La face des eaux [The Face of the Waters - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Livre de poche
- ISBN: 2-253-07191-9
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
Lawler éprouvait tous les tourments qui peuvent naître du désir, mais il n’avait aucun espoir de l’assouvir. Son pénis était énorme, douloureux, une bûche. Ses testicules étaient deux poids de fonte. Une odeur féminine, puissante et entêtante, irritante, irrésistible, emplissait son nez et sa bouche, l’étouffait comme une couverture, s’insinuait au fond de sa gorge et pénétrait dans ses poumons en feu.
Mais derrière ces images, derrière ces fantasmes, derrière les sensations pénibles de désarroi et de frustration, il y avait autre chose, une étrange vibration, peut-être un son, peut-être pas, plutôt un faisceau d’impulsions sensorielles continues, qui remontait dans son corps, du bas-ventre jusqu’au crâne. Il le sentait pénétrer en lui comme une lance de glace, juste derrière ses testicules, et remonter à travers l’entrelacs fumant de ses intestins, à travers son diaphragme et jusqu’à son cœur, lui transperçant la gorge et s’enfonçant dans son cerveau. Il était empalé sur cette lance et il tournait lentement, tel un poisson grillant sur une broche. Plus il tournait, plus l’intensité des sensations érotiques augmentait, jusqu’à ce qu’il lui semble que plus rien d’autre n’existait dans l’univers que le besoin de trouver une partenaire avec qui s’unir immédiatement.
Il se leva de sa couchette sans très bien savoir s’il était réveillé ou s’il rêvait encore, puis il s’engagea dans la coursive. Il monta l’échelle, il atteignit l’écoutille, il arriva sur le pont.
C’était une nuit douce et sans lune. La Croix inclinée dans le ciel évoquait des traînées de pierres précieuses semées au petit bonheur. La mer était calme et de petites ondulations miroitaient à la clarté des étoiles. Une bonne brise soufflait. Les voiles étaient établies et gonflées.
Des silhouettes se déplaçaient : des somnambules, des rêveurs. Elles étaient aussi vagues et irréelles que les silhouettes des rêves de Lawler. Il savait qu’il les connaissait, mais il était incapable de mettre un nom sur elles. Elles n’avaient pas d’identité. Il distingua un homme au corps court et massif, un autre osseux et anguleux, un troisième, tout petit, émacié, avec des fanons pendant sous le cou. Mais ce n’était pas un homme qu’il cherchait. Au loin, vers la poupe, se tenait une grande femme brune et mince. Il se dirigea vers elle. Mais, avant qu’il ait pu l’atteindre, un autre homme apparut, un grand costaud aux yeux étincelants qui surgit de l’ombre et saisit la femme par le poignet. Ils se laissèrent tous deux tomber sur le pont.
Lawler se retourna. Il y avait d’autres femmes sur ce navire. Il allait en trouver une. Il le fallait.
La douleur lancinante entre ses jambes devenait insupportable. Cette étrange vibration continuait de le transpercer, elle remontait sur toute la longueur de son torse, traversait l’œsophage et s’insinuait dans son crâne. Elle provoquait la sensation de brûlure froide d’une chandelle de glace aux bords tranchants.
Il enjamba un couple étendu sur le pont ; un homme d’un certain âge, grisonnant, au corps ramassé et vigoureux, et une femme plantureuse à la peau sombre et aux cheveux dorés. Lawler avait vaguement l’impression de les avoir connus, mais, cette fois encore, il fut incapable de mettre des noms sur ces corps. Un peu plus loin, un petit homme aux yeux étincelants allait et venait tout seul sur le pont. Puis il vit un autre couple qui s’étreignait avec frénésie, un colosse aux muscles saillants et une jeune femme au corps souple et vigoureux.
— Viens ! lança une voix dans l’ombre. Toi, viens !
Vautrée sous la passerelle, une femme robuste, au corps épanoui, au visage plat et à la crinière orange, à la figure et aux seins semés de taches de rousseur, lui faisait signe d’approcher. Son corps était luisant de sueur et sa respiration précipitée. Lawler s’agenouilla devant elle et elle l’attira à elle en refermant les mains entre ses cuisses.
— Donne-la-moi ! Donne-la-moi !
Il pénétra aisément en elle. Elle était chaude, humide et douce. Elle referma les bras autour de sa nuque et l’écrasa contre les deux globes de ses seins. Elle poussa avidement ses hanches contre lui. Ce fut rapide, violent, farouche, un moment de plaisir âpre et bestial. Dès qu’il commença à remuer en elle, Lawler sentit les parois humides et brûlantes du sexe de la femme palpiter et se refermer sur lui en longs frissons spasmodiques. Il sentit les impulsions du plaisir courir le long des fibres nerveuses de la femme. Il éprouva ce qu’elle éprouvait ; voilà qui était troublant. Quelques instants plus tard, il atteignit l’orgasme à son tour et son plaisir fut double, engendré non seulement par ses propres sensations, mais par celles de la femme tandis qu’elle recevait sa semence. C’était décidément très étrange. Il lui était difficile de déterminer où s’achevait sa propre conscience et où commençait celle de la femme.
Il se détacha d’elle en roulant sur le pont. Elle tendit les bras en essayant de l’attirer de nouveau. Trop tard, il était déjà parti ! Il avait envie d’une autre partenaire. Le bref moment de plaisir n’avait pas assouvi, tant s’en faut, le désir impétueux qui le poussait. Rien ne pourrait peut-être jamais l’assouvir. Il allait maintenant essayer de trouver la grande femme mince ou bien la jeune femme robuste, aux jambes fuselées, qui semblait déborder de vitalité. Ou même la grosse femme à la peau sombre et aux cheveux dorés. Aucune importance. Il était insatiable, inépuisable.
Là-bas, la femme mince, seule ! Lawler se dirigea vers elle. Trop tard ! L’homme trapu aux cheveux longs et à la poitrine aussi développée que celle d’une femme venait de la saisir par le bras et il l’entraînait. Ils se fondirent dans l’obscurité.
Soit. Eh bien, la grosse…
Ou la jeune…
— Lawler ! lança une voix d’homme.
— Qui est là ?
— Quillan ! Par ici ! Par ici !
C’était l’homme anguleux, celui qui n’avait que la peau sur les os. Il sortit de derrière l’endroit où était arrimé le glisseur et sa main se referma sur le bras de Lawler. Le médecin se dégagea d’un mouvement brusque.
— Non, pas vous… Ce n’est pas un homme que je cherche…
— Moi non plus. Ni un homme, ni une femme. Bon Dieu, Lawler ! Êtes-vous tous devenus fous ?
— Comment ?
— Restez là, avec moi, et regardez ce qui se passe. Regardez cette orgie insensée.
— Comment ? dit Lawler en secouant la tête pour essayer de clarifier ses idées. Comment ? Quelle orgie ?
— Regardez, là-bas, Sundira Thane et Delagard qui s’en donnent à cœur joie. Et Kinverson avec Pilya ! Et là-bas, regardez, c’est Neyana qui implore quelqu’un de la prendre ! Et vous, vous venez juste de la quitter et déjà vous en redemandez. Jamais je n’ai rien vu de tel !
— J’éprouve… une douleur… là…, dit Lawler, les mains refermées sur ses bourses.
— Ce sont des émanations venues de la mer qui provoquent tout cela. Qui s’attaquent à nos cerveaux. Moi aussi, je le ressens, mais je parviens à me contrôler. Alors que vous… vous êtes tous devenus complètement enragés.
Lawler avait beaucoup de difficulté à comprendre ce que lui disait le grand homme maigre. Il commença à s’éloigner et il vit la grosse femme à la crinière dorée qui arpentait le pont à la recherche de son prochain partenaire.
— Lawler ! Revenez !
— Attendez… Plus tard… Nous parlerons plus tard…
Tandis qu’il s’avançait d’un pas mal assuré vers la femme, il vit une silhouette sèche, masculine, à la peau sombre, le dépasser.
— Monsieur le père Quillan ! s’écria l’homme. Monsieur le docteur ! Je le vois ! Il est là, sur la coque !
— Que voyez-vous, Gharkid ? demanda l’homme anguleux répondant au nom de Quillan.