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Le clan de l'ours des cavernes

Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:

Il y a 35.000 ans, la terre se réchauffe lentement, alors que l’homme se dégage peu à peu de la bête, maîtrise l’outil et le feu. Une fillette de 5 ans, nommée Ayla, échappe à un tremblement de terre. Elle se réfugie auprès d’un clan étranger qui l’adopte.
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— Comment va son bras ? demanda-t-elle à la jeune mère assise à côté d’elle.

— Vois toi-même, Ayla. (Elle écarta un pan de sa fourrure et montra à Ayla le bras de Brac.) Iza lui a enlevé son attelle la veille de ton retour. Son bras est guéri. Un peu plus maigre que l’autre, mais il deviendra plus fort quand il recommencera de s’en servir.

Ayla examina les cicatrices.

— Les cicatrices sont encore rouges, mais ça partira avec le temps. (Elle regarda l’enfant.) Est-ce que tu es fort, Brac ? (L’enfant hocha vigoureusement la tête.) Fort comment ? Montre-moi. (Elle tendit son avant-bras.) Non, pas avec cette main, l’autre. (Elle désigna le bras blessé. Brac changea de main et essaya d’abaisser l’avant-bras d’Ayla. Ayla éprouva un instant la force de sa poussée, puis laissa retomber son bras.) Tu es fort, Brac. Un jour, tu seras un grand chasseur, comme Broud.

Elle tendit les mains vers le petit garçon, qui d’abord hésita, puis avança le buste pour qu’elle le prenne dans ses bras. Elle le souleva dans les airs, puis se rassit en le prenant sur ses genoux.

— Brac a grandi. Il est lourd, et tellement costaud.

L’enfant resta quelques instants sur ses genoux sans broncher puis il parut se rappeler qu’il avait faim, et quitta Ayla pour retrouver le sein de sa mère.

— Tu as de la chance d’avoir un si beau garçon, Oga, dit Ayla.

— Grâce à toi, répondit Oga, abordant enfin un sujet qu’elle avait d’abord fui. Je ne t’ai jamais dit combien je te suis reconnaissante. Au début, j’étais tellement inquiète pour lui, et puis je ne savais que te dire. Je ne le sais toujours pas. Je ne m’attendais pas à te revoir ; c’est difficile à croire que tu es de retour. Tu as eu tort de toucher à une arme, et je ne sais pas pourquoi tu chasses, mais j’ai eu mal quand tu es partie, et je suis bien heureuse de te savoir de nouveau parmi nous.

— Moi aussi, ajouta Ebra, tandis que les autres femmes hochaient la tête en signe d’approbation.

Ayla fut profondément touchée par ces marques d’amitié, et elle s’efforça de contenir ses larmes, phénomène étranger aux membres du Peuple du Clan.

— Je suis heureuse d’être de retour, signifia-t-elle, et les larmes lui échappèrent.

Iza en connaissait maintenant la cause, les autres femmes en avaient une idée, et leurs hochements de tête exprimèrent leur compréhension.

— Comment c’était, Ayla ? demanda Oga, les yeux emplis de compassion.

— C’était une grande solitude, Oga, répondit-elle. Vous me manquiez tellement, tous. (Comme une grande tristesse se lisait sur les visages des femmes, Ayla essaya de détendre l’atmosphère.) Même Broud me manquait, ajouta-t-elle.

— Alors il fallait que ce soit vraiment une grande solitude, commenta Aga, en coulant un regard embarrassé vers Oga.

— Je sais bien que Broud n’a pas un caractère facile, reconnut Oga. Mais il est mon compagnon, et il ne me traite pas mal.

— Ne t’excuse pas pour lui, Oga, dit Ayla, qui éprouvait de l’amitié pour la jeune femme. Tout le monde sait que Broud tient à toi. Tu devrais être fière de lui. Il sera un jour chef, et c’est un chasseur courageux, c’est lui qui a frappé le premier le mammouth. Tu n’y peux rien s’il ne m’aime pas. C’est en partie ma faute ; je ne me suis pas toujours bien comportée envers lui. J’ignore comment tout cela a commencé ni pourquoi, et si je le pouvais, j’aimerais bien faire la paix avec lui. Mais quoi qu’il en soit, tu n’as pas à t’inquiéter de ça.

— Broud est d’une nature emportée, dit Ebra. Il n’est pas comme Brun. Mog-ur ne s’est pas trompé en lui attribuant comme totem le rhinocéros. Malgré toi, tu l’auras aidé à se contrôler, Ayla.

— Je ne sais pas, dit Ayla. Peut-être ne serait-il pas comme ça sans moi. Ma présence réveille en lui ce qu’il a de pire.

Un silence tendu suivit ces paroles. Il était rare que les femmes parlent aussi librement de leurs compagnons, mais la discussion avait cependant créé une intimité inattendue entre Ayla et ses compagnes. Iza décida sagement qu’il était temps de changer de sujet :

— Est-ce que quelqu’un sait où se trouvent les tubercules ? demanda-t-elle à la ronde.

— Ils étaient dans le fond, là où Brun a dégagé l’espace, répondit Ebra. Ça m’étonnerait qu’on les retrouve.

Broud avait vu Ayla en compagnie des femmes. Quand elle prit Brac dans ses bras, il se souvint que c’était grâce à elle que le fils de sa compagne était en vie. Il n’avait cependant pas oublié qu’elle avait été le témoin de son humiliation. Comme les autres, il avait été frappé de stupeur par son retour. Le premier jour, il ne put s’empêcher d’éprouver une certaine appréhension à chaque fois qu’il la croisait, puis il se mit à considérer comme une nouvelle insolence son changement d’attitude, que Creb interprétait comme une maturité naissante, et Brun comme la conscience d’être placée sous le signe de la chance.

Ayla ne mentait pas. Dans son extrême solitude, elle s’était surprise parfois à regretter Broud et ses exigences, plus supportables que le vide de ces regards qui ne la voyaient plus, que ce néant brutal auquel tous l’avaient réduite dès l’instant où la malédiction avait été prononcée. Durant les deux premiers jours qui suivirent son retour, elle s’avoua prendre grand plaisir à sentir le regard de Broud posé sur elle avec une insistance proche de la fascination.

Au troisième jour, les vieilles habitudes reprirent le dessus, et Broud recommença de la harceler. Mais Ayla répondait désormais à toutes ses demandes avec une soumission tellement sereine que le jeune homme enrageait. La patience d’Ayla semblait inépuisable. Elle s’acquittait des tâches qu’il lui imposait avec une indifférence royale. Et plus Broud s’acharnait, plus il tentait de la pousser à la faute, à provoquer en elle un geste de rébellion, plus elle lui opposait un calme que rien n’aurait pu ébranler.

Broud avait un besoin fondamental d’être reconnu et de s’imposer aux autres. L’indifférence d’Ayla le rendait fou de frustration. Pour lui, elle n’avait d’autre cause que le fait que la jeune fille l’avait vu se faire réprimander comme un petit garçon par Brun et qu’elle n’avait plus depuis aucun respect pour son autorité. En vérité, il la haïssait surtout parce qu’elle lui ravissait toujours l’attention qu’il se sentait en droit d’attendre.

Il suffisait à cette étrangère d’apparaître pour que tous les regards se tournent vers elle. Elle avait un totem très puissant ; elle vivait dans le foyer de Mog-ur, qui l’aimait de tout son cœur ; elle avait toutes les chances de devenir une grande guérisseuse ; elle avait sauvé Ona de la noyade, Brac des crocs d’une hyène, grâce à sa stupéfiante habileté à la fronde, et voilà que maintenant elle revenait saine et sauve du monde des esprits. A chaque fois que Broud avait fait preuve d’un grand courage, elle avait détourné à son profit l’admiration et la reconnaissance du clan.

Broud la fixait d’un regard sombre comme un ciel d’orage. Pourquoi a-t-il fallu qu’elle revienne ? Tout le monde ne parle plus que d’elle. Quand j’ai tué le bison, il n’y en avait que pour son totem. Est-ce qu’elle a risqué de se faire piétiner par un mammouth ? Non, elle a seulement jeté quelques pierres avec une fronde, et la vie du clan a tourné autour d’elle jusqu’à ce que Brun la maudisse. Temporairement ! S’il l’avait condamnée comme elle le méritait, elle ne serait pas de nouveau le centre de toutes les conversations. Pourquoi faut-il toujours qu’elle me gâche la vie ?

— Mais que t’arrive-t-il, Creb ? Je ne t’ai jamais vu aussi agité ! Tu fais penser à un jeune homme sur le point de prendre sa première compagne. Veux-tu que je te fasse une infusion pour te calmer ? demanda Iza au sorcier qui, pour la troisième fois, s’apprêtait à partir puis se rasseyait pour se lever de nouveau.

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