La face des eaux [The Face of the Waters - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Livre de poche
- ISBN: 2-253-07191-9
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
Plus tard, quand il fut seul dans sa cabine, Lawler vérifia ce qui restait de sa réserve d’extrait d’herbe tranquille. À peu près deux jours, estima-t-il. Il en versa la moitié dans un gobelet et vida le contenu d’un trait.
Qu’est-ce que ça peut faire ? se dit-il.
Puis il but tout le reste. Qu’est-ce que ça peut faire ?
6
Les premiers symptômes de l’état de manque apparurent le surlendemain, en fin de matinée : sueurs, tremblements, nausées. Lawler était prêt à y faire face, ou tout au moins il croyait l’être. Mais les symptômes devinrent rapidement beaucoup plus pénibles qu’il ne l’avait imaginé, une épreuve si rude qu’il n’avait plus la certitude de pouvoir la surmonter. Il était terrifié par l’intensité de la douleur qui l’assaillait en vagues successives. Il avait l’impression de sentir son cerveau se dilater et s’écraser contre les parois de la boîte crânienne.
Il cherchait machinalement du regard la fiole, mais la fiole était vide. Il se pelotonnait sur sa couchette, tremblant, frissonnant, affreusement malheureux.
Sundira vint le voir en milieu d’après-midi.
— C’est à cause de ce qui s’est passé l’autre jour ? demanda-t-elle.
— Martello ? Non, ce n’est pas ça.
— Alors, tu es malade ?
Il lui montra du doigt la fiole vide et, au bout de quelques instants, elle comprit.
— Est-ce que je peux faire quelque chose, Val ?
— Serre-moi fort.
Elle le prit dans ses bras et le serra contre sa poitrine. Le corps de Lawler fut parcouru de violents tremblements. Puis il se calma un peu, mais il se sentait toujours très mal.
— Tu as l’air d’aller mieux, dit-elle.
— Un peu. Mais ne t’en va pas.
— Je suis encore là. Veux-tu un peu d’eau ?
— Oui… Non. Non, reste comme tu es.
Il se blottit contre elle. Il sentait la fièvre monter et redescendre, puis remonter, et chaque poussée avait une violence dévastatrice. La drogue était beaucoup plus puissante qu’il ne l’avait imaginé et, à l’évidence, sa dépendance était très forte. Et pourtant… pourtant… il y avait des fluctuations dans la douleur et, à mesure que les heures s’écoulaient, certains moments où il se sentait presque normal. C’était inattendu. Mais cela lui donnait de l’espoir. Il voulait bien se battre, s’il le fallait, mais il devait absolument gagner.
Sundira passa tout l’après-midi avec lui. Il s’endormit et, quand il se réveilla, elle était encore à ses côtés. Il avait l’impression d’avoir la langue horriblement gonflée et il se sentait trop faible pour se lever.
— Savais-tu que cela se passerait comme ça ? demanda-t-elle.
— Oui. Je pense que je le savais. Mais je ne m’attendais pas tout à fait à ce que ce soit aussi dur.
— Comment te sens-tu maintenant ?
— J’ai des hauts et des bas.
— Comment va-t-il ? demanda une voix, celle de Delagard, derrière la porte.
— Il s’inquiète pour toi, dit Sundira à Lawler.
— C’est gentil à lui !
— Je lui ai dit que tu étais malade.
— Tu n’as pas donné de détails ?
— Non, aucun détail.
La nuit fut terrifiante. Lawler crut pendant un moment qu’il allait devenir fou. Mais, au petit matin, survint une autre de ces rémissions inespérées et inexplicables, comme si quelque chose s’insinuait à distance dans son cerveau pour atténuer le besoin impérieux de la drogue. Au lever du jour, il sentit qu’il retrouvait l’appétit et, quand il se leva – c’était la première fois qu’il quittait sa couchette depuis les premières poussées de fièvre –, il parvint à rester debout.
— Tu as l’air d’aller mieux, lui dit Sundira. Comment te sens-tu ?
— Pas trop mal. Mais il y aura d’autres moments difficiles à passer et la lutte sera longue.
Mais quand la douleur revint, elle fut moins vive qu’il ne l’aurait cru. Lawler eût été bien embarrassé pour expliquer cette évolution. Il s’attendait à trois, quatre, voire cinq jours d’horreur absolue, puis à une lente diminution de la douleur tandis que son organisme se purgeait progressivement. Mais il n’en était encore qu’au deuxième jour. De nouveau cette sensation d’une intervention extérieure, de nouveau l’impression d’être guidé, soutenu, arraché à la douleur.
Puis une reprise des tremblements et des sueurs. Et une nouvelle rémission, qui dura près d’une demi-journée. Lawler remonta sur le pont, respira l’air pur, se promena d’un pas lent. Il confia à Sundira qu’il avait le sentiment d’en être quitte à bon compte.
— Oui, dit-elle, tu peux t’estimer heureux.
À la tombée de la nuit, il était de nouveau malade. Les hauts et les bas continuaient de se succéder, mais l’évolution générale était favorable et la guérison semblait en bonne voie. À la fin de la première semaine, il n’y avait plus que des gênes passagères. Il regardait le flacon vide et il souriait.
L’air était limpide et la brise soutenue. La Reine d’Hydros voguait à bonne allure, suivant sa route sud-ouest à la surface de la planète d’eau.
La phosphorescence de la mer devenait de jour en jour plus intense. C’était toute la planète qui paraissait lumineuse. La mer et le ciel luisaient de jour comme de nuit. Des créatures cauchemardesques d’une demi-douzaine d’espèces totalement inconnues jaillissaient de l’eau dans le lointain, se soutenaient quelques instants dans l’air et retombaient dans une grande gerbe écumeuse. Des bouches colossales béaient dans les profondeurs.
La plupart du temps, le silence régnait à bord de la Reine d’Hydros. Chacun vaquait tranquillement et efficacement aux tâches du bord. Il y avait beaucoup à faire, car les passagers n’étaient plus maintenant que onze pour accomplir ce qu’ils faisaient à quatorze au début du voyage. Martello, avec sa bonne humeur, sa gaieté et son optimisme, avait beaucoup fait pour donner le ton, et sa mort changeait tout.
Mais il y avait autre chose : la Face se rapprochait. Lawler estimait que cela devait avoir un rapport avec l’humeur maussade qui s’était installée à bord. Il n’était pas encore possible de la discerner à l’horizon, mais tout le monde savait qu’elle était là, plus très loin. Tout le monde le sentait. C’était une présence palpable à bord de la Reine d’Hydros, une présence dont les effets étaient indéfinissables, mais bien réels. Il y a quelque chose, se prenait à penser Lawler, quelque chose de plus qu’une simple île. Quelque chose de vivant et de conscient. Et qui les attendait.