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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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Une voix de jeune homme qui chantait sur l'eau lui parvint.

Le six mai l'année dernière,

Là-haut je me suis engagé...

Pour y faire un long voyage...

Aller aux pays hauts

Parmi tous les sauvages...

Cantor releva la tête et s'aperçut que le brouillard venu des lointains recouvrait le fleuve. Il ne ferait que passer et irait s'accrocher au bord du Mont-Royal vers le nord. Ou bien se dissiperait comme par enchantement. L'automne était une saison claire et guillerette, aux couleurs ardentes mais brèves.

Derrière la brume, la voix bien timbrée continuait :

Quand le printemps est arrivé

Les vents d'avril soufflent dans nos voiles

Pour revenir dans mon pays

Au coin de Saint-Sulpice

J'irai saluer ma mie

Qui est la plus jolie...

Une barque pointa et sortit du brouillard, menée par un seul garçon de dix-huit à vingt ans, bien bâti, en lequel Cantor reconnut Pierre Lemoine, troisième fils d'un négociant de Ville-Marie. L'aîné, Charles de Longueil, servait comme lieutenant au régiment de Saint-Laurent à Versailles, et faisait partie de leur coterie.

Après s'être entre-regardés, ils se saluèrent. Pierre Lemoine avait lui aussi fait un bref séjour à la Cour. Malgré sa jeunesse, c'était un marin émérite qui avait déjà mené des navires dans la traversée de l'océan.

– Je vous croyais en France. Nous apportez-vous des nouvelles de notre frère Charles ? Nous en avons eu de récentes par Jacques, le second qui est revenu dans l'escorte de M. de Gorrestat, le nouveau gouverneur.

Voyant se froncer les sourcils de Cantor, il ajouta.

– Cela ne veut pas dire que nous sommes d'accord avec lui. Il est un peu fou, Jacques. Il a fait partie de la cabale contre M. de Frontenac. Mais tout cela va se calmer avec l'hiver qui vient... Et vous-même, j'y songe, seriez-vous aussi arrivé avec le gouverneur ?...

– Je suis venu pour chercher ma jeune sœur Honorine de Peyrac.

Pierre Lemoine, accrochant son canot à un pieu de la rive, sautait à terre. Il se rendait à La Chine, et avait décidé de faire une halte en attendant que le brouillard se dissipe.

– Votre jeune sœur, dites-vous ? fit-il d'un air pensif. Figurez-vous qu'il y a moins de trois semaines, elle était là, à l'endroit même où vous vous tenez. Elle était là, toute seule et toute petite avec un grand sac. Je l'ai aperçue. Elle m'a dit qu'elle voulait se rendre jusqu'au manoir du Loup, chez son oncle et sa tante. Je l'ai prise dans ma barque et l'ai déposée non loin du manoir.

– Mon oncle de Sancé ! s'exclama Cantor illuminé, car voyant l'amorce d'une piste pour retrouver Honorine.

Il avait attaché peu d'attention à la découverte d'une parenté en Canada. Cela suffisait avec toutes celles que Florimond lui dénichait dans Paris.

À son tour, il monta dans la barque du jeune Canadien. Là-bas il aurait des renseignements.

« Cette petite bonne femme, quand même ! se disait-il tout ragaillardi, comme elle s'est bien débrouillée... »

Un vent frais avait dissipé les brumes. Ils croisèrent une barque chargée d'enfants. Les jeunes de Montréal passaient leur vie sur l'eau à manœuvrer des voiles.

Mouchetés de blanc, les rapides s'annoncèrent en amont.

Pierre Lemoine déposa Cantor au bas de la côte. Il lui dit qu'il s'apprêtait à partir vers le Haut-Saint-Laurent et que s'il voulait le trouver, il serait à La Chine où il rassemblait bagages et marchandises.

Chapitre 43

Un elfe aux cheveux blonds descendit la prairie, encore verte, en courant et en dansant, venant au-devant de lui.

Elle avait un regard qui lui parut familier. Il la trouvait d'emblée fort mignonne, et quand elle s'arrêta à quelques pas pour le considérer d'un air pensif, il se souvint qu'une des filles de cet oncle retrouvé après un silence de près de trente ans, aurait, prétendait-on, des traits qui rappelaient ceux de sa mère, Angélique de Peyrac, née Sancé de Monteloup. Ce qui, sur le moment, lui avait paru impossible. Dans son for intérieur, il dut faire amende honorable.

Il ne serait plus le seul à évoquer un visage qui faisait soupirer le roi lorsqu'il paraissait, ce qui à la fois flattait et n'était pas sans inquiéter le jeune page, porteur malgré lui, de sombres souvenirs pour Sa Majesté.

C'était une évidence qui en entraînerait une autre. Les deux jeunes gens se ressemblaient tellement tous les deux qu'ils finirent par en rire.

– Cousine, embrassons-nous ! Comment vous nommez-vous ?

– Marie-Ange. Et vous, je suppose que vous êtes Cantor !

Il regardait autour de lui et commençait de s'étonner de n'apercevoir personne d'autre, comme si la jeune fille aux allures de fée eut été la seule habitante d'un domaine endormi sous le coup d'un subit enchantement.

Elle l'avertît que ses parents étaient absents. Ils avaient été convoqués à Québec et avaient dû partir pour la capitale afin d'accueillir le gouverneur qui remplaçait M. de Frontenac. Ce qui n'avait pas empêché ledit gouverneur d'arriver à Montréal presque aussitôt après le départ de M. et Mme du Loup.

– Mais qu'est-ce que c'est que cette maladie de voyager et de courir à cause du gouverneur ? s'écria Cantor, à nouveau bouleversé. Les gens deviennent-ils fous ?

– En effet.

– Pourquoi ?

– Parce que le nouveau gouverneur, et surtout son épouse, sont en train de mettre tout le pays à l'envers.

Enfin quelqu'un qui ne se laissait pas endormir. Elle le regardait de ses yeux clairs et tranquilles, un peu moqueurs.

– Pourquoi vous désolez-vous tant de ne pas voir mes parents ?

– Ils auraient pu me donner des nouvelles de ma petite sœur Honorine. Je sais qu'elle a essayé de les joindre.

– Si c'est pour votre sœur que vous vous inquiétez, je peux, moi, vous donner de ses nouvelles.

Il faillit la secouer d'importance.

– Vous l'avez vue ?

– Non. Mais je sais ce qu'elle est devenue. Un Indien m'a porté de ses nouvelles.

– Parlez, je vous en conjure.

– Elle a d'abord été cachée parmi les Iroquois de la mission de Khanawake du côté de la Madeleine, en face de La Chine, et puis ensuite, les Indiens l'ont emmenée plus loin.

– Pourquoi ?

– Pour qu'elle échappe à cette femme qui voulait la tuer.

Le pauvre Cantor sentit sa poitrine se dilater sous l'effet d'un soulagement incommensurable.

– Ça, ma mie, vous me plaisez, fit-il en passant un bras affectueux autour des épaules de l'adolescente. Venez me raconter tout cela dans un endroit tranquille, loin des yeux curieux qui repèrent de loin.

Il s'attendait à ce qu'elle le fît entrer dans le manoir, mais elle le conduisit du côté des communs et l'introduisit dans un vaste bâtiment moitié grange, moitié entrepôt. Des crochets au plafond supportaient des lots de fourrures. Dans un coin, une bonne partie de la récolte de foin avait été resserrée et c'est là qu'ils s'assirent.

Il remarqua quelques objets de toilette, peigne, brosse, posés sur un coffre, un coussin, une mante et un pot à braises comme on en trouve sur les navires.

Après le départ des parents, racontait Marie-Ange, cela n'avait pas tardé. « Ils » étaient revenus. Et l'ennui c'était qu'elle n'avait pas compris que cette fois ce n'était pas pour eux.

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