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Le clan de l'ours des cavernes

Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:

Il y a 35.000 ans, la terre se réchauffe lentement, alors que l’homme se dégage peu à peu de la bête, maîtrise l’outil et le feu. Une fillette de 5 ans, nommée Ayla, échappe à un tremblement de terre. Elle se réfugie auprès d’un clan étranger qui l’adopte.
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Mais Iza se gardait bien d’aborder ce sujet. Parvenues à l’âge d’Ayla, la plupart des jeunes femmes se sentaient déjà attirées par un jeune homme en particulier. Ni la fille ni la mère n’avaient leur mot à dire dans l’histoire, mais cette dernière pouvait dans une certaine mesure s’en ouvrir à son compagnon qui, s’il le jugeait bon, pouvait à son tour en parler au chef auquel revenait la décision finale. Et si rien ne s’y opposait, le chef accédait aux désirs de la jeune femme.

Mais tous les jeunes gens du clan possédaient déjà un foyer, et même si tel n’avait pas été le cas, Iza demeurait persuadée que personne n’aurait voulu prendre Ayla pour compagne. Quant à la jeune fille, aucun homme ne l’intéressait, et elle n’y avait jamais pensé avant qu’Iza lui en parlât. Mais elle devait s’en préoccuper plus tard.

Par un beau matin de printemps, Ayla se rendit à la mare pour y remplir une outre. Personne n’était encore sorti. S’étant mise à genoux, elle se pencha vers l’eau, l’outre à la main, et s’arrêta soudain, pétrifiée d’horreur. Comme elle puisait de préférence l’eau à la rivière, et n’allait à la mare que lorsqu’elle était pressée, Ayla n’avait jamais eu l’occasion de voir son reflet sur la surface lisse du bassin.

La jeune femme observa attentivement son visage. Il était plutôt anguleux, terminé par des maxillaires très prononcés, mais adouci par la rondeur des hautes pommettes, et soutenu par un cou lisse. Une légère fossette creusait son menton, ses lèvres étaient charnues et son nez droit et fin. Ses grands yeux gris-bleu étaient rehaussés de longs cils un ton plus foncé que ses longs cheveux blonds, tombant en cascade sur ses épaules et brillant dans les rayons du soleil. L’arc de ses sourcils délicatement dessinés soulignait la courbe de son front. Quittant précipitamment la mare, Ayla se rua vers la caverne.

— Ayla, que se passe-t-il ? lui demanda Iza en la voyant bouleversée.

— Oh, maman ! Je me suis vue dans la mare. Pourquoi suis-je si laide ? répondit-elle sur un ton pathétique, avant de fondre en larmes.

Aussi loin que remontaient ses souvenirs, Ayla n’avait jamais vu personne d’autre que les membres du clan et son aspect provoqua en elle un choc douloureux.

— Ayla, Ayla, calme-toi, dit Iza en la serrant contre elle.

— Je ne savais pas que j’étais si vilaine, maman. Pourquoi suis-je si laide ?

— Mais tu n’es pas si vilaine que ça, Ayla. Tu es différente, c’est tout.

— Je suis laide ! Je suis laide ! répondit Ayla avec entêtement. Regarde-moi ! Je suis trop grande, je suis plus grande que Broud et Goov, je suis presque aussi grande que Brun ! Et je suis laide. Je suis grande et laide. Je n’aurai jamais de compagnon, personne ne voudra de moi ! s’écria-t-elle en redoublant de sanglots.

— Ayla, arrête ! lui ordonna Iza. Tu n’y peux rien changer. Tu n’es pas née au sein du clan, tu es née chez les Autres et tu leur ressembles. Tu dois te faire à cette idée. S’il est vrai que tu ne puisses jamais trouver de compagnon, tu dois te faire à cela aussi. Mais on ne sait jamais... Tu seras bientôt guérisseuse et tu ne seras pas sans statut ni sans valeur.

« Le Rassemblement du Clan se tiendra l’été prochain, il se pourrait fort bien que tu y rencontres un compagnon. Il ne sera peut-être ni jeune ni d’un rang très élevé, mais il sera ton compagnon. Zoug te tient en grande estime ; il a déjà prié Creb de te recommander auprès des autres clans. N’oublie pas que nous ne sommes pas le seul clan au monde, et qu’il existe d’autres hommes que ceux que tu connais.

— Zoug a dit ça ? Malgré ma laideur ? s’étonna Ayla dont les yeux brillèrent d’une lueur d’espoir.

— Exactement. Avec sa recommandation et le rang que je vais te transmettre, je suis certaine qu’il se présentera un homme pour t’accepter.

— Mais je ne serai pas obligée de m’en aller au moins ? demanda Ayla dont le sourire fugace avait disparu. Je ne veux pas vous quitter, ni toi, ni Creb, ni Uba.

— Écoute, Ayla, je suis vieille. Creb n’est plus très jeune lui non plus, et d’ici quelques années, Uba sera en âge de vivre dans le foyer d’un homme. Que feras-tu alors ? Brun passera bientôt le pouvoir à Broud et je ne suis pas sûre que ce jour-là tu souhaiteras rester parmi nous. Profite du Rassemblement du Clan pour trouver le moyen de t’en aller à temps.

— Je crois que tu as raison. Je ne pourrais jamais supporter de vivre ici quand Broud sera le chef. Mais il me reste encore une année entière pour y penser, je ne vais pas m’inquiéter d’ici là !

Une année entière, pensa Iza. Ayla, ma pauvre enfant. Peut-être faudrait-il que tu aies mon âge pour savoir combien passe vite une année. Tu ne veux pas me quitter. Mais tu ne sais pas combien tu me manqueras. Si seulement il y avait dans le clan un homme disposé à te prendre pour compagne ! Si seulement Broud n’était pas destiné à devenir chef !

Mais Iza ne laissa pas deviner ses pensées. Ayla se frotta les yeux et retourna puiser de l’eau à la mare. Cette fois elle évita de regarder son reflet.

Un peu plus tard dans l’après-midi, Ayla, à la lisière du bois, observait de loin la caverne devant laquelle travaillaient et bavardaient plusieurs personnes. Elle disposa convenablement les deux lapins jetés en travers de son épaule, sortit sa fronde d’un repli de son vêtement pour se l’attacher à la taille, bien en vue, et, quelque peu nerveuse, elle se dirigea droit vers la caverne, la tête haute.

Brun a dit que j’avais le droit de chasser à la fronde, se dit-elle pour se rassurer. Je suis un chasseur, la Femme-Qui-Chasse.

Pendant un long moment, tous les regards se tournèrent vers la jeune fille qui, les joues en feu, passa son chemin et pénétra dans l’ombre accueillante de la caverne. Sa première surprise passée, Iza détourna les yeux sans rien dire. Creb semblait méditer, assis sur sa fourrure, mais il l’avait vue entrer et il s’abstint également de toute remarque quand elle déposa les deux lapins près du feu. Ce fut Uba qui, accourant de toute la vitesse de ses petites jambes, rompit le silence.

— C’est toi qui les as tués, toi toute seule ? demanda-t-elle.

— Oui, c’est moi, répondit Ayla.

— Ils ont l’air bien gras. On va les manger ce soir, maman ?

— Euh, oui, j’imagine... bafouilla Iza, encore sous le choc.

— Je vais les dépecer, s’empressa d’ajouter Ayla en sortant son couteau.

— Non, Ayla. Tu les as tués, c’est à moi de les dépecer, déclara Iza qui, après un instant d’hésitation, lui prit le couteau des mains. Lorsque la jeune femme rapporta le produit de sa chasse la fois suivante, l’émoi fut déjà moindre et tout le monde s’habitua bientôt à cet état de fait. Creb comptait désormais un chasseur dans son foyer, et la part qu’il prélevait sur la chasse des autres s’en trouva réduite, à l’exception toutefois des animaux de grande taille que les hommes tuaient à la lance.

Ayla ne chôma pas ce printemps-là. Outre ses activités de chasseur, il lui fallait toujours accomplir sa part de travail féminin, et ramasser des herbes pour Iza. Mais elle aimait cette vie et se sentait plus dynamique et heureuse que jamais, heureuse de pouvoir chasser ouvertement, heureuse de vivre de nouveau au sein du clan, heureuse enfin d’être une femme et de se lier plus étroitement d’amitié avec les autres femmes.

Ebra et Uka l’avaient acceptée. Ika s’était toujours montrée amicale et l’attitude d’Aga et de sa mère avait changé du tout au tout depuis le sauvetage d’Ona. Ovra était devenue une confidente et quant à Oga, elle était, malgré l’hostilité de Broud, mieux disposée à son égard. En revanche, la haine de Broud envers Ayla avait encore grandi après son admission parmi les chasseurs, et il cherchait par tous les moyens à la persécuter. Ayla ne s’en émouvait plus et elle en était arrivée à penser que rien venant de lui ne pourrait jamais plus l’affecter.

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