Le bûcher d'un roi
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #13
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0586-5
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:
Devant eux, le pont grandit. Le Pont des Rêves, l’avait appelé Griff, mais ce rêve-là était brisé, fracassé. De pâles arches de pierre se succédaient dans le brouillard, partant du Palais du Chagrin vers la rive occidentale du fleuve. La moitié d’entre elles s’étaient écroulées, entraînées par le poids de la mousse grise qui les drapait et les épaisses lianes noires qui serpentaient hors de l’eau. Le large parapet de bois du pont avait entièrement pourri, mais certaines des lampes qui bordaient le tablier brillaient toujours. Quand la Farouche Pucelle s’approcha, Tyrion vit les silhouettes d’hommes de pierre se mouvoir dans la clarté, vaguant d’un pas gauche autour des lampes comme de lents papillons de nuit gris. Certains étaient nus, d’autres enveloppés de linceuls.
Griff tira son épée. « Yollo, allume les torches. Petit, ramène Lemore dans sa cabine et reste auprès d’elle. »
Griff le Jeune jeta à son père un regard buté. « Lemore connaît le chemin de sa cabine. Je veux rester.
— Nous avons juré de te protéger, dit doucement Lemore.
— Je n’ai pas besoin qu’on me protège. Je sais manier une épée aussi bien que Canard. Je suis à moitié chevalier.
— Et à moitié mioche, riposta Griff. Fais ce qu’on te dit. Sur-le-champ. »
Le jeune homme jura à mi-voix et jeta sa perche sur le pont. Le son résonna étrangement dans les brumes et, l’espace d’un instant, il sembla que des perches pleuvaient tout autour d’eux. « Pourquoi devrais-je courir me cacher ? Haldon reste, Ysilla aussi. Et même Hugor.
— Certes, fit Tyrion, mais je suis assez petit pour me camoufler derrière un canard. » Il plongea une demi-douzaine de torches dans les braises luisantes du brasero et regarda les chiffons imbibés d’huile s’enflammer. Ne fixe pas le feu, s’enjoignit-il. Les flammes le laisseraient ébloui dans la nuit.
« Mais tu es un nain, déclara Griff le Jeune avec dédain.
— Mon secret a été percé à jour, reconnut Tyrion. Oui, je mesure moitié moins qu’Haldon, et personne ne donnerait un pet de comédien de ma vie. » Moi moins que quiconque. « Toi, en revanche… tu es tout.
— Le nain, je t’ai prévenu… », s’emporta Griff.
Une plainte monta comme un frisson à travers le brouillard, faible et aiguë.
Lemore pivota, en tremblant. « Que les Sept nous sauvent tous. »
Le pont rompu était à moins de cinq pas devant eux. Autour de ses piles, l’eau blanchissait comme l’écume aux lèvres d’un dément. Quarante pieds plus haut, les hommes de pierre geignaient et marmottaient sous une lampe vacillante. La plupart ne s’intéressaient pas plus à la Farouche Pucelle qu’à une bûche à la dérive. Tyrion serra plus fort sa torche et s’aperçut qu’il retenait son souffle. Puis ils furent sous le pont, des parois blanches, alourdies de draperies de champignons gris, dressées de part et d’autre, l’eau moussant avec rage autour d’eux. Un temps, il sembla qu’ils percuteraient la pile de droite, mais Canard tendit sa perche, les repoussant au centre du courant, et quelques battements de cœur plus tard ils étaient au large.
Tyrion n’eut pas plus tôt repris son souffle que Griff le Jeune le saisit par le bras. « Qu’est-ce que tu veux dire ? Je suis tout ? Qu’est-ce que tu entends par là ? Pourquoi serais-je tout ?
— Ma foi, répondit Tyrion, si les hommes de pierre s’étaient emparés de Yandry, de Griff ou de notre accorte Lemore, nous aurions porté leur deuil et poursuivi notre chemin. Que l’on te perde, toi, et toute l’entreprise est ruinée, et le marchand de fromages et l’eunuque auront dépensé tant d’années de fiévreuses manigances en vain… N’est-ce pas ? »
Le jeune homme regarda Griff. « Il sait qui je suis. »
Si je ne le savais pas avant, ce serait désormais établi. La Farouche Pucelle avait progressé bien en aval du Pont des Rêves. Il n’en restait plus qu’une lumière s’amenuisant sur l’arrière, qui bientôt disparaîtrait à son tour. « Tu es Griff le Jeune, fils de Griff l’épée-louée, déclara Tyrion. Ou peut-être le Guerrier sous une apparence mortelle. Laisse-moi y regarder de plus près. » Il leva la torche, de façon à baigner de sa lumière le visage de Griff le Jeune.
« Arrête, ordonna Griff, ou tu regretteras de ne pas avoir obéi. »
Le nain l’ignora. « Ces cheveux bleus font paraître bleus tes yeux, c’est bien. Et cette histoire de les teindre en l’honneur de ta défunte mère tyroshie était tellement touchante que j’ai failli fondre en larmes. Mais quand même, un curieux pourrait se demander pourquoi le rejeton d’un mercenaire aurait besoin d’une septa déchue pour lui enseigner la Foi, ou d’un mestre sans chaîne pour lui inculquer l’histoire et les langues. Et un homme habile pourrait s’interroger sur les raisons qui ont poussé ton père à engager un chevalier errant pour te former aux armes, quand il aurait tout bonnement pu t’expédier comme apprenti dans une des compagnies libres. On dirait presque qu’on voulait te tenir caché tout en te préparant à… À quoi ? Hum, en voilà une énigme, mais je suis sûr qu’avec du temps, ça me viendra à l’idée. Je dois l’admettre, tu as des traits nobles, pour un gamin mort. »
Le jeune homme rougit. « Je ne suis pas mort.
— Comment cela se fait-il ? Le seigneur mon père a enveloppé ta dépouille dans un manteau rouge et t’a étendu auprès de ta sœur au pied du Trône de Fer, en offrande au nouveau roi. Ceux qui ont eu assez de tripes pour soulever le manteau ont dit qu’il te manquait la moitié du crâne. »
Le jeune homme recula d’un pas, désorienté. « Ton…
— Mon père, oui. Tywin de la maison Lannister. Peut-être as-tu entendu parler de lui ? »
Griff le Jeune hésita. « Lannister ? Ton père…
— … est mort. De ma main. S’il plaît à Votre Grâce de me dénommer Yollo ou Hugor, soit. Mais sachez que je suis né Tyrion de la maison Lannister, fils légitime de Tywin et Joanna, que j’ai tous deux tués. D’aucuns vous diront que je suis un tueur de roi, un tueur des miens, et un menteur, et tout cela est vrai… Mais après tout, nous sommes une compagnie de menteurs, n’est-ce pas ? Prenez votre prétendu père. Griff, c’est bien ça ? » Le nain ricana. « Vous devriez remercier les dieux que Varys l’Araignée participe à votre complot. Griff n’aurait pas trompé une seconde le prodigieux équeuté, pas plus qu’il ne m’a abusé, moi. Pas un lord, me dit Messire, pas un chevalier. Et moi, je ne suis pas nain. Affirmer une chose ne suffit point à la rendre vraie. Qui de mieux pour élever le jeune fils du prince Rhaegar que le cher ami du prince Rhaegar, Jon Connington, oncques lord de la Griffonnière et Main du Roi ?
— Tais-toi. » L’inquiétude perçait dans la voix de Griff.