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Purgatoire des innocents

Электронная книга - «Purgatoire des innocents». Краткое содержание книги:

Je m'appelle Raphaël, j'ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux. Avec mon frère, William, nous venons de dérober trente millions d'euros de bijoux. Ç'aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang. Deux morts, un blessé grave. Le blessé, c'est mon frère. Alors, je dois trouver une planque où il pourra reprendre des forces.
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Papa la rejoint près de l’évier, la prend à nouveau dans ses bras. Il a l’impression d’étreindre un morceau de bois sec.

— Tu ne devrais pas me mentir aussi effrontément, ma douce. Si tu as quelque chose à confesser, c’est maintenant ou jamais.

— Mais non, je…

— Chut… N’aggrave surtout pas ton cas. Je sais que tu as profité de mon absence pour aller voir ton voyou préféré. Vas-y, dis-moi que je fais erreur. Ose me contredire…

Sandra se tait, vaincue.

— Explique-moi donc ce qui t’arrive, ma chérie.

— Je sais pas… Je crois que…

— Tu t’es entichée de ce pauvre type ?

— Peut-être.

— Aïe… C’est grave, ça.

Désormais, elle tremble d’être prisonnière de ses bras. Plus puissants qu’ils en ont l’air.

— Mais on va soigner ça, d’accord ?

Elle imagine déjà le traitement.

Les coups qui vont s’abattre sur elle.

— Et tu sais comment on va soigner ça ? Eh bien, je vais le tuer très bientôt et tu me regarderas faire. Comme ça, tu ne seras plus malade à cause de lui. Tu es d’accord ?

Le ventre de Sandra se tord dans tous les sens, la douleur lui broie les entrailles.

— D’accord, parvient-elle à dire.

*

L’après-midi touche à sa fin lorsque papa entre dans leur geôle.

Il les regarde, à tour de rôle. Avec son éternel rictus narquois sur les lèvres.

Puis, il s’accroupit devant Raphaël.

— Alors, champion, paraît que tu as vu Sandra, ce matin ?

Le braqueur s’abstient de répondre. Ce pervers est du genre à prêcher le faux pour savoir le vrai.

— Le café était bon, j’espère ?

Raphaël reste impénétrable.

— En tout cas, je souhaite que tu en aies bien profité… Du café, je veux dire. Parce que c’était ton dernier.

— Sans blague ?

Papa s’assoit, se mettant à l’aise pour la suite de sa tirade.

— Sandra ne viendra plus te voir. Ça, c’est sûr.

La gorge de Raphaël se serre. Mais son visage n’exprime rien de précis. L’aurait-il tuée ?

William tente de paraître tout aussi indifférent lorsque papa tourne soudain la tête vers lui.

— Vous n’êtes pas très loquaces, les garçons !

— On parle pas à n’importe qui, balance Raphaël. Et en particulier aux grosses merdes dans ton genre.

— Bien sûr, acquiesce Patrick. En fait, pour être tout à fait exact, tu reverras Sandra… Elle sera là lorsque je te tuerai. Elle a insisté, tu sais. Pour que j’en finisse avec toi. Et pour assister à ta mise à mort.

— Très touché.

— Mais ce ne sera pas pour tout de suite… Bon, résumons-nous : ton pote s’appelle bien Pierre Lefèbvre et son adresse est bien le 12 rue des Platanes, à Aubagne ?

Raphaël n’ouvre plus la bouche, alors papa se tourne une nouvelle fois vers William.

— C’est bien ça, fiston ?

— Oui.

— Et que faut-il lui dire en arrivant ?

— Que tu viens de la part de Raphaël Orgione pour le butin. C’est exactement ça qu’il faut lui dire.

— Un vrai jeu d’enfant, en somme ! conclut papa.

— Tu crois que tu vas pouvoir y arriver ? ricane Raphaël. Moi, j’ai risqué ma peau pour piquer ce blé. Toi, t’as qu’à te baisser pour le ramasser. Ça doit être dans tes cordes.

— C’est la vie, champion ! soupire papa.

— Au moins, je verrai pas ta gueule pendant deux jours. Ça vaut bien deux cent mille euros !

— Oh… ça, c’est moins sûr, rétorque Patrick.

Cette fois, le visage de Raphaël accuse le coup.

— Tu auras le plaisir de me voir chaque jour, champion.

Que mijote encore ce fou ?

— Sandra est en train de faire ses bagages. Elle part demain matin… Un petit voyage dans le Sud lui fera le plus grand bien.

CHAPITRE 53

— C’est la merde ! enrage William à peine papa sorti du bâtiment.

Assommé, Raphaël ne répond pas.

Jamais il n’aurait cru que Patrick enverrait Sandra en première ligne.

Son plan s’écroule comme un château de cartes.

Ce fou se doute-t-il qu’ils le précipitent dans un piège ? Impossible…

— On va trouver autre chose, assure-t-il enfin à son frère.

— Tu parles ! C’est foutu, putain !

— Peut-être qu’il bluffe. Qu’il voulait voir comment on réagirait. Ce fils de pute est très intelligent, tu sais. Comme on n’a eu aucune réaction, il va sans doute y aller lui-même…

— C’est mort, je te dis ! se lamente William.

— Ferme-la, maintenant, ordonne son frère. Il doit être de retour chez lui, il pourrait nous entendre.

Papa s’installe devant ses deux écrans.

Sur celui de droite, Jessica dort à poings fermés. C’est le moment de la journée où elle se croit en sécurité, le moment où il ne pénètre jamais dans la cellule.

Bientôt, elle n’aura plus une seconde de répit. Bientôt, elle oubliera le sommeil.

En même temps que les rêves. Et l’espoir.

Sur l’écran de gauche, les deux braqueurs. Papa épie leurs réactions après l’annonce qu’il vient de leur faire. Mais ils restent silencieux, ne se regardent même pas. Toujours aussi froids l’un envers l’autre.

Pourtant, Patrick se rassure en se disant que l’amour fraternel n’est pas mort. Il ne peut y croire. Il subsiste, quelque part, prêt à rejaillir à la moindre étincelle.

Il serait tellement dommage qu’ils ne souffrent pas de voir mourir l’autre.

Ça lui gâcherait son plaisir.

Il ferme les yeux, songeant à l’instant délicieux où il prendra la vie du premier, sous les yeux du second. Ce moment, précieux, devra durer aussi longtemps que possible.

Il se délecte par avance d’une autre douleur ; celle de Sandra lorsqu’il tuera Raphaël. L’amour naissant qu’elle ressent pour lui est une bénédiction.

Tuer n’est rien. La jouissance est ailleurs.

Son esprit s’échauffe, il déboutonne son pantalon en fixant l’écran de droite.

Il paierait cher pour voir les tourments qu’endurent les parents de cette gamine.

Alors, il les imagine. Leurs angoisses, leurs cris, leurs larmes.

Leur désespoir.

Un jour, il faudra qu’il enlève une mère et sa fille.

Qu’il franchisse une étape de plus.

*

Qu’est-ce qui fait le plus mal ?

La honte, sans aucun doute.

Pas de montre, de réveil ou de pendule. Plus de repères pour baliser le temps.

Depuis combien d’heures est-elle assise sur ce lit qui n’est pas le sien ? Dans cette chambre qui n’est pas la sienne… Ces murs sales qui l’emprisonnent.

Tout est si sale. Même l’air qu’elle respire.

Depuis combien d’heures est-il reparti ?

Lui, qui doit sans doute dormir à l’heure qu’il est. Repu, il a regagné sa tanière et digère son crime en toute quiétude.

Tandis que Jessica n’arrive même plus à pleurer.

La honte. C’est ça, le plus douloureux. Avoir été obligée de lui obéir, une fois encore.

De l’autre côté du mur, ils ont tout entendu. Les ordres du bourreau, les sanglots de la victime.

Ce qu’il l’a forcée à faire, ce qu’elle a accepté de faire.

Ils ont tout entendu, ils savent tout.

« — Tu as lu Les Infortunes de la vertu, ma colombe ?

— Un peu, mais je n’ai pas fini.

— Alors, tu sais ce que Raphaël fait à Sophie, n’est-ce pas ?

— Oui, monsieur… Ce marquis, c’est votre écrivain préféré ?

— C’est un maître… Tu as aimé ce que tu as lu ?

— Non, monsieur. »

Il a dit que j’avais une jolie bouche. Une bouche provocante, excitante.

Il a voulu plus, en voudra toujours plus.

Il m’appelle ma colombe mais il m’entraîne toujours plus bas.

Il m’appelle ma colombe, mais il a brisé mes ailes. Ma vie.

Dès qu’elle s’est retrouvée seule, Raphaël a essayé de lui parler. William aussi. Pourtant, Jessica n’a pas répondu.

Ils ont tout entendu.

Papa a dit qu’ils étaient jaloux de lui, de l’autre côté du mur. Qu’ils rêvaient de lui faire la même chose. Que tous les hommes en rêvaient. Même son propre père.

« Même ton papa, ma chérie. La morale le lui interdit, mais il aimerait tant m’imiter… Tu peux me croire, il aimerait tant que tu lui fasses la même chose qu’à moi… »

Il ment, elle le sait. Pourtant, cette phrase ne la quitte pas. Elle passe, en boucle, dans son cerveau.

« Très bientôt, je te ferai ce que Raphaël fait à Sophie, ma petite chatte. Et je suis sûr que ça va te plaire. »

Jessica n’a pas répondu aux appels de Raphaël. Ni à ceux de William.

Peut-être que ça leur a plu, à eux aussi ?

Ce sont des hommes, eux aussi.

Mais Jessica, elle, ne sait plus qui elle est. Ce qu’elle est.

Ce qu’elle sera demain.

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