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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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– M'étonne pas... C'est bien ce qui est en train d'arriver. La ville est folle et comme égarée... Voilà pourquoi l'Henriette de Mme de Baumont était morte.

Il découvrait qu'il y avait eu plusieurs attentats inexplicables. Aux braves gens, les ennuis pleuvaient comme grêle.

La Delphine s'était enfuie, et, plus grave, Janine Gonfarel, la patronne du Navire de France, avait disparu.

Elle se pencha plus avant encore.

– Il faudrait savoir ce qui tourmente la mère Madeleine que M. le Gouverneur a visitée et, à ce qu'on dit, en le voyant, la nonne s'est évanouie d'horreur...

Sur ces entrefaites à la cathédrale l'heure sonna deux coups ou trois coups de la nuit, l'heure du plus grand repos, et soudain, le jeune coureur de bois et la femme de Canada, s'interrompirent et s'entreregardèrent, leurs sens alertés par des changements subtils dans la texture du silence nocturne.

Cantor jeta un vif regard vers les fenêtres et constata avec soulagement qu'à la tombée dû jour, elle avait mis les vantaux de l'intérieur. Personne du dehors ne pouvait l'apercevoir assis à cette table, où une grosse chandelle s'était consumée en pyramide boursouflée.

Tous deux pensèrent ensemble. « Ils » approchent ! « Ils » cernent la maison.

D'un signe du menton, elle lui intima de se lever. Sans bruit, ils descendirent aux caves. Comme jadis il s'y trouvait des brebis ensommeillées et de la paille dans laquelle il s'enfouit. La servante logeait, elle, dans le réduit à mi-chemin de l'escalier de pierre. Il admira avec quelle prestesse elle se retrouva en cotte et bonnet de nuit, alors qu'au rez-de-chaussée le bruit sourd de poings tambourinants ébranlait la porte, accompagné d'appels et d'injonctions :

– Ouvrez !...

Jouant la femme tirée de son sommeil, elle était remontée, et il entendit de sa cachette un dialogue véhément qui, par instants, prenait une tournure de dispute.

Il s'étonnait que la nombreuse troupe qu'il sentait autour de la maison n'eût pas déjà fait irruption et entrepris une fouille de fond en comble.

Elle revint seule, ayant réussi à faire respecter le toit sacré de son maître le marquis de Ville-d'Avray.

C'était, entouré de soldats de la prévôté et de délégués du nouveau gouverneur, ce fouinard de préposé aux Affaires religieuses, chargé de repérer, au moment de l'arrivée des navires, d'éventuels clandestins de la Religion réformée, des protestants essayant de prendre pied en Nouvelle-France. On recherchait un jeune blond qui ne s'était pas présenté au greffe à son arrivée pour y répondre de sa foi catholique.

La gardienne fidèle de la maison de Ville-d'Avray s'était refusée d'ôter la barre et de tourner les clés.

– C'est pas des manières. Qu'est-ce qui vous prend à c't' heure ?

Elle s'était contentée d'ouvrir la partie du haut de la porte sur le côté, et de se tenir là comme à une fenêtre, de sorte qu'il ne pouvait pas pénétrer dans la maison sans forcer le passage en la repoussant et en escaladant la demi-porte qui était assez haute.

Le préposé des Affaires religieuses s'était retiré avec ses hommes, mais en affirmant qu'il pourrait revenir. Elle baissa à nouveau la voix.

– Elle a donné l'ordre ou il a donné l'ordre sur son ordre, de rechercher votre « carcajou » et de le tuer.

« Des hommes et des sauvages, bien récompensés, sont en battue depuis plus d'une semaine, aux alentours de la ville, dans les endroits où l'on soupçonne son repaire.

Cantor se sentit blêmir.

C'était bien « elle » ! Si un doute avait pu subsister sur l'identité de la Démone, il reconnaissait cette férocité tatillonne envers tous ceux qui l'avaient offensée, dont elle avait à se venger, même un pauvre animal des bois !...

L'avait-elle reconnu, lui Cantor de Peyrac, dans l'antichambre du roi, lui, l'adolescent qui l'avait repoussée jadis, le fils de celle qu'elle n'avait pu vaincre.

– Mon glouton sera plus fort qu'eux tous, affirma-t-il avec ferveur, en pensant à Wolverine.

– Pensez-vous ! Pour sûr ! l'encouragea-t-elle, un « carcajou », nous savons tous que c'est plus malin qu'un homme !

Quant à sortir de la maison, sans se faire remarquer, ni arrêter, ce n'était pas à ce sujet qu'il fallait se faire du souci.

Et puisque avant toutes choses il voulait rencontrer la mère Madeleine, eh bien, le chemin était ouvert.

Depuis le temps qu'on creusait sous terre à Québec, et que cela faisait des « paquets de troubles » et des « monstres procès », il aurait été dommage de ne pas se servir de ce réseau de taupes si commode, lorsque la tempête empêchait de mettre le nez dehors, ou que l'on redoutait l'œil du voisin. Qu'il se souvienne de la cave de M. de Ville-d'Avray qui tombait dans celle de Banistère-le-Cogneux, lequel avait un procès avec les Ursulines, dont les sapes avaient rejoint par mégarde ses entrepôts, ménagés sous un terrain lui appartenant.

Ce fut ainsi qu'à la nuit, après être passé par les caves et avoir émergé parmi les réserves de vins et de fromages du couvent des Ursulines, Cantor de Peyrac put se glisser jusqu'à l'atelier de dorure de la religieuse visionnaire.

Chapitre 39

« Ils » ne la croyaient pas. « Ils » ne la croyaient plus. Cela durait depuis la visite de la femme du nouveau gouverneur au couvent des Ursulines.

Harcelée, blâmée, punie, sœur Madeleine, la petite nonne visionnaire, avait été reléguée à l'atelier de dorure où elle devait par pénitence travailler sans relâche, sans avoir le droit de parler à ses compagnes le jour, devant se relever la nuit pour aller surveiller le bouillon de la « colle de rognures de gants » ou celui de « roucou » et de gomme-gutte qui donnerait le vermeil, frémissant sur un réchaud dont la flamme devait demeurer stable et petite.

Il avait été question de la priver de la sainte communion quotidienne, mais elle avait tant pleuré que la Supérieure l'avait prise en pitié.

– Que Dieu vous assiste, qu'il vous souffle le repentir. Reconnaissez que vous avez voulu vous rendre intéressante... que vous avez voulu intervenir dans une politique qui ne nous concerne pas... Certes nous regrettons M. de Frontenac, mais vous avez manqué d'habileté.

– Ma Mère, je n'ai dit que la Sainte Vérité. C'est elle, celle que j'ai vue s'élevant des eaux... la Démone !

– Assez !... Ne recommencez pas avec votre marotte. Cette affaire est réglée depuis longtemps et vos visions nous ont attiré assez d'ennuis... sans qu'aujourd'hui nous nous fassions un ennemi du nouveau gouverneur.

Elle restait donc là, seule et sans défense, avec son lourd et terrifiant secret.

Son cœur se glaçait :

« Seigneur, allez-Vous m'abandonner ? »

La ville se transformait, comme retournée, et montrait un masque contraire.

On ne parlait que de la piété, de la modestie, de la charité de Mme de Gorrestat.

Elle tendait l'oreille aux bavardages qui parvenaient au-delà des murs du cloître. Seule dans ce concert d'éloges, Mme Le Bachoys avait eu une phrase choquante, où l'on vit une déclaration de guerre due peut-être à la jalousie, ou à la fidélité que beaucoup gardaient à M. de Frontenac.

La remarque ayant été faite, devant Mme Le Bachoys, combien la première dame de Nouvelle-France avait de la douceur dans ses manières, Mme Le Bachoys avait riposté :

« Le serpent aussi à de douces manières. »

Mère Madeleine en conçut de l'espoir.

Mme Le Bachoys était considérée comme une « pécheresse », mais c'était signe de hardiesse, de courage, et voilà pourquoi, elle, saurait « tenir tête ». Si seulement la pauvre religieuse pouvait lui parler en secret ! Mère Madeleine réussit à lui faire transmettre un mot à propos d'une commande de tabernacle que les bourgeois de la Basse-Ville voulaient offrir à une paroisse de la côte de Beaupré. Mais la petite commissionnaire revint en annonçant que la brave dame avait été frappée de congestion... et que l'on craignait pour ses jours. Tandis qu'elle maniait ses instruments au long de la journée, mère Madeleine priait pour sa guérison. Elle entendit sonner le glas. On disait que Mme Le Bachoys avait trop sacrifié à l'amour, et que cela devait lui arriver un jour. Elle était morte.

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