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La face des eaux [The Face of the Waters - fr]

Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:

Hydros est une planète-océan où vivent en bonne intelligence les Gillies, premiers habitants de ce monde, et quelques humains, sur des îles flottantes construites par les Gillies.
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
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Lawler trouva un moyen efficace d’utiliser l’instrument en frappant légèrement de biais, de manière à insérer le tranchant du racloir entre les filaments de la masse fibreuse. D’énormes blocs se détachaient et s’éloignaient en flottant. Il trouva le rythme et se mit à frapper à coups redoublés. La sueur dégoulinait sur sa peau. Ses bras et ses poignets commençaient à protester et la douleur se propageait en remontant vers les aisselles, la poitrine, les épaules. Son cœur battait la chamade.

— Ça suffit ! dit-il en haletant. À votre tour, Léo.

Martello paraissait infatigable. Il frappait avec une joyeuse vigueur que Lawler trouvait humiliante. Il croyait avoir largement fait sa part de travail, mais, en cinq minutes, Martello abattit autant de besogne que lui pendant tout le temps qu’il avait manié le racloir. Lawler se dit que Martello devait être en train de composer un nouveau chant pour son poème épique tout en frappant comme un forcené.

Il nous fallut jeter toutes nos forces Pour vaincre enfin l’implacable ennemi, Détruisant vaillamment les fibres maléfiques, Frappant, tranchant et taillant sans répit.

Onyos Felk et Lis Niklaus les remplacèrent. Ensuite, ce fut le tour de Neyana et de Sundira, puis celui de Pilya et de Gharkid.

— Cette saloperie repousse aussi vite que nous la coupons, dit Delagard avec aigreur.

Mais ils étaient dans la bonne voie. De gros blocs de la substance fibreuse s’étaient détachés et, en plusieurs endroits de la coque, on voyait réapparaître la couche de doigts de mer.

Le tour de Delagard et de Kinverson revint. Ils frappèrent et tranchèrent avec une fureur diabolique. Quand ils remontèrent sur le pont, les deux hommes étaient cramoisis et épuisés ; ils avaient dépassé la simple fatigue pour parvenir à un état transcendantal de brûlante exaltation.

— Allons-y, doc, dit Martello. C’est encore à nous.

Leo Martello semblait résolu à surpasser Kinverson lui-même. Tandis que Lawler assurait la stabilité du glisseur par un effort continu qui tétanisait ses muscles, Martello se lançait à l’assaut de l’ennemi végétal comme un ange exterminateur. Vlan ! Vlan ! Vlan ! Il soulevait le racloir très haut au-dessus de sa tête et l’abattait à deux mains sur la saillie végétale. Vlan ! Vlan ! Les vagues entraînaient aussitôt les énormes blocs qui se détachaient. Chaque coup de Martello était plus violent que le précédent. Le glisseur tanguait follement et Lawler avait toutes les peines du monde à le maintenir en équilibre. Et vlan ! Et vlan !

Soudain, Martello se dressa encore plus haut et abattit le racloir avec une force incroyable. Une énorme plaque se déchira, dégageant la coque de la Reine d’Hydros. Elle dut se détacher plus facilement que Martello ne l’avait prévu, car il perdit d’abord l’équilibre, puis il laissa échapper le racloir. Il essaya de rattraper le manche, mais il le manqua et bascula en avant, la tête la première, dans une grande gerbe d’eau.

Sans cesser de pédaler, Lawler se pencha et tendit la main. À deux mètres du glisseur, Martello se débattait comme un forcené. Mais soit il ne voyait pas la main tendue vers lui, soit la panique l’empêchait de comprendre ce qu’il fallait faire.

— Nagez vers moi, hurla Lawler. Par ici, Leo ! Par ici.

Mais, dans son affolement, Martello continuait de s’agiter inutilement. Il avait les yeux révulsés. Puis, brusquement, tout son corps se raidit, comme frappé sous l’eau par un coup de poignard, et il commença de faire des mouvements convulsifs.

Le bossoir avait été baissé et Kinverson était maintenant suspendu au-dessus des flots.

— Plus bas ! cria-t-il. Encore un peu ! Voilà ! Un peu plus à gauche… C’est bon !

Martello se débattait toujours. Kinverson le saisit sous les bras et le sortit de l’eau aussi aisément qu’il l’eût fait d’un enfant.

— À vous, docteur, dit Kinverson.

— Vous ne pourrez pas nous tenir tous les deux !

— Par ici ! Approchez !

L’autre bras de Kinverson se referma autour de la poitrine du médecin.

Le bossoir fut hissé le long des bordages, par-dessus le bastingage, et son chargement fut déposé sur le pont. Lawler se dégagea de l’étreinte de Kinverson, il vacilla et piqua du nez. Il tomba violemment sur les deux genoux. Sundira s’élança aussitôt pour l’aider à se relever.

Étendu sur le dos, ruisselant d’eau, Martello demeurait totalement inerte.

— Écartez-vous, ordonna Lawler. Vous aussi, Gabe, ajouta-t-il en faisant signe à Kinverson de s’éloigner.

— Il faut le retourner pour chasser l’eau de ses poumons, docteur.

— Ce n’est pas l’eau qui m’inquiète. Écartez-vous, Gabe. Tu sais où se trouve la trousse contenant les instruments, dit-il en se tournant vers Sundira. Les scalpels et le reste. Peux-tu aller me la chercher, s’il te plaît ?

Il s’agenouilla près de Martello et le dévêtit jusqu’à la taille. Léo respirait, mais il semblait avoir perdu connaissance. Il avait les yeux écarquillés, fixes. De temps en temps, ses lèvres se retroussaient en un affreux rictus de douleur et tout son corps était agité de soubresauts, comme s’il recevait des décharges électriques. Puis il retombait sur le pont, inerte.

Lawler posa la main sur le ventre de Martello et appuya. Il perçut un mouvement à l’intérieur : un tremblement, un étrange frémissement, juste sous la ceinture abdominale contractée.

Y avait-il quelque chose à l’intérieur ? Certainement. Foutu océan, grouillant d’envahisseurs prêts à saisir la moindre occasion. Mais peut-être n’était-il pas trop tard pour le sauver. Il fallait bien le nettoyer, le recoudre proprement, pour éviter que la communauté soit encore un peu affaiblie.

Des ombres se mouvaient autour de lui. Tout le monde se pressait autour de Martello avec un mélange de fascination et de répulsion.

— Dégagez ! s’écria brusquement Lawler. Tout le monde ! Vous n’avez pas besoin de voir ça et je ne veux pas que vous me regardiez faire !

Personne ne bougea.

— Vous avez entendu ce qu’a dit le toubib, gronda Delagard d’un ton menaçant. Écartez-vous ! Laissez-le travailler !

Sundira posa la trousse sur le pont, à côté de lui.

Lawler appliqua derechef les mains sur l’abdomen de Martello. Il y avait bien des mouvements. D’indiscutables frémissements. Des remuements. Martello avait le visage empourpré et les pupilles dilatées ; ses yeux fixes semblaient regarder dans un autre monde. La sueur coulait de tous les pores de sa peau.

Lawler sortit de la trousse son meilleur scalpel et le posa sur le pont. Puis il plaça les deux mains sur l’abdomen de Martello, juste au-dessous du diaphragme, et il appuya en remontant. Martello émit une sorte de soupir indistinct et un filet d’eau de mer mêlé de vomissement coula de ses lèvres. Mais ce fut tout. Lawler recommença. Rien. Il perçut de nouveaux mouvements sous ses doigts, d’autres spasmes, d’autres contractions.

Encore un essai. Il retourna le corps de Martello et frappa au milieu du dos de toute la force de ses deux mains jointes. Martello poussa un grognement. Il rejeta encore un peu de vomissure liquide. Mais ce fut tout.

Lawler se rassit sur son séant et essaya de mettre de l’ordre dans ses idées.

Il retourna encore une fois le corps de Martello et saisit son scalpel.

— Vous n’avez pas besoin de regarder, dit Lawler sans relever la tête, à l’attention de ceux qui se tenaient à proximité.

Il commença à inciser la peau à l’aide de l’instrument tranchant, traçant de gauche à droite une fine ligne rouge sur l’abdomen de Martello. Le blessé sembla à peine se rendre compte de ce qu’on lui faisait. Il émit un son indistinct, très faible, un commentaire infiniment vague. Il avait d’autres préoccupations plus urgentes.

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