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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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Sur le flanc bâbord du navire, on distinguait une énorme main de pierre, juste submergée. Deux doigts crevaient la surface. Combien y en a-t-il de semblables ? s’interrogea Tyrion. Une goutte d’humidité dévala son échine et le fit frissonner. Les Chagrins défilaient sur leurs deux côtés. Scrutant les brumes, Tyrion aperçut une flèche brisée, un héros décapité, un arbre vénérable arraché au sol et renversé, ses racines immenses serpentant à travers le toit et les baies d’un dôme fracassé. Pourquoi tout ceci me semble-t-il familier ?

Droit devant, un escalier dallé de marbre pâle sortait de l’eau sombre en une gracieuse spirale, se terminant brutalement dix pieds au-dessus de leurs têtes. Non, se dit Tyrion, ce n’est pas possible.

« Devant. » La voix de Lemore frémissait. « Une lumière. »

Tous regardèrent. Tous la virent.

« Le Martin-Pêcheur, déclara Griff. Lui, ou un bâtiment du même genre. » Mais il tira de nouveau son épée.

Personne ne dit mot. La Farouche Pucelle flottait au fil du courant. Elle n’avait pas levé sa voile depuis qu’elle était entrée dans les Chagrins. Elle n’avait d’autre moyen de progresser que de descendre le fleuve. Canard, debout, plissait les yeux, serrant sa perche à deux mains. Au bout d’un moment, même Yandry cessa de pousser. Tous les yeux fixaient la lumière au loin. Tandis qu’ils s’approchaient, elle devint double. Puis triple.

« Le Pont des Rêves, dit Tyrion.

— Inconcevable, protesta Haldon Demi-Mestre. Nous avons laissé le pont derrière nous. Un fleuve ne coule que dans une seule direction.

— Notre Mère la Rhoyne coule à sa guise, murmura Yandry.

— Que les Sept nous préservent », fit Lemore.

Droit devant, les hommes de pierre sur l’ouvrage commencèrent à gémir. Quelques-uns les désignaient du doigt. « Haldon, fais descendre le prince », ordonna Griff.

Il était trop tard. Le courant les tenait dans ses crocs. Ils dérivaient inexorablement vers le pont. Yandry frappa avec sa perche pour leur éviter de se jeter contre une pile. La poussée les fit partir de guingois, à travers un rideau de pâle mousse grise. Tyrion sentit des vrilles caresser son visage, douces comme des doigts de putain. Puis il y eut un fracas derrière lui et le pont de la barge se cabra si soudain qu’il faillit perdre l’équilibre et basculer par-dessus bord.

Un homme de pierre s’écrasa dans le bateau.

Il atterrit sur le rouf – si lourdement que la Farouche Pucelle parut tanguer – et leur rugit un mot en une langue que Tyrion ne connaissait pas. Un deuxième homme de pierre suivit, atterrissant à l’arrière près de la barre. Les planches détériorées éclatèrent sous l’impact, et Ysilla poussa un hurlement.

Canard était le plus proche de lui. Le colosse ne perdit pas de temps à chercher son épée. Il choisit de balancer sa perche, s’en servant pour frapper l’homme de pierre en pleine poitrine et le projeter hors du bateau, dans le fleuve où il coula immédiatement sans un bruit.

Griff s’en prit au deuxième homme à l’instant où celui-ci descendait maladroitement du toit du rouf. Avec une épée dans la main droite et une torche dans la gauche, il repoussa la créature en arrière. Lorsque le courant emporta la Farouche Pucelle sous le pont, leurs ombres mobiles dansèrent sur les parois moussues. Comme l’homme de pierre venait vers la poupe, Canard lui barra le passage, perche en main. Quand l’intrus repartit vers l’avant, Haldon Demi-Mestre agita devant lui une seconde torche et le repoussa. Il n’eut pas d’autre choix que d’aller droit sur Griff. Le capitaine s’effaça de côté, sa lame fulgurant. Une étincelle jaillit quand l’acier mordit dans la chair grise calcifiée de l’homme, mais cela n’empêcha point son bras de tomber sur le pont. Griff écarta le membre d’un coup de pied. Yandry et Canard avaient accouru avec leurs perches. Ensemble, ils forcèrent la créature par-dessus bord dans les flots noirs de la Rhoyne.

Désormais, la Farouche Pucelle avait dérivé hors du domaine du pont brisé. « Nous les avons tous eus ? s’enquit Canard. Combien ont sauté ?

— Deux, déclara Tyrion avec un frisson.

— Trois, corrigea Haldon. Derrière toi. »

Le nain se tourna : le troisième était là.

Le saut lui avait brisé une jambe, et la pointe irrégulière d’un os pâle perçait à travers le tissu pourri de ses chausses et la chair grise au-dessous. L’os cassé était taché de sang brun, mais l’homme continuait d’avancer d’un pas lourd, tendant les bras vers Griff le Jeune. Il avait la main grise et raide, mais du sang coulait entre ses phalanges tandis qu’il s’efforçait de refermer ses doigts pour saisir. Le jeune homme restait là, les yeux écarquillés, comme fait de pierre lui aussi. Il avait la main posée sur la poignée de son épée mais semblait avoir oublié pourquoi.

Tyrion faucha les jambes du jeune homme sous lui et bondit au-dessus de lui quand il tomba, brandissant sa torche au visage de l’homme de pierre, pour le faire tituber en arrière sur sa jambe brisée, tout en giflant les flammes de ses mains grises et raides. Le nain, se dandinant, pressa son avantage, pour frapper de taille avec la torche, puis d’estoc en visant les yeux de l’homme de pierre. Un peu plus loin. Recule, encore un pas, un autre. Ils atteignaient l’extrémité du pont quand la créature se rua sur lui, se saisit de la torche pour la lui arracher des mains. Foutre, songea Tyrion.

L’homme de pierre se débarrassa de la torche. On entendit un léger chuintement quand les flots noirs éteignirent les flammes. L’homme de pierre poussa un hurlement. Il avait été estivien, jadis ; sa mâchoire et la moitié de sa joue s’étaient changées en pierre, mais sa peau préservait son noir de minuit dans les zones qui n’avaient pas viré au gris. À l’endroit où il avait saisi la torche, sa peau s’était craquelée, fendue. Du sang coulait de ses phalanges bien qu’il n’en parût pas conscient. C’était une modeste mesure de miséricorde, supposa Tyrion. Quoique mortelle, la léprose n’avait pas la réputation d’être douloureuse.

« Écarte-toi ! » cria quelqu’un, au loin, et une autre voix ordonna : « Le prince ! Protégez le petit ! » L’homme de pierre tituba vers l’avant, ses mains tendues pour saisir.

Tyrion lui assena un coup d’épaule.

Il eut l’impression de heurter un rempart de château, mais ce château se dressait sur une jambe cassée. L’homme de pierre bascula en arrière, se raccrochant à Tyrion dans sa chute. Ils percutèrent le fleuve en soulevant une énorme gerbe, et la Mère Rhoyne les avala tous deux.

Le froid subit frappa Tyrion comme une massue. En coulant, il sentit une main de pierre tâtonner sur son visage. Une autre se referma autour de son bras, l’entraînant dans les profondeurs obscures. Aveuglé, le nez bouché par le fleuve, étouffant, sombrant, il flanqua des coups de pieds et se tortilla pour détacher les doigts de son bras, mais les phalanges de pierre ne lâchaient pas prise. L’air s’échappa de ses lèvres en un bouillonnement. Le monde était noir, un noir qui s’épaississait sans cesse.

Il y a de pires façons de mourir que la noyade. Et, à franchement parler, il était mort il y avait longtemps de cela, à Port-Réal. Seul son revenant s’était attardé, le petit spectre revanchard qui avait étranglé Shae et planté un carreau d’arbalète dans les tripes du grand lord Tywin. Personne ne pleurerait la créature qu’il était devenu. Je hanterai les Sept Couronnes, se dit-il, coulant toujours plus bas. Ils n’ont pas voulu m’aimer vivant. Alors, qu’ils me craignent mort !

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