Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
La douleur aiguë ne lui arracha pas un seul cri. Mog-ur venait de lui faire une petite estafilade à la base du cou, dont le sang fut aussitôt absorbé par un morceau de peau de lapin. Brun attendit qu’il se teintât entièrement de rouge pour relâcher la jeune fille.
Fascinée, elle regarda Mog-ur déposer le petit carré imbibé de sang dans une écuelle à demi remplie d’huile à laquelle il mit le feu. Une fumée âcre s’éleva bientôt tandis que la peau de lapin se consumait en crépitant. Puis Brun exposa la cuisse nue d’Ayla et Mog-ur, trempant ses doigts dans le liquide résiduel de l’écuelle, dessina quatre traits noirs sur chacune des cicatrices. Ayla n’en crut pas ses yeux : on aurait dit les marques totémiques du rite de passage des jeunes hommes à l’âge adulte. Elle se sentit alors tirée en arrière, pendant que Mog-ur adressait une dernière prière aux esprits.
— Acceptez ce sacrifice du sang, ô Esprits vénérables, et sachez que c’est l’Esprit du Lion des Cavernes qui l’a choisie pour que nous suivions vos enseignements. Nous vous avons rendu hommage. Accordez-nous votre protection et retournez dans les ténèbres de vos demeures.
Ayla, qui ne comprenait toujours pas l’objet de cette cérémonie, crut qu’elle était terminée en voyant Mog-ur s’asseoir. Mais il n’en était rien. Brun lui fit signe de se lever et d’un repli de sa peau de bête sortit un petit morceau d’ivoire teint en rouge.
— Ayla, pour la première et la dernière fois, te voilà l’égale des hommes, déclara Brun. Mais à la fin de cette cérémonie, tu devras te considérer de nouveau comme une femme.
Ayla acquiesça sans vraiment comprendre ce qu’il entendait par ces paroles.
— Cet ivoire provient de la défense du mammouth que nous avons tué. Ce fut une excellente chasse au cours de laquelle personne ne fut blessé. Cet objet a été sanctifié par Ursus et teinté à l’ocre rouge sacré par Mog-ur. C’est le puissant talisman des chasseurs que tous les hommes ici réunis portent en amulette.
« Ayla, les garçons ne deviennent adultes qu’après leur première chasse. Il y a très longtemps de cela, les femmes du Peuple du Clan chassaient aussi. Nous ignorons la raison pour laquelle ton totem t’a poussée à suivre leurs traces, mais nous ne pouvons renier l’Esprit du Lion des Cavernes. Ayla, tu as fait ta première chasse ; tu dois désormais assumer les responsabilités des adultes. Mais tu es une femme et tu le resteras à tous égards, à l’exception d’un seul : tu auras le droit de te servir d’une fronde. Te voilà aujourd’hui la Femme-Qui-Chasse.
Ayla rougit de plaisir. Avait-elle bien compris les propos de Brun ? Après avoir frôlé la mort pour s’être servie d’une fronde, on l’autorisait maintenant à en faire usage ? A chasser ?
— Ce talisman est à toi, range-le avec tes amulettes, ajouta Brun en le tendant à Ayla qui défit le lacet de cuir noué à son cou, et glissa dans la petite bourse l’ovale d’ivoire à côté du morceau d’ocre rouge et du fossile marin. Ne parle de cela à personne pour l’instant, lui recommanda le chef. J’annoncerai la nouvelle au clan ce soir avant le festin, en l’honneur de ta première chasse. J’espère qu’à la prochaine, tu rapporteras quelque chose de plus comestible qu’une hyène, ajouta-t-il avec humour. Maintenant tourne-toi.
On lui remit le bandeau sur les yeux et les deux hommes la reconduisirent au centre de la caverne avant de retourner auprès de leurs compagnons.
La cérémonie avait amplement suffi à convaincre les hommes d’accorder à Ayla le privilège de chasser ; tous sauf un. Broud était fou de rage. S’il n’avait pas tant redouté Mog-ur, il aurait instantanément quitté l’assemblée et refusé obstinément de cautionner tout ce qui pourrait accorder à cette fille odieuse le moindre privilège. S’il en voulait à Mog-ur, sa hargne se dirigeait particulièrement contre Brun qu’il estimait directement responsable.
Il l’a toujours protégée et favorisée, pensa-t-il amèrement. Il aurait dû la maudire éternellement. Et voilà qu’au contraire il la laisse chasser. Comment a-t-il pu en arriver là ? Mais il commence à se faire vieux et ne sera pas toujours le chef. Un jour, ce sera mon tour, et alors nous verrons.
18
Ayla devint pleinement la Femme-Qui-Chasse au cours de l’hiver où elle entra dans sa dixième année. C’est avec soulagement et une satisfaction personnelle qu’Iza remarqua chez la jeune fille les signes avant-coureurs annonçant l’approche de ses menstruations. Des hanches plus pleines et deux seins naissants modifiaient la silhouette longiligne de la fillette et rassurèrent la guérisseuse ; sa fille adoptive n’était pas condamnée à demeurer éternellement impubère. Une légère pilosité au pubis et sous les bras ainsi que des tétons gonflés apparurent peu de temps avant ses premières règles et le premier combat que livra l’esprit de son totem.
A la vue du sang qui témoignait de l’affrontement entre son totem et un autre esprit, Ayla douta de jamais avoir un enfant : son totem était trop puissant. Mais elle se résigna et prit d’autant plus plaisir à s’occuper des enfants des autres, regrettant seulement de ne pouvoir les allaiter elle-même.
Elle ressentait une grande sympathie pour Ovra dont les fausses couches se succédaient. Le Castor, son totem, était lui aussi trop vindicatif et la jeune femme semblait destinée à ne jamais procréer. Depuis la chasse au mammouth, Ayla et Ovra s’étaient découvert de nombreuses affinités et il s’était noué entre elles des liens d’amitié desquels Goov n’était pas exclu. Personne n’ignorait l’attachement qu’éprouvait le jeune servant du mog-ur pour sa compagne, qui regrettait d’autant plus de ne pouvoir lui donner d’enfant.
A la grande satisfaction de Broud, Oga était de nouveau enceinte. Brac n’avait que trois ans et la jeune femme semblait suivre les traces d’Aga et d’Ika qui avaient donné le jour à une nombreuse progéniture. Droog eut l’assurance que le fils de sa compagne, Groob, âgé de deux ans, deviendrait un tailleur de pierre le jour où il le surprit à frapper des cailloux l’un contre l’autre. Il fabriqua au bambin un petit marteau et le laissa jouer près de lui pendant qu’il travaillait, s’amusant de voir l’enfant imiter ses gestes et taper sur les pierres avec le plus grand sérieux. Igra, la fille d’Ika, âgée elle aussi de deux ans, promettait d’être enjouée et chaleureuse comme l’était sa mère. Le clan de Brun ne cessait de s’accroître.
Conformément à la règle d’exclusion imposée à toutes les femmes lors de leurs premières menstruations, Ayla se retira au début du printemps dans sa grotte des hauts pâturages. Après les souffrances qu’elle y avait endurées, ce court séjour lui sembla une partie de plaisir. Elle consacra son temps à perfectionner son tir qu’elle n’avait plus pratiqué depuis l’hiver. Iza venait la voir tous les jours à un endroit convenu, non loin de la caverne, et lui apportait à manger. Mais surtout, elle lui tenait compagnie.
Elles restaient ensemble tard le soir, et c’est à la lueur d’une torche qu’Ayla retrouvait le chemin de sa retraite. La guérisseuse apprit à la jeune fille tout ce qu’une femme doit savoir, lui indiquant les signes symboliques qu’elle devait tracer sur les peaux de lapin souillées de sang avant de les enterrer profondément. Elle lui expliqua la manière de se comporter si un homme voulait assouvir avec elle ses désirs, lui montrant la position convenable, les mouvements qu’elle devrait faire et la façon de se purifier après. Elle lui indiqua également les positions et les gestes susceptibles de plaire aux hommes du clan, ainsi que les diverses manières de faire naître leur désir. Elle lui transmit tout le savoir qu’elle tenait elle-même de sa mère, doutant en son for intérieur que ces connaissances puissent un jour se révéler utiles à une jeune fille aussi laide.