Le bûcher d'un roi
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #13
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0586-5
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:
Lorsqu’il ouvrit la bouche pour tous les maudire, une eau d’encre emplit ses poumons et les ténèbres se refermèrent sur lui.
Davos
« Sa Seigneurie va à présent te recevoir, contrebandier. » Le chevalier portait une armure d’argent, des grèves et un gantelet rehaussés de nielle afin de suggérer de souples lames d’algues. Le heaume sous son bras figurait la tête du roi triton, avec une couronne en nacre et une barbe proéminente de jais et de jade. Sa propre barbe était aussi grise que l’océan en hiver.
Davos se leva. « Puis-je connaître votre nom, ser ?
— Ser Marlon Manderly. » Il mesurait une tête de plus que Davos et pesait une quarantaine de livres supplémentaires, avait des yeux gris ardoise et une intonation hautaine dans la voix. « J’ai l’honneur d’être le cousin de lord Wyman et le commandant de sa garnison. Suivez-moi. »
Davos s’était présenté à Blancport en émissaire, mais ils l’avaient transformé en détenu. Il occupait des appartements spacieux, aérés et bellement meublés, mais des gardes se tenaient devant sa porte. De sa fenêtre, il pouvait voir les rues de Blancport au-delà des remparts du château, mais n’avait pas la permission de les parcourir. Il distinguait le port, aussi, et avait regardé la Gaie Ventrière descendre l’estuaire. Avant de s’en aller, Casso Mogat avait attendu quatre jours, au lieu de trois. Une nouvelle quinzaine s’était écoulée, depuis lors.
La garde domestique de lord Manderly portait des capes en laine bleu-vert, et des tridents d’argent en lieu des piques traditionnelles. Un garde marchait devant lui, un autre derrière et un de chaque côté. Ils longèrent les bannières fanées, les boucliers brisés et les épées rouillées de cent anciennes victoires, et une vingtaine de figures de bois, fendues et vermoulues, qui ne pouvaient qu’avoir adorné des proues de vaisseaux.
Deux tritons de marbre flanquaient la cour de Sa Seigneurie, cousins de moindre stature de Pied-de-Poisson. Tandis que les gardes ouvraient en grand les portes, un héraut cogna le manche de son bâton contre un vieux plancher de bois. « Ser Davos de la maison Mervault », annonça-t-il d’une voix retentissante.
En dépit de nombreuses visites à Blancport, Davos n’avait jamais mis les pieds à l’intérieur du Châteauneuf, et moins encore à la cour du Triton. Murs, sols et plafonds étaient construits de lattes de bois habilement chevillées, et ornés de toutes les créatures de la mer. Pour approcher de l’estrade, Davos foula des peintures de crabes, de palourdes et d’étoiles de mer, à demi tapies sous les crinières tordues d’algues noires et un ossuaire de marins noyés. Sur les murs de part et d’autre, des requins pâles rôdaient dans le bleu-vert de profondeurs peintes, tandis que murènes et céphalopodes ondoyaient parmi les rochers et les vaisseaux engloutis. Des bancs de harengs et d’énormes morues évoluaient entre les grandes fenêtres en arche. Plus haut, près des vieux filets de pêche qui pendaient des solives, on avait représenté la surface de la mer. À la droite de Davos, une galère de guerre ramait sereinement face au soleil levant ; à sa gauche, une vieille cogue malmenée fuyait devant la tempête, ses voiles en lambeaux. Derrière l’estrade, un kraken et un léviathan gris s’étreignaient en un combat sous les vagues peintes.
Davos avait espéré s’entretenir seul à seul avec Wyman Manderly, mais il découvrait une cour nombreuse. Le long des murs, les femmes figuraient dans la proportion de cinq contre un, par rapport aux hommes ; les rares mâles qu’il vit portaient de longues barbes grises ou paraissaient trop jeunes pour se raser. Il y avait également des septons, et des sœurs sacrées en robes blanches et grises. À l’autre extrémité de la salle se tenaient une douzaine d’hommes vêtus du bleu et gris argent de la maison Frey. Leurs visages affichaient une parenté qu’un aveugle aurait vue ; certains arboraient l’emblème des Jumeaux, deux tours que reliait un pont.
Davos avait appris à lire sur le visage des hommes longtemps avant que mestre Pylos lui ait appris à déchiffrer des mots sur du papier. Ces Frey auraient grande joie à me voir mort, comprit-il en un coup d’œil.
Il ne trouva pas un meilleur accueil dans les yeux bleu pâle de Wyman Manderly. Le trône capitonné de Sa Seigneurie était assez large pour accueillir trois hommes au gabarit ordinaire, mais Manderly menaçait d’en déborder. Sa Seigneurie était affalée sur son siège, épaules voûtées, jambes écartées, mains déposées sur les accoudoirs du trône comme si leur poids était trop grand. Miséricorde des dieux, se dit Davos, quand il vit l’expression de lord Wyman, cet homme paraît à moitié cadavre. Il avait la peau blême, sur un fond grisâtre.
Les rois et les cadavres attirent toujours de l’assistance, disait le vieux proverbe. Il en allait ainsi avec Manderly. À gauche du trône se tenait un mestre presque aussi gras que le lord qu’il servait, un homme aux joues roses et à la lippe épaisse, et une crinière de boucles dorées. Ser Marlon s’adjugeait la place d’honneur à la main droite de Sa Seigneurie. À ses pieds, une dame dodue et rose était perchée sur un tabouret rembourré. Derrière lord Wyman se tenaient deux femmes plus jeunes, sœurs de toute évidence. L’aînée portait ses cheveux bruns coiffés en une longue tresse. La cadette, qui n’avait pas plus de quinze ans, en avait une plus longue encore, teinte d’un vert criard.
Aucun ne fit à Davos l’honneur de donner son nom. Le mestre prit la parole en premier. « Vous vous présentez devant Wyman Manderly, lord de Blancport et gouverneur de la Blanchedague, Bouclier de la Foi, Défenseur des Dépossédés, lord Maréchal de la Mander, Chevalier de l’Ordre de la Main verte, annonça-t-il. Dans la cour du Triton, il est de coutume pour les vassaux et les pétitionnaires de s’agenouiller. »
Le chevalier oignon aurait mis un genou en terre, mais une Main de Roi ne le pouvait ; agir de la sorte impliquerait que le roi qu’il servait était inférieur à ce lord ventripotent. « Je ne viens pas en pétitionnaire, répondit Davos. J’ai moi aussi un chapelet de titres. Lord du Bois-la-Pluie, amiral du Détroit, Main du Roi. »
La femme replète sur le tabouret leva les yeux au ciel. « Amiral sans vaisseaux et main sans doigts, au service d’un roi sans trône. Est-ce un chevalier qui se présente à nous, ou la solution d’une devinette enfantine ?
— C’est un messager, belle-fille, déclara lord Wyman. Un oignon de mauvais présage. Stannis n’a pas aimé la réponse que lui ont portée ses corbeaux, aussi a-t-il dépêché ce… ce contrebandier. » Il regarda Davos, ses yeux plissés à demi enfouis dans des bourrelets de graisse. « Vous avez déjà visité notre cité, je pense, soutirant l’argent de nos poches et la nourriture de notre table. Combien m’avez-vous volé, je me le demande. »
Pas assez pour que tu aies jamais dû sauter un repas. « J’ai payé à Accalmie pour ma contrebande, messire. » Davos retira son gant et brandit sa main gauche, aux quatre doigts raccourcis.
« Quatre bouts de doigt, pour toute une vie de rapines ? » s’indigna la femme sur son tabouret. Elle avait les cheveux jaunes, le visage rond, rose et charnu. « Vous vous en êtes tiré à bon compte, chevalier oignon. »
Davos ne le nia pas. « S’il plaît à Votre Seigneurie, je souhaiterais une audience en privé. »
Il ne plaisait pas à Sa Seigneurie. « Je n’ai pour les miens nul secret, ni pour mes féaux et chevaliers, tous de bons amis.
— Messire, insista Davos, je ne voudrais pas que mes paroles soient entendues par les ennemis de Sa Grâce… et ceux de Votre Seigneurie.