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READ-E-BOOK » Научная фантастика » La face des eaux [The Face of the Waters - fr]
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La face des eaux [The Face of the Waters - fr]

Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:

Hydros est une planète-océan où vivent en bonne intelligence les Gillies, premiers habitants de ce monde, et quelques humains, sur des îles flottantes construites par les Gillies.
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
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Tharp n’avait pas bougé pendant toute la scène. Delagard s’avança vers lui et le gifla à toute volée, assez fort pour projeter sa tête en arrière.

— Vous n’êtes qu’un petit merdeux, souffla l’armateur, un sale lâche. Vous n’avez même pas eu le courage de mettre à exécution votre propre complot. Je devrais vous balancer par-dessus bord, vous aussi, mais vous n’en valez même pas la peine.

— Nid !… Nid, je vous en prie !…

— La ferme ! Foutez le camp d’ici !

Delagard se retourna d’un bloc et foudroya Felk du regard.

— Et vous, Onyos ? Étiez-vous dans le coup, vous aussi ?

— Pas moi, Nid ! Jamais je n’aurais fait ça ! Vous le savez bien !

— Pas moi, Nid ! répéta Delagard en le singeant méchamment. Pauvre lèche-cul ! Vous n’avez même pas eu ce courage ! Mais vous n’êtes qu’un dégonflé ! Et vous, Lawler ? Allez-vous me recoudre ou bien faites-vous partie de cette conspiration ? Vous n’étiez même pas sur le pont ! C’est dans votre lit que vous vous mutinez ?

— Non, je n’en faisais pas partie, répondit posément Lawler. Je trouvais cette idée stupide et je le leur ai dit.

— Vous étiez au courant et vous ne m’avez pas averti ?

— Exact, Nid.

— Il est du devoir de celui qui ne se rend pas complice d’une mutinerie d’informer le capitaine de ce qui se trame contre lui. C’est une loi de la mer. Vous ne l’avez pas respectée.

— Exact, répéta Lawler. Je ne l’ai pas respectée.

Delagard réfléchit pendant quelques instants, puis il haussa les épaules.

— Très bien, doc, dit-il. Je crois que je vois ce que vous voulez dire.

Delagard regarda autour de lui.

— Que quelqu’un nettoie le pont, dit-il. J’aime qu’un navire soit propre. Onyos, ajouta-t-il à l’adresse de Felk qui semblait encore abasourdi, prenez la barre, si vous êtes en état de le faire. Il faut que j’aille faire soigner cette égratignure. Venez, doc. Je suppose que je peux vous faire confiance pour cela.

À midi, le vent se leva brusquement, comme si la mort de Henders avait eu valeur de sacrifice pour les dieux qui décidaient des variations atmosphériques sur Hydros. Sur la vaste étendue de la mer calme, le grondement sourd de rafales venues de très loin, du pôle en réalité, se fit entendre. Un coup de vent brusque, âpre et froid.

Des vagues se formèrent aussitôt. Le navire, immobilisé pendant si longtemps, piqua du nez dans un creux, se redressa, puis donna de nouveau de la gîte. Le ciel s’assombrit avec une stupéfiante soudaineté. Le vent apportait de la pluie.

— Des seaux ! rugit Delagard. Des tonneaux !

Personne n’avait besoin de ses hurlements pour réagir. Le quart de repos sortit aussitôt du poste d’équipage et tout le monde s’activa sur le pont. Tout ce qui pouvait retenir de l’eau fut sorti pour recueillir la pluie. Pas seulement les jarres, les barils et les pots de toutes sortes, mais des chiffons propres, des couvertures et des vêtements, tous les tissus pouvant absorber l’eau de pluie et être tordus après l’orage. La dernière pluie remontait à plusieurs semaines ; la prochaine pouvait ne pas avoir lieu avant encore aussi longtemps.

La pluie fut une bonne diversion qui atténua le choc de la tentative de mutinerie et de la mort violente de Henders. Nu sous les gouttes fraîches, courant en tous sens avec les autres pour transvaser l’eau des petits récipients dans les grands.

Lawler l’accueillit avec plaisir. La scène de cauchemar qui s’était déroulée sur le pont avait fait sur lui une vive impression, tout à fait inattendue, et avait fait sauter tout un ensemble de défenses durement acquises. Cela faisait bien longtemps qu’il ne s’était senti aussi naïf, aussi candide. Une gerbe de sang, de la chair à vif, déchiquetée, et même la mort violente faisaient partie de son quotidien, de ses activités professionnelles et il n’y attachait pas une grande importance. Mais un meurtre de sang-froid ? Jamais il n’avait été témoin d’un meurtre. Jamais il n’avait réellement envisagé que cela pût se produire. Malgré les bravades de Dag Tharp qui préconisait de balancer Delagard par-dessus bord, Lawler avait de la peine à croire qu’un être humain fût véritablement capable d’ôter la vie à un autre. Il ne faisait pourtant aucun doute que Delagard avait agi en état de légitime défense, mais il avait tué Henders froidement, calmement, sans aucun scrupule. Devant ces affreuses réalités, Lawler se sentait rempli d’une humiliante candeur. Le vieux et sage docteur Lawler, l’homme qui avait tout vu, se mettait à trembler comme une femmelette devant un acte de violence archaïque. C’était ridicule ; et pourtant c’était vrai. Le choc de cette scène bouleversante avait été extrêmement violent.

Archaïque était le mot juste. Le mélange d’efficacité et d’insensibilité avec lequel Delagard s’était débarrassé de son poursuivant était assurément moyenâgeux, sinon franchement préhistorique ; une main levée avait surgi d’un passé ténébreux, un acte funeste digne des premiers âges de l’humanité s’était répété ce matin-là sur le pont de la Reine d’Hydros. Lawler eût été à peine plus surpris en découvrant la Terre elle-même dans le ciel, suspendue au-dessus des mâts du navire, laissant couler du sang de chacun de ses continents populeux. Tel était le résultat de tous ces siècles de civilisation. Qu’en était-il donc de la croyance universelle, profondément enracinée, selon laquelle des passions ancestrales de cette sorte n’avaient plus cours et l’espèce humaine était parvenue à supprimer la violence brute et sanglante.

Oui, autant que l’eau douce absolument vitale, l’orage fut une diversion qui tombait à point. La pluie lava sur le pont la tache rouge du péché. Lawler espérait oublier aussi vite que possible ce qui s’était passé ce matin-là.

4

Pendant la nuit, il fit des rêves troublants, des rêves emplis non pas de sang, mais de puissantes images érotiques.

Des silhouettes évanescentes de femmes dansaient autour de Lawler dans son sommeil, des femmes sans visage, simples corps en mouvement, réceptacles impersonnels du désir. Elles étaient anonymes, mystérieuses, pure essence féminine sans identité spécifique, tablettes vierges ; un défilé de seins ballants, de hanches larges, de croupes pleines, d’épais triangles pubiens. Il avait parfois le sentiment que la danse n’était faite que d’une suite de seins détachés de leur corps ou d’une succession de cuisses ouvertes, de lèvres humides et luisantes. Ou encore de doigts agiles, de langues aguichantes.

Il se tournait et se retournait sans cesse, toujours sur le point de se réveiller, toujours retombant dans un sommeil qui lui apportait de nouveaux élans de sensualité fiévreuse. Sa couchette était entourée d’une nuée de femmes aux yeux bridés et au regard impudique, aux narines dilatées, au corps sans voiles. Il y avait maintenant des visages sur les corps, les visages des femmes de Sorve qu’il avait connues et aimées, et qu’il croyait sorties de sa mémoire. Une légion de femmes, toutes les conquêtes de sa jeunesse studieuse qui reprenaient vie et se pressaient autour de lui ; visages immatures d’adolescentes, visages empreints de concupiscence de femmes plus mûres jouant avec un garçon de la moitié de leur âge, visages tendus, au regard perçant, de femmes atteintes par un amour qu’elles savaient sans espoir. L’une après l’autre, elles passaient à portée de la main de Lawler, elles le laissaient les toucher et les attirer à lui, puis elles s’évanouissaient pour être aussitôt remplacées par une autre. Sundira… Anya Braun… Boda Thalheim, qui n’était pas encore la sœur Boda… Mariam Sawtelle… Mireyl… Encore Sundira… Meela… Moira… Sundira… Sundira… Anya… Mireyl… Sundira…

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