Pourquoi ? les interrogea-t-il. Pourquoi, diantre, le dauphin d'un tel convoi compte et recompte des bouts de papier dans un lieu qu'il abhorre ? Eh bien, je vais vous le dire...
Et l�, le vent tourna. Il raconta sa naissance cafouilleuse parce qu'il se pr�sentait mal, � d�j�... �, soupira-t-il, et que sa m�re refusait d'aller dans un h�pital o� l'on pratiquait des avortements. Il raconta son enfance coup�e du monde pendant laquelle on lui apprenait � garder ses distances d'avec le petit peuple. Il raconta ses ann�es de pensionnat avec son Gaffiot comme fer de lance et les innombrables mesquineries dont il fut la victime, lui qui ne connaissait des rapports de force que les mouvements lents de ses soldats de plomb...
Et les gens riaient.
Ils riaient parce que c'�tait dr�le. Le coup du verre de pipi, les railleries, les lunettes jet�es dans les cabinets, les provocations � la branlette, la cruaut� des petits paysans de Vend�e et les consolations douteuses du surveillant. La blanche colombe, les longues pri�res du soir pour pardonner � ceux qui nous avaient offens�s et ne pas nous soumettre � la tentation et son p�re qui lui demandait chaque samedi s'il avait su tenir son rang et faire honneur � ses anc�tres pendant qu'il se tr�moussait parce qu'on lui avait encore pass� la bis-touquette au savon noir.
Oui, les gens riaient. Parce qu'il en riait, lui, et qu'on �tait avec lui d�sormais.
Tous des princes...
Tous derri�re son panache blanc...
Tous �mus.
Il raconta ses TOC. Troubles obsessionnels compulsifs. Son Lexo, ses feuilles de s�cu o� son nom ne tenait jamais, ses b�gaiements, ses cafouillages, quand sa langue s'embourbait dans son trouble, ses crises d'angoisse dans les lieux publics, ses dents d�vitalis�es, son cr�ne d�garni, son dos un peu vo�t� d�j� et tout ce qu'il avait perdu en cours de route pour �tre n� sous un autre si�cle. �lev� sans t�l�vision, sans journaux, sans sorties, sans humour et surtout sans la moindre bienveillance pour le monde qui l'entourait.
Il donna des cours de maintien, des r�gles de savoir-vivre, rappela les bonnes mani�res et autres usages du monde en r�citant par c�ur le manuel de sa grand-m�re :
� Les personnes g�n�reuses et d�licates ne se servent jamais, en pr�sence d'un domestique, d'une comparaison qui peut �tre injurieuse pour lui. Par exemple : "Untel se conduit comme un laquais. " Les grandes dames d'autrefois ne se piquaient pas d'une telle sensibilit�, allez-vous dire et je sais en effet, qu'une duchesse du xviiie si�cle avait coutume d'envoyer ses gens en place de Gr�ve � chaque ex�cution en leur disant cr�ment : "Allez � l'�cole !"
� Nous m�nageons mieux aujourd'hui la dignit� humaine et la juste susceptibilit� des petits et des humbles ; c'est l'honneur de notre temps...
� Mais tout de m�me ! rench�rit-il, la politesse des ma�tres envers les serviteurs ne doit pas d�g�n�rer en familiarit� basse. Par exemple, rien n'est aussi vulgaire que d'�couter les cancans de ses gens... �
Et l'on souriait encore. M�me si cela ne nous faisait pas rire.
Enfin, il parla le grec ancien, r�cita des pri�res en latin � tire-larigot et avoua qu'il n'avait jamais vu La Grande Vadrouille car l'on s'y moquait des religieuses...
� Je crois que je suis le seul Fran�ais qui n'ait pas vu La Grande Vadrouille, non ?
Des voix gentilles le rassuraient : Nan, nan... T'es pas le seul...
� Heureusement je... Je vais mieux. Je... j'ai descendu le pont-levis, je crois... Et je... J'ai quitt� mes terres pour aimer la vie... J'ai rencontr� des gens beaucoup plus nobles que moi et je... Enfin... Certains sont dans la salle et je ne voudrais pas les mettre ma... mal � l'aise mais...
Comme il les regardait, tous se retourn�rent vers Franck et Camille qui essayaient d�sesp�r�ment de rrr... hum... de ravaler la boule qu'ils avaient dans la gorge.
Parce que ce type qui parlait, l�, ce grand �chalas qui les faisait tous marrer en racontant ses mis�res, c'�tait leur Philou � eux, leur ange gardien, leur Super-Nesquick venu du ciel. Celui qui les avait sauv�s en refermant ses grands bras maigrichons sur leurs dos d�courag�s...
Pendant que les gens l'applaudissaient, il finissait de se rhabiller. Il �tait d�sormais en queue-de-pie et chapeau claque.
� Eh bien voil�... Je crois que j'ai tout dit... J'esp�re ne pas vous avoir trop importun�s avec ces breloques poussi�reuses... Si c'�tait le cas, h�las, je vous prie de m'excuser et de pr�senter vos dol�ances � cette demoiselle Loyale en cheveux roses car c'est elle qui m'a forc� � me tenir devant vous ce soir... Je vous promets que je ne recommencerai pas, mais euh...
Il agita sa canne en direction des coulisses et son page revint avec une paire de gants et un bouquet de fleurs.
- Notez la couleur... ajouta-t-il en les enfilant, beurre frais... Mon Dieu... Je suis d'un classicisme ind�crottable... Ou en �tais-je d�j� ? Ah, oui ! Les cheveux roses... Je... Je... sais que monsieur et madame Martin, les parents de mademoiselle de Belleville, sont dans la salle et je... je... je... je...
Il s'agenouilla :
� Je... je b�gaye, n'est-ce pas ?
Rires.
� Je b�gaye et c'est bien normal pour une fois puisque je viens vous demander la main de votre fi...
� ce moment-l�, un boulet de canon traversa la sc�ne et vint le faire tr�bucher. Son visage disparut alors sous une corolle de tulle et l'on entendit :
� Hiiiiiiiiiiiiii, je vais �tre marquiiiiiiiiiiiiii-seu ! ! ! !
Les lunettes de travers, il se releva en la portant dans ses bras :
� Fameuse conqu�te, vous ne trouvez pas ?
Il souriait.
� Mes anc�tres peuvent �tre fiers de moi...
11
Camille et Franck n'assist�rent pas au pot de fin d'ann�e de la troupe car ils ne pouvaient se permettre de louper le Zack de 23 :58.
Ils �taient assis l'un � c�t� de l'autre cette fois et ne furent gu�re plus bavards qu'� l'aller.
Trop d'images, trop de secousses...
� Tu crois qu'il va rentrer ce soir ?
� Mmm... N'a pas l'air trop � cheval sur l'�tiquette cette jeune fille...
� C'est fou, hein ?
� Compl�tement fou...
� T'imagines la gueule de la Marie-Laurence quand elle va d�couvrir sa nouvelle belle-fille ?
� � mon avis, ce n'est pas pour demain...
� Pourquoi tu dis �a ?
� Je ne sais pas... Intuition f�minine... L'autre jour, au ch�teau, quand on se promenait apr�s le d�jeuner avec Paulette, il nous a dit en tremblant de rage : � Vous vous rendez compte ? C'est P�ques et ils n'ont m�me pas cach� d'�ufs pour Blanche... � Je me trompe peut-�tre mais j'ai eu l'impression que c'�tait la goutte d'eau qui venait de couper le cordon... � lui, ils ont tout fait subir sans qu'il en prenne ombrage plus que �a, mais l�.... Ne pas cacher d'�ufs pour cette petite fille, c'�tait trop lamentable.... Trop lamentable.... J'ai senti qu'il �vacuait sa col�re en prenant de sombres dispositions.... Tant mieux, tu me diras.... C'est toi qui as raison : ils ne le m�ritaient pas...