La face des eaux [The Face of the Waters - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Livre de poche
- ISBN: 2-253-07191-9
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
Lawler regarda. C’était en vérité un spectacle magnifique ; de minuscules fragments se détachaient de l’énorme masse turgide et s’élevaient dans l’air, portés par la brise, en émettant une vive lueur, une lumière jaune intense et brève, tels des astres infimes sous la voûte du ciel. Des dizaines, des centaines de ces fragments lumineux emplissaient l’air. Portés par le vent, ils s’élevaient, descendaient, remontaient sans cesser de clignoter.
Sur Hydros la beauté était presque toujours sujette à caution et Lawler éprouvait une inquiétude croissante en regardant la danse des lucioles.
— Une voile a pris feu ! hurla soudain Lis Niklaus.
Lawler leva la tête. Un certain nombre de lucioles étaient arrivées au-dessus du navire et, partout où elles se posaient sur les voiles, elles se fixaient et continuaient de brûler, mettant le feu aux fibres de bambou de mer entrelacées. De minuscules volutes de fumée s’élevaient en une douzaine d’endroits et de nombreux points rouges de fibres embrasées étaient visibles. En fait, le navire était attaqué !
Delagard donna l’ordre de virer de bord et la Reine d’Hydros s’écarta aussi vite que possible de l’ennemi boursouflé qui l’attaquait sur son flanc. Tous ceux qui ne participaient pas à la manœuvre furent envoyés dans la mâture pour protéger les voiles. Lawler se hissa tant bien que mal sur une vergue et commença à repousser les flammèches et à gratter celles qui s’étaient déjà fixées sur les voiles. Elles émettaient une chaleur infime mais persistante et c’est cette chaleur continue qui enflammait les fibres de bambou de mer. Lawler vit des endroits calcinés là où elles avaient été enlevées à temps, d’autres où la clarté des étoiles filtrait à travers de petits trous et même, tout en haut du hunier de misaine, là où la voile était en flammes, une langue de feu écarlate se terminant par un panache de fumée noire.
Kinverson grimpait rapidement vers le foyer d’incendie. Quand il l’atteignit, il avança les deux mains pour l’éteindre. L’une après l’autre, les flammes disparurent, comme par un tour de magie. En quelques instants, il ne resta plus que quelques points rougeoyants qui disparurent à leur tour. La flammèche ayant allumé le foyer s’était déjà envolée. Elle était tombée sur le pont quand les fibres s’étaient embrasées autour d’elle, laissant dans la voile un trou irrégulier, aux bords noircis, de la taille de la tête d’un homme.
Faisant force de voiles, le navire s’éloigna rapidement vers le sud-ouest. L’ennemi hideux, incapable d’avancer à la même allure, disparut en peu de temps. Mais les ravissantes flammèches, les adorables lucioles, portées par la brise, continuèrent, en nombre de plus en plus restreint, à les suivre pendant plusieurs heures, et Delagard attendit l’aube pour donner l’ordre aux défenseurs de redescendre sur le pont.
Sundira passa les trois jours suivants à réparer les voiles avec l’aide de Kinverson, de Pilya et de Neyana. Les voiles détachées des vergues, le navire n’avançait plus. Il n’y avait pas un souffle d’air ; le soleil tapait très fort ; la mer était calme. De temps en temps, au loin, un aileron apparaissait fugitivement à la surface des flots. Lawler avait le sentiment qu’ils étaient maintenant sous une surveillance constante.
Il calcula qu’il lui restait tout au plus une réserve d’une semaine d’extrait d’herbe tranquille.
Une nouvelle créature flottante, ni aussi gigantesque, ni aussi répugnante, ni aussi hostile que la dernière, s’approcha du navire. Ovoïdale, parfaitement lisse, d’un beau vert émeraude, elle répandait une lumière rayonnante. Elle était immergée jusqu’à la moitié de sa hauteur, mais l’eau était si limpide à cet endroit que sa moitié inférieure brillante était entièrement visible. Son diamètre au point le plus large était d’une vingtaine de mètres et elle mesurait une douzaine de mètres de la base submergée au sommet arrondi.
Nerveux, prêt à tout, Delagard fit aligner tout le monde le long du bastingage et chacun saisit une gaffe. Mais la créature ovoïdale passa son chemin, aussi inoffensive qu’un gros fruit. Peut-être n’était-elle pas autre chose. Ils en virent deux autres le même jour, la première plus sphérique, la seconde plus allongée, mais elles semblaient appartenir à la même espèce. Ces créatures ne prêtaient apparemment aucune attention au navire. Lawler estima que ce qu’il leur manquait, c’était d’énormes yeux brillants pour mieux regarder le navire tandis qu’elles passaient en flottant. Mais leur surface était parfaitement lisse, aveugle, mystérieuse, étonnamment inexpressive. Il émanait d’elles une étrange solennité, une gravité massive et paisible. Le père Quillan déclara qu’elles lui rappelaient un évêque qu’il avait connu ; puis il lui fallut expliquer à tout le monde ce qu’était un évêque.
Après les créatures ovoïdales apparurent des poissons volants d’une espèce nouvelle, différents des élégants rase-vagues au corps iridescent de la Mer Natale et des hideux poissons-taupe des immensités océaniques. C’étaient des animaux au corps frêle et vernissé, longs d’une quinzaine de centimètres et munis d’ailes arachnéennes qui leur permettaient de s’élever à des hauteurs stupéfiantes. Les voyageurs les voyaient au loin décoller presque verticalement de l’eau et se déplacer dans l’air sur des distances extraordinaires avant de retomber en piqué et de replonger dans l’océan sans une éclaboussure ou presque. Quelques instants plus tard, ils reprenaient leur essor et redescendaient en se rapprochant chaque fois un peu plus du navire jusqu’à ce qu’ils se trouvent à une courte distance par tribord devant.
Ces poissons volants ne paraissaient pas plus dangereux que les énormes créatures ovoïdales vert émeraude qu’ils avaient vues passer la veille. Ils volaient si haut qu’ils ne risquaient pas de heurter quelqu’un sur le pont et il n’était pas nécessaire de baisser la tête ou de se mettre à l’abri comme lorsque passait un vol de poissons-taupe. Ils étaient magnifiques, brillant de mille feux sur le fond bleu métallique de la voûte du ciel, si beaux que tous les voyageurs se retournaient pour les regarder voler.
Leur corps était presque transparent et il était facile, quand ils passaient à toute allure au-dessus du pont, de distinguer les os très fins, l’estomac palpitant, tout rond, d’un rouge violacé, et le réseau de minuscules veines bleues.
Oui, ils étaient très beaux, mais, en se déplaçant dans l’air, ils laissaient tomber sur le navire une étrange petite bruine miroitante, une pluie fine de gouttelettes sombres et luisantes qui mordaient la peau et brûlaient tout ce qu’elles touchaient.
Au début, personne ne se rendit compte de ce qui se passait. Les premières irritations provoquées par les sécrétions des poissons volants n’étaient qu’un désagrément à peine perceptible. Mais la douleur allait en s’amplifiant : l’acide pénétrait insensiblement dans la chair et ce qui n’avait été qu’une infime démangeaison se transformait en horrible souffrance.
Lawler se tenait à l’avant, sous les voiles de misaine qui l’abritaient du plus fort du bombardement. Quelques gouttelettes éparses tombèrent sur son avant-bras, de quoi provoquer tout juste un froncement de sourcils. Mais il vit apparaître tout près de lui quelques marques mouchetées sur le bois jaune et poli du pont et, relevant la tête, il découvrit ses camarades de bord qui se tortillaient en tous sens et hurlaient en tapant sur leurs bras et en se frottant les joues.