La face des eaux [The Face of the Waters - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Livre de poche
- ISBN: 2-253-07191-9
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
— Couchez-vous ! s’écria-t-il. Tout le monde à l’abri ! Cela vient des poissons volants !
Les assaillants qui avaient survolé le navire s’éloignaient déjà. Mais une seconde vague d’assaut décollait à tribord.
L’attaque aérienne dura près d’une heure et il y eut en tout une demi-douzaine de vagues. Quand l’alerte fut levée, les victimes défilèrent dans la cabine de Lawler pour faire soigner leurs brûlures.
Sundira, qui se trouvait dans la mâture quand le bombardement avait commencé, fut la dernière à entrer. Comme elle ne portait qu’un pagne autour de la taille au moment de l’attaque, tout son corps était couvert de cloques. Lawler l’enduisit en silence de pommade. Elle était nue devant lui et ses mains couraient sur la peau douce et frottaient pour faire pénétrer l’onguent. Autour des mamelons, le long des cuisses, en remontant vers l’aine pour s’arrêter à quelques millimètres de son sexe.
Ils n’avaient pas fait l’amour depuis la nuit où le mollusque s’était fixé sur la coque du navire, mais Lawler n’éprouvait pas le moindre désir en la caressant, même aux endroits les plus intimes de son corps.
Sundira le perçut, elle aussi. Lawler sentit les muscles de la jeune femme se contracter sous les doigts insistants du médecin.
— Tu me malaxes comme un quartier de viande, Val ! lança-t-elle enfin d’un ton furieux.
— Je suis un praticien qui s’efforce de soigner une patiente dont la peau est couverte de foutues cloques !
— C’est tout ce que je suis pour toi ?
— Pour l’instant, oui. Tu t’imagines peut-être qu’un médecin se met à haleter dès qu’il pose la main sur le corps d’une jolie patiente ?
— Mais je ne suis pas n’importe quelle patiente ?
— Bien sûr que non.
— Alors, pourquoi me fuis-tu depuis plusieurs jours ? Et maintenant, tu me traites comme une étrangère. Quel est le problème, Val ?
— Un problème ? dit-il, l’air préoccupé, en lui donnant une petite tape sur la hanche. Tourne-toi, je n’ai pas encore massé le creux de tes reins. Où vois-tu un problème, Sundira ?
— J’ai l’impression que tu n’as plus envie de moi.
Lawler plongea les doigts dans le pot d’onguent et commença de lui masser le bas du dos, juste au-dessus des fesses.
— Je ne savais pas que nous avions un calendrier précis.
— Bien sûr que non, mais regarde comment tu poses les mains sur moi.
— Je viens juste de t’expliquer, dit Lawler, mais je vais recommencer. Je croyais que tu étais venue pour te faire soigner et non pour faire l’amour. Un médecin apprend très tôt que ce n’est jamais une bonne idée de mélanger les deux. Et puis l’idée m’a traversé l’esprit, et ce n’est plus une question d’éthique, mais de simple bon sens, que tu n’aurais peut-être pas envie que je saute sur toi à un moment où ton corps est couvert de cloques douloureuses. D’accord ?
Leur première querelle était-elle sur le point d’éclater ?
— Cela te paraît raisonnable, Sundira ?
Elle se retourna brusquement pour lui faire face.
— C’est à cause de ce qui s’est passé avec Delagard, n’est-ce pas ?
— Quoi ?
— L’idée qu’il a posé les mains sur moi – et pas seulement les mains – t’est insupportable et tu ne veux plus rien avoir à faire avec moi.
— Tu parles sérieusement ?
— Oui. Et je sais que j’ai raison. Si tu pouvais voir l’expression de ton visage…
— Nous étions tous comme fous pendant que cette saloperie était fixée sur la coque. Personne ne peut porter la responsabilité de ce qui s’est passé cette nuit-là. Crois-tu que j’avais envie de baiser Nevana ? Si tu veux savoir la vérité, Sundira, c’est toi que je cherchais quand je suis arrivé sur le pont. Dans l’état où j’étais, je ne me souvenais plus de ton nom et je ne savais même pas comment je m’appelais. Mais, dès que je t’ai vue, j’ai eu envie de toi et je me suis dirigé vers toi, mais Léo Martello m’a devancé. À ce moment-là, Neyana m’a appelé et je suis allé avec elle. J’ai agi sous l’influence de cette créature, comme toi, comme tout le monde. Tout le monde, sauf le père Quillan et Gharkid. Nos deux saints hommes.
Lawler avait le feu aux joues et il sentait les battements de son cœur s’accélérer.
— Écoute, Sundira, je suis au courant depuis le début de ta liaison avec Kinverson et cela n’a rien empêché. Pendant la nuit du mollusque, tu es d’abord allée avec Martello, puis avec Delagard. Pourquoi voudrais-tu que ce que tu as fait avec Delagard soit plus important pour moi que ce que tu as fait avec les autres ?
— Avec Delagard, c’est différent. Tu le détestes. Il te dégoûte.
— Tu crois ?
— C’est un assassin et une brute. C’est à cause de lui que nous avons tous été chassés de l’île de Sorve et, depuis le début de cette expédition, il se conduit comme un tyran. Il tabasse Lis, il a tué Henders. Il ment, il triche, il ne recule devant rien pour arriver à ses fins. Toute sa personne te répugne et tu ne peux pas supporter qu’il m’ait baisée, même si je n’étais pas moi-même quand cela s’est produit. Alors, tu passes ta mauvaise humeur sur moi. Tu ne veux pas poser la bouche là où Delagard a posé la sienne et je ne parle pas du reste. N’est-ce pas que j’ai raison, Val ?
— Tu lis dans les pensées des gens, maintenant ? Je ne savais pas que tu avais le don de télépathie, Sundira.
— N’essaie pas de faire le malin. C’est vrai ou ce n’est pas vrai ?
— Écoute, Sundira…
— Oui, c’est donc vrai.
Le ton froid et dur de la jeune femme s’adoucit brusquement et le regard qu’elle posa sur lui débordait de tendresse et de désir.
— Val, Val, tu ne crois pas que cela me dégoûte aussi de savoir que cet homme est entré en moi ? Tu ne crois pas que j’ai essayé depuis de faire disparaître toutes les traces de cette présence ? Mais cela ne devrait pas être ton problème ; il n’y a pas de marques sur ma peau aux endroits où il m’a touchée. Tu n’as pas le droit de te retourner contre moi sous le seul prétexte qu’une créature marine s’est collée à la coque de notre navire et nous a fait commettre des actes dont nous n’aurions jamais rêvé autrement.
Un nouvel éclair de colère traversa ses prunelles.
— Si ce n’est pas Delagard, qu’est-ce que c’est ? Dis-le-moi !
— Bon, d’accord, dit Lawler d’une voix chargée de honte. Je le reconnais, c’est à cause de Delagard.
— Merde, Val !
— Je suis absolument désolé.
— Vraiment ?
— Je crois que je n’avais pas réellement compris ce qui me tracassait jusqu’à ce que tu me balances tout ça à la tête. Mais, oui, oui, je suppose que cela me minait inconsciemment depuis cette nuit-là.
Imaginer la main de Delagard remontant entre tes jambes, les grosses lèvres molles de Delagard se posant sur tes seins. Lawler ferma les yeux en grimaçant.
— Mais ce n’est pas ta faute. Je me suis conduit avec la stupidité d’un adolescent.
— Tu as raison sur toute la ligne. Tu es particulièrement stupide. Et je tiens à te rappeler que, dans des circonstances normales, je n’aurais jamais, au grand jamais, laissé Delagard coucher avec moi. Même s’il avait été le dernier homme de la galaxie.
— Cest le diable qui t’a poussée à le faire, dit Lawler en souriant.
— Non, le mollusque.
— C’est la même chose.
— Puisque tu le dis… Mais, en réalité, il ne s’est rien passé. Il n’y a pas eu d’acte intentionnel de ma part. Et j’essaie de toutes mes forces de faire comme s’il ne s’était rien passé. Essaie, toi aussi… Je t’aime, Val.