Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
— Ton totem a été vaincu, tu vas avoir un enfant.
— Un enfant, moi ? Mais je ne peux pas en avoir, protesta Ayla, mon totem est trop puissant.
— Je sais bien, Ayla, et je n’y comprends rien, mais tu vas quand même donner le jour à un enfant, répéta Iza.
Une lueur d’espoir apparut dans le regard morne de la jeune femme.
— Est-ce vrai ? Moi, avoir un enfant ? Oh, maman, c’est merveilleux !
— Ayla, tu n’as pas de compagnon, et aucun homme du clan ne voudra de toi, même comme seconde compagne. Or, tu ne peux avoir d’enfant sans compagnon, cela lui porterait malheur, déclara Iza avec fermeté. Il vaudrait mieux que tu essaies de t’en débarrasser. Je pense que le gui fera l’affaire. C’est une plante très efficace et, utilisée avec précaution, à peu près inoffensive. Je vais te faire une infusion de feuilles avec quelques baies seulement, cela aidera ton totem à expulser la vie naissante. Tu seras un peu malade, mais...
— Non, non, et non ! coupa Ayla en secouant vigoureusement la tête. Non, Iza, je ne prendrai rien du tout. Je veux un enfant. J’en ai toujours voulu un depuis la naissance d’Uba et je n’aurais jamais cru cela possible.
— Mais, Ayla, ça va porter malheur à l’enfant ! Il pourrait naître anormal.
— Mais non, tu verras, je ferai très attention. Ne dis-tu pas qu’un totem puissant contribue, après sa défaite, à favoriser une heureuse naissance ? Iza, il faut absolument que je garde cet enfant. Mon totem ne sera peut-être plus jamais vaincu. Je dois saisir cette chance !
Pour la première fois depuis longtemps, Iza perçut dans le regard implorant de la jeune fille une étincelle de vie. Elle savait qu’elle aurait dû insister pour qu’Ayla absorbe le breuvage, mais elle craignait que la jeune fille ne sombre alors dans une dépression encore plus profonde. Peut-être avait-elle raison, après tout, peut-être était-ce là son unique chance de procréer ?
— Parfait, si tel est ton désir. Mais n’en parle à personne pour l’instant, on le saura bien assez tôt.
— Oh, Iza ! s’écria Ayla en se jetant dans ses bras, le visage illuminé de joie.
Elle sembla retrouver soudain toute son énergie et ne plus tenir en place.
— Maman, que fais-tu à manger pour ce soir ? Laisse-moi t’aider.
— Un ragoût d’aurochs, répondit la guérisseuse, stupéfaite par la transformation soudaine de la jeune fille. Tu peux découper la viande, si tu veux.
Tandis que les deux femmes s’affairaient, Iza réalisa qu’elle avait presque oublié combien la présence d’Ayla lui apportait de joie. La jeune fille recommençait même à s’intéresser aux techniques de la guérisseuse.
— Je ne connaissais pas cet usage du gui, s’étonna-t-elle.
— Il y aura toujours des choses que je ne t’aurai pas dites, Ayla, mais tu en sais déjà assez. La tanaisie fait également l’affaire mais elle est d’un usage plus dangereux. Il faut utiliser toute la plante, les fleurs, les feuilles et les racines, et les faire bouillir. Si tu remplis d’eau cette écuelle jusqu’à hauteur de cette marque et si tu la fais réduire jusqu’à la contenance de ce bol-ci, tu obtiendras une quantité suffisante. Les fleurs de chrysanthèmes se révèlent parfois efficaces et sont beaucoup moins dangereuses que le gui ou la tanaisie, mais le résultat n’est pas garanti. Il est aussi autre chose dont je voudrais t’entretenir, Ayla, poursuivit Iza en s’assurant que Creb ne se trouvait pas dans les parages. Aucun homme ne doit apprendre ce secret, connu des guérisseuses seules. Tu promets de n’en parler jamais à personne, même pas aux autres femmes ?
— Oui, répondit Ayla.
— Je ne pense pas que tu en aies besoin un jour pour toi-même, mais il faut que tu le connaisses, en ta qualité de guérisseuse. Il est parfois souhaitable, après un accouchement difficile, que la femme n’ait plus d’autre enfant. Dans ce cas, la guérisseuse lui donne ce qu’il faut pour cela, sans lui dire de quoi il s’agit. Certaines plantes possèdent la propriété particulière de fortifier le totem d’une femme au point qu’il empêche toute vie de prendre naissance.
— Tu peux donc empêcher une femme de devenir enceinte ? Tu peux donner de la puissance à n’importe quel totem, même à un totem faible ? Et cela même si Mog-ur prépare un charme pour donner de la force au totem de l’homme ?
— Oui, Ayla. C’est pourquoi les hommes ne doivent jamais apprendre ce secret. C’est le sortilège dont je me suis servie moi-même pour inciter mon compagnon, que je n’aimais pas, à me donner à un autre homme. J’espérais qu’il ne voudrait plus de moi si je n’avais pas d’enfant, avoua Iza.
— Mais tu as eu Uba.
— Au bout d’un certain temps, la magie a dû perdre son pouvoir. Ou bien peut-être mon totem n’avait-il plus envie de lutter, ou encore peut-être voulait-il que j’aie un enfant ? Je n’en sais rien. Il existe des forces plus puissantes que la magie, Ayla. Personne ne pourra jamais connaître vraiment le monde des esprits, pas même Mog-ur. Qui aurait cru que ton totem pût s’avouer vaincu ? (Iza jeta un coup d’œil furtif autour d’elle avant de poursuivre.) Vite, que je termine avant le retour de Creb. Tu vois cette petite plante grimpante jaune avec des fleurs et des feuilles toutes petites ?
— Le fil d’or ?
— Exactement. On l’appelle aussi l’herbe-qui-étrangle, parce qu’elle tue la plante autour de laquelle elle s’enroule. Après l’avoir fait sécher, tu en fais bouillir une poignée, dans assez d’eau pour remplir l’écuelle d’os, jusqu’à ce qu’elle ait pris une couleur de foin mûr. Il faut en boire deux gorgées tous les jours durant lesquels ton totem ne se bat pas.
— Ne peut-on également en faire des emplâtres contre les piqûres et les démangeaisons ?
— Mais oui, et cela te fournira un excellent prétexte pour en avoir toujours en réserve. Il y a encore autre chose que l’on peut prendre, mais cette fois, quand ton totem se bat : la racine de sauge, fraîche ou séchée. Il faut la faire en infusion, et en boire une tasse par jour pendant tout le temps de ton isolement.
— N’est-ce pas la plante aux feuilles dentelées que tu donnes à Creb pour ses rhumatismes ?
— Oui, c’est elle. Je connais enfin un autre remède qui m’a été communiqué par la guérisseuse d’un autre clan. Tu sais, nous échangeons nos recettes entre nous. Je n’ai pu l’expérimenter moi-même car il s’agit d’un tubercule qui ne pousse pas dans nos régions. Il faut le couper en morceaux, le faire bouillir et l’écraser en pâte, que l’on réduit en poudre une fois séchée. Mais il faut en prendre une assez grande quantité, une moitié de bol de poudre délayée dans de l’eau, une fois par jour, pendant tout le temps où ton totem ne se bat pas.
A ce moment-là, Creb entra dans la caverne et surprit les deux femmes en grande conversation. Il se rendit compte au premier regard de la transformation d’Ayla. La jeune fille était à la fois éveillée, attentive et souriante.
Elle a dû se reprendre un peu, pensa-t-il en gagnant son foyer.
— Iza, cria-t-il pour attirer leur attention. Suis-je condamné à mourir de faim, aujourd’hui ?
La guérisseuse se leva précipitamment, l’air contrit, tandis qu’à la grande joie de Creb Ayla s’activait.
— Ce sera bientôt prêt, annonça-t-elle.
Et tandis qu’il s’installait sur sa natte, Uba fit irruption dans la caverne.
— J’ai faim ! s’exclama-t-elle.
— Toi, tu as toujours faim, Uba, dit Ayla en faisant tournoyer la petite fille.
Uba était aux anges ; c’était la première fois de tout l’été qu’Ayla était d’humeur à jouer avec elle.
Plus tard, après le dîner, Uba se pelotonna sur les genoux de Creb. Ayla chantonnait tout doucement en aidant Iza à faire le nettoyage. Le vieux sorcier poussa un soupir d’aise. Les garçons sont très importants pour le clan, pensa-t-il, mais je crois que je préfère les filles. Au moins, elles n’ont pas besoin de démontrer leur bravoure à tout bout de champ et ne craignent pas de se blottir dans vos bras pour s’endormir.