La victoire d'Angélique
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:
Passant par Paris, elle avait voulu consulter la plus fameuse des sorcières, la femme Mauvoisin, dite La Voisin.
Approchant de la demeure, elle en avait vu sortir un groupe de « missionnaires », de ces prêtres appartenant à l'ordre fondé par M. Vincent de Paul pour prêcher les petites gens, et la chose lui ayant paru aussi inquiétante qu'insolite, elle s'était éloignée précipitamment. Deux jours plus tard, tout Paris apprenait l'arrestation de la devineresse en question. Ambroisine en tremblait encore. Et, derrière cette arrestation, toujours l'affreux policier François Desgrez.
À cause de ce personnage, son départ vers le Havre avait pris l'allure d'une fuite. Comme la première fois, lorsqu'elle lui avait échappé de justesse, alors qu'il venait d'arrêter son amie intime, la marquise de Brinvilliers.
Cette fois, le policier frappait au cœur de la forteresse des empoisonneurs.
Les nouvelles marchant vite, M. et Mme de Gorrestat ne s'étaient pas encore embarqués qu'on apprenait que La Voisin était accusée d'avoir voulu empoisonner le roi. Athénaïs de Montespan s'enfuyait de la Cour.
« Sous la question, elle donnera mon nom. J'ai été jadis, avec ma chère Brinvilliers, l'une de ses plus assidues clientes... Mais qu'importe qu'elle me nomme. Je suis morte, morte !... »
Elle eut un rire qui s'acheva en un ricanement macabre et sans écho.
– La duchesse de Maudribourg est morte ! fit-elle à voix haute.
Mais elle ne put s'empêcher de regarder autour d'elle peureusement.
N'était-ce pas injuste ?
Toujours s'enfuir. Toujours se cacher, toujours dissimuler.
Cependant Ambroisine s'était sentie soulagée de pouvoir prendre la mer, de se réfugier au Nouveau Monde où son incognito serait mieux préservé, comme la première fois, dans un retour imprévisible des circonstances, elle fuyait ce Desgrez et son maître, le lieutenant de police du royaume, M. de La Reynie, tous deux les chiens courants du roi.
Il valait mieux ne laisser aucune piste à renifler sur leurs traces.
De magicien, elle comptait sur M. de Varange, expert en art de sorcellerie, et qui l'attendait à Québec.
Or, voici qu'on lui annonçait qu'il était mort... et depuis longtemps. Disparu, en fait. Sa disparition avait coïncidé avec la visite que M. et Mme de Peyrac avaient faite à Québec.
Pourquoi Varange a-t-il disparu au moment où « ils » arrivaient ? Comme s'il avait voulu leur céder la place...
Un soupçon effrayant commença de s'emparer d'elle.
« Ils sont encore derrière cette mort... cette disparition », se dit-elle.
– C'est elle qui l'a tué ! s'écria-t-elle.
Si assurée dans son pressentiment, qu'elle ne pouvait plus discerner si elle se laissait aller aux divagations d'une obsession, ou si elle était magiquement avertie de la réalité.
Angélique avait tué M. de Varange. Ce ne pouvait être qu'elle. Où ? Quand ? Pourquoi ? Comment avait-elle deviné que le vieux débauché était son complice ? Impossible de le savoir. Mais c'était Angélique qui avait tué le comte de Varange.
« Je vais crier partout que c'est elle qui l'a tué, et... on me traitera de folle. On me regardera avec suspicion... Même ce Garreau d'Entremont qui n'attend qu'une dénonciation dans ce sens... Lui aussi sait que c'est elle qui a tué Varange. »
Mais il demandera des preuves...
Cette nouvelle police que le roi avait mise en place exigeait des preuves. Autrefois, il suffisait de crier à la délation, à l'accusation, à la sorcellerie.
Aujourd'hui, ils voulaient des preuves.
Et la fleur de noblesse de France allait être envoyée à la Bastille ou en exil, voire à l'échafaud par la faute des cadavres des enfants nouveau-nés qui avaient été immolés dans les messes noires payées de beaux écus, pour être dites sur un ventre de putain. Quelle vision ridicule et disproportionnée ! Quelle importance avaient ces bébés sans noms, véritables larves humaines, en regard des grands personnages qui payaient si bon prix leur immolation.
– Des larves humaines, d'ignobles vers blancs se tordant et bâillant, se répéta-t-elle en tordant sa bouche dans une grimace de dégoût, sans nom et même pas baptisés... Ah ! Si. Il paraît que La Voisin ou une autre commère les baptisait avant de leur enfoncer l'aiguille dans le cœur... L'idiote. Elle va payer cher d'avoir arraché sa proie à Satan...
Des preuves ! Elle ne pouvait accuser Angélique sans apporter de preuves !
Elle arrêta brutalement la marche folle de sa pensée. Il ne fallait plus faire de projets. La peur la prenait. La Peur ! C'était la première fois. Pour ne l'avoir jamais éprouvée, elle devinait que c'était la peur qui la saisissait à la gorge.
Elle avait eu tort d'oublier.
D'oublier ce qui était arrivé en Acadie. La Défaite ! La Déroute totale ! Mais n'avait-elle pas survécu pour un seul but : achever sa mission. Sinon, elle n 'avait aucune raison de survivre. Si elle ne réussissait pas cette fois, on ne lui accorderait plus de survie. La peur et la haine gonflèrent son cœur, éveillant en elle des spasmes voluptueux. Ses mains s'ouvraient et se refermaient dans le désir d'étreindre un cou d'enfant, un petit cou blanc et ferme très droit, très beau, celui d'Honorine, qui en elle portait la douleur possible d'Angélique.
« Ah ! Comme je les hais toutes deux... »
La frustration et le désir des visions entrevues la tourmentaient jusqu'à l'égarement.
« Quelle volupté », se répéta-t-elle, avec un long soupir né du profond de ses entrailles.
Ses entrailles se réveillaient. Dieu merci ! aurait-elle dit, si un pacte intérieur passé avec les puissances infernales ne lui eût interdit d'employer ce vocable, autrement qu'à voix haute et pour tromper. Qu'il est donc difficile d'habiter une chair si faible ! Voici qu'en dehors de toute stratégie, elle souhaitait une étreinte amoureuse pour calmer des ardeurs presque douloureuses que les évocations lubriques de ses projets frustrés, de sa vengeance inachevée, lui inspiraient.
Elle voulait bien jouir, mais non souffrir, et son corps lui apparut faible, subjugué, dépassé par les forces qu'elle avait déchaînées.
« Suis-je devenue réellement, moi aussi, une créature humaine ?... » se demanda-t-elle avec effroi.
La voix d'un domestique l'informant qu'un jeune homme la demandait lui parvint.
– Faites entrer !
Elle sentit une présence sur le seuil de la pièce, à quelques pas, et se retourna.
Elle eut un frisson violent. Mélange de peur et de satisfaction.
Celui qui venait d'entrer était une réponse à ses doutes et ses indécisions. Elle préférait le corps à corps avec l'adversaire.
Dans le corps à corps, elle était la plus forte. Et quand il s'agissait d'un beau jeune homme comme celui-ci, la victoire était assurée d'avance. Elle pouvait faire pleurer les femmes, les briser, détruire leur existence, mais non pas les dompter, à part quelques-unes. Tandis que ces mâles imbéciles, esclaves de leur sens et de leur vanité, c'était presque trop facile de les amener à composition, tremblant à ses genoux.
Cependant, il y avait aussi la peur.
Depuis qu'elle s'était sentie reconnue par lui à Versailles dans l'antichambre du roi, une sourde certitude l'habitait qu'il ne s'en tiendrait pas là. C'est pourquoi elle avait voulu le faire tuer aussitôt. L'attentat avait donc échoué ?
La crainte n'avait cessé de la tarauder. Ridicule ! Puisque, ayant gagné le Havre avec son époux, elle s'embarquait pour la Nouvelle-France.
Malgré cela, elle ne cessait de se l'imaginer, ce Cantor de Peyrac, qui avait les yeux de sa mère, cherchant à en savoir plus long sur elle. S'embarquant peut-être à sa poursuite, elle en était si intimement persuadée, qu'avant de quitter Québec pour Montréal, elle avait prévu sa venue, l'avait décrit à ses gens qu'elle laissait en place, leur avait donné des ordres précis à son sujet, et pour le « glouton » aussi. La bête avait été tuée, mais lui, comment leur avait-il encore glissé entre les mains ?