Ensemble, c’est tout
- Автор: Гавальда Анна
- Год: 2004
- Язык: французский
- ISBN: 2842630858
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
Amen, rpondit la brochette d'adolescentes en se trmoussant.
Puisque c'est comme a, ajouta-t-il, nous allons faire honneur ce merveilleux repas... Louis, allez me chercher deux bouteilles de l'oncle Hubert, s'il vous plat...
Oh, mon ami, vous tes sr ? s'inquita sa douce.
Mais oui, mais oui... Et vous, Blanche, cessez de coiffer votre frre, nous ne sommes pas dans un salon de beaut que je sache...
On leur servit des asperges avec une sauce mousseline tomber par terre puis vint le pt de Pques AOC Paulette Lestafier, puis un carr d'agneau rti accompagn de tians de tomates et courgettes la fleur de thym, puis une tarte aux fraises et fraises des bois avec sa chantilly maison.
Et monte l'huile de coude, s'il vous plat...
Rarement on ne fut plus heureux autour de cette table douze rallonges et jamais on ne rit de si bon cur. Au bout de quelques verres, le marquis tomba la lavallire et raconta d'abracadabrantes histoires de chasse o il n'avait pas toujours le beau rle... Franck tait souvent en cuisine et Philibert assurait le service. Ils taient parfaits.
Ils devraient travailler ensemble... murmura Paulette Camille, le petit bouillonnant aux fourneaux et le grand courtois en salle, ce serait patant...
Ils prirent le caf sur le perron et Blanche apporta de nouvelles mignardises avant de revenir s'asseoir sur les genoux de Philibert.
Ouf... Franck se posa enfin. Aprs un service comme celui-ci, il aurait bien aim s'en rouler un petit mais hum... Il taxa plutt Camille...
C'est quoi a ? lui demanda-t-elle en avisant la corbeille sur laquelle tout le monde se jetait.
Des pets-de-nonne, ricana-t-il, c'tait plus fort que moi, j'ai pas pu m'en empcher...
Il descendit d'une marche et s'adossa contre les jambes de sa belle.
Elle posa son carnet sur sa tte.
T'es pas bien l ? lui demanda-t-il.
Trs bien.
Eh ben, tu devrais y rflchir ma grosse...
quoi ?
a. comment on est, l maintenant...
Je comprends rien... Tu veux que je t'pouille ?
Ouais... pouille-moi et je te ferai plein de billous.
Franck... soupira-t-elle.
Mais nan, c'tait un truc symbolique ! Que je me reposais sur toi et que tu pouvais travailler sur moi. Un truc dans le genre, tu vois...
T'es grave...
Ouais... Tiens, je vais aiguiser mes couteaux, pour une fois que j'ai le temps... Je suis sr qu'il y a ce qu'il faut ici...
On fit le tour du domaine en fauteuil roulant et l'on se quitta sans effusions dplaces. Camille leur offrit leur chteau l'aquarelle et, Philibert, le profil de Blanche.
Tu donnes tout, toi... Tu ne seras jamais riche...
Pas grave.
Tout au bout de l'alle borde de peupliers, il se frappa le front :
Caramba ! J'ai oubli de les prvenir...
Pas de raction dans l'habitacle.
Caramba ! J'ai oubli de les prvenir... rpta-t-il plus fort.
Hein ?
De quoi ?
h, rien... Un petit dtail...
Bon.
Re-silence.
Franck et Camille ?
On sait, on sait... Tu vas nous remercier parce que t'as vu ton pre rigoler pour la premire fois depuis la chute du vase de Soissons...
Pas... pas du tout.
Qu'est-ce qu'y a ?
A... acceptez-vous d'... d'tre mes t... mes t... mes t...
Tes t quoi ? Tes ttards ?
Non. Mes t...
Tes teckels ?
N... non, mes t... t...
Tes quoi ? Putain !
Mes t... moinsdemariage ?
La voiture pila et Paulette se mangea l'appuie-tte.
8
Il ne voulut pas leur en dire davantage.
Je vous prviendrai quand j'en saurai plus...
Hein ? Mais euh... Rassure-nous... T'as une copine au moins ?
Une copine, s'indigna-t-il, jamais de la vie ! Une copine... Quel vilain mot... Une fiance, mon cher...
Mais euh... Elle le sait, elle ?
Pardon ?
Que vous tes fiancs ?
Pas encore... avoua-t-il en piquant du nez.
Franck soupira :
Je vois le travail... Du pur concentr de Philou, a... Bon, ben... T'attends pas la veille pour nous inviter, hein ? Que j'aie le temps de m'acheter un beau costard quand mme...
Et moi une robe ! ajouta Camille.
Et moi un chapeau... rpliqua Paulette.
9
Les Kessler vinrent dner un soir. Ils firent le tour de l'appartement en silence. Deux vieux bobos sur le cul... Un spectacle trs jouissif en vrit.
Franck n'tait pas l et Philibert fut exquis.
Camille leur montra son atelier. Paulette s'y trouvait dans toutes les positions, toutes les techniques et tous les formats. Un temple sa gaiet, sa douceur et aux remords et aux souvenirs qui lui fissuraient le visage quelquefois...
Mathilde tait trouble et Pierre confiant :
C'est bien a ! C'est trs bien ! Avec la canicule de l't dernier, le vieux est devenu trs tendance, tu sais ? a va marcher... J'en suis sr.
Camille tait accable.
A-cca-ble.
Laisse... ajouta sa femme, c'est de la provocation... Il est mu ce petit bonhomme...
Oh ! Et a ! C'est sublime a !
Ce n'est pas fini...
Tu me le gardes hein ? Tu me le rserves ?
Camille acquiesa.
Mais non. Elle ne lui donnerait jamais parce que ce ne serait jamais fini et ce ne serait jamais fini parce que son modle ne reviendrait jamais... Elle le savait...
Tant pis.
Tant mieux.
Cette esquisse ne la quitterait donc plus... Elle n'tait pas finie.... Elle resterait en suspens.... Comme leur impossible amiti.... Comme tout ce qui les sparait ici-bas...
C'tait un samedi matin, il y a quelques semaines... Camille travaillait. Elle n'avait mme pas entendu le carillon de la sonnette quand Philibert toqua sa porte :
Camille ?
Oui?
La... La Reine de Saba est ici... Dans mon salon...
Mamadou tait magnifique. Elle avait mis son plus beau boubou et tous ses bijoux. Ses cheveux taient pils jusqu'aux deux tiers de son crne et elle portait un petit fichu assorti son pagne.
Je te l'avais dit que je viendrais mais il faut teu dpcher parce que je vais un mariage dans ma famille quatre heures... C'est l que tu habites alors ? C'est l que tu travailles ?
Je suis tellement contente de te revoir !
Allez... Perds pas deu temps, je te dis...
Camille l'installa bien confortablement.
Voil. Tiens-toi droite.
Mais je me tiens toujours droite d'abord !
Au bout de quelques croquis, elle posa son crayon sur son bloc :
- Je ne peux pas te dessiner si je ne sais pas comment tu t'appelles...
L'autre leva la tte et soutint son regard avec un ddain magnifique :
- Je m'appelle Marie-Anastasie Bamundela M'Bay.
Marie-Anastasie Bamundela M'Bay ne reviendrait jamais dans ce quartier habille en reine de Diouloulou, le village de son enfance, Camille en avait la certitude. Son portrait ne serait jamais fini et il ne serait jamais pour Pierre Kessler qui tait bien incapable de deviner la petite Bouli dans les bras de cette belle ngresse ...
part ces deux visites, part une sauterie o ils se rendirent tous les trois pour fter les trente ans d'un collgue de Franck et o Camille se dchana en hurlant j'ai plus d'app-tiiiiit qu'un barra-couda, ba ra cou daaaa, il ne se passa rien d'extraordinaire.
Les journes s'allongeaient, le Sunrise se culottait, Philibert rptait, Camille travaillait et Franck perdait chaque jour un peu plus confiance en lui. Elle l'aimait bien mais ne l'aimait pas, elle s'offrait mais ne se donnait pas, elle essayait pourtant mais n'y croyait pas.
Un soir, il dcoucha. Pour voir.
Elle ne fit aucun commentaire.
Puis un deuxime, puis un troisime. Pour boire.
Il dormait chez Kermadec. Seul la plupart du temps, avec une fille, un soir de mort subite.
Il la fit jouir et lui tourna le dos.