Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
— Qu’est-ce qui te fait croire que je suis nerveux ? J’essaye simplement de ne rien oublier et de réfléchir un peu, rétorqua-t-il d’un air penaud.
— Ne rien oublier ? Mais ça fait des années que tu es mog-ur, et il n’est pas une cérémonie que tu ne puisses célébrer les yeux fermés. Laisse-moi te préparer une tisane.
— Non, non, je n’en ai pas besoin. Où est Ayla ?
— Elle est sortie pour chercher des tubercules, pourquoi ?
— Pour savoir, répliqua Creb en se rasseyant.
Quelques instants plus tard, Brun se présenta au foyer de Creb et lui fit signe de le rejoindre au fond de la caverne. Mais que peuvent-ils bien manigancer ? se demanda Iza, perplexe.
— C’est maintenant ? demanda le chef quand ils se retrouvèrent à l’endroit qu’il avait dégagé. Tout est prêt ?
— Tout est prêt, mais je crois que le soleil devrait être plus bas.
— Comment ça, tu crois ? Tu m’as dit que tu savais parfaitement ce qu’il fallait faire, que tu avais médité et retrouvé le souvenir de cette cérémonie, dit Brun, réprobateur.
— J’ai médité, rétorqua Mog-ur. Mais ce que j’ai vu se passait il y a si longtemps. Il n’y avait pas de neige. Je sais seulement que le soleil était bas.
— Pourquoi ne m’en as-tu rien dit ? Si tu n’es pas sûr du déroulement de la cérémonie, on ferait mieux de tout arrêter.
— J’ai déjà parlé aux esprits. Les pierres sont en place. Ils nous attendent.
— Je n’aime pas non plus cette idée de bouger les pierres. Nous aurions peut-être mieux fait de célébrer dans la petite grotte. Es-tu certain que les esprits ne sont pas mécontents qu’on les déplace ainsi, Mog-ur ?
— Nous avons déjà discuté de cela, Brun. Nous avons bougé les pierres parce qu’il était risqué de convier les Esprits Séculaires dans la demeure des esprits de nos totems. Ils auraient peut-être eu envie d’y rester.
— Mais qui nous garantit que les Esprits Séculaires repartiront ? C’est trop dangereux, Mog-ur. On devrait tout annuler.
— Ils resteront peut-être un moment, dit Mog-ur, mais ils s’en iront quand ils verront qu’il n’y a pas de place pour eux. Nos totems leur demanderont de partir. Mais la décision t’appartient. Si tu veux tout annuler, je ferai de mon mieux pour apaiser les esprits. Ce n’est pas parce qu’ils s’attendent à ce qu’on tienne une cérémonie que nous sommes obligés de la célébrer.
— Non, non, finalement je préfère qu’on aille jusqu’au bout. Je ne tiens pas à contrarier les esprits. Et puis les hommes aussi ne seraient pas contents.
— C’est toi le chef, Brun.
— Es-tu sûr que nos totems n’en prendront pas ombrage ?
— Rien n’est jamais sûr, Brun, répondit Mog-ur, qui comprenait l’inquiétude du chef. Nous ne sommes que des hommes. Mais tu l’as dit toi-même, nous avons été chanceux jusqu’ici. Cela signifie que les esprits de nos totems sont satisfaits. S’ils ne l’étaient pas, crois-tu que nous aurions eu autant de chance ? Combien de fois un clan a-t-il tué un mammouth sans perdre un seul homme ? Même le petit Brac en est revenu sain et sauf, Brun.
Le chef considéra longuement le visage empreint de gravité du sorcier, et dans ses yeux se remit à briller une lueur de ferme résolution.
— Je vais chercher les hommes, dit-il.
On avait interdit aux femmes de s’approcher du fond de la grotte et même de regarder dans cette direction. Quand Iza vit Brun appeler ses hommes, elle fit comme si de rien n’était. Leurs manigances ne la regardaient pas, mais un pressentiment lui fit relever la tête juste au moment où deux hommes, le visage peint à l’ocre rouge, se précipitaient sur Ayla.
La fillette ne s’était rendue compte de rien, tout occupée à déballer le contenu de ses paniers, à l’autre bout de la caverne. La brutale apparition des deux hommes, et tout particulièrement la présence du chef, la fit sursauter.
— Pas un bruit, pas de résistance, lui signifia par gestes Brun.
Elle ne commença à s’inquiéter réellement qu’au moment où ils lui bandèrent les yeux et la soulevèrent dans leurs bras.
En voyant arriver Brun et Goov chargés de leur fardeau, les autres hommes ressentirent un pincement d’angoisse. Eux aussi ignoraient tout de la cérémonie qui allait se dérouler. Mog-ur s’était contenté de leur intimer silence lorsqu’ils avaient pris place en cercle autour des pierres que le sorcier avait apportées de la grotte sacrée. Et il n’eut pas besoin de réitérer son ordre quand il tendit à chacun deux ossements d’ours à croiser sur leur poitrine. Le danger devait être grand s’il leur fallait recourir à une telle protection.
Brun fit asseoir la fillette au centre du cercle, face à Mog-ur, et prit place derrière elle. Au signal du sorcier, il lui ôta son bandeau. La lueur des torches éblouit Ayla, lui révélant progressivement Mog-ur, assis derrière un crâne d’ours, et les autres hommes protégés par les os croisés. Atterrée, elle se recroquevilla sur le sol, tremblante de peur.
— Pas un mot, pas un geste ! l’avertit Mog-ur.
Les yeux écarquillés, elle vit le sorcier se lever pesamment et accomplir les signes rituels destinés à s’attirer la protection d’Ursus et des esprits totémiques. Elle connaissait bien le vieil homme, l’infirme aux gestes gauches, claudiquant à chaque pas, lourdement appuyé sur son bâton. Mais l’homme qui se dressait devant elle avait perdu toute maladresse. Mog-ur s’était transformé en un éloquent orateur aux gestes persuasifs. Il ne déployait jamais autant de grâce et d’assurance que lorsqu’il communiquait avec les puissances surnaturelles.
— O Esprits Séculaires que nous n’avons pas invoqués depuis l’aube de l’humanité, écoutez-nous ! Nous vous appelons pour vous rendre hommage et implorer votre protection. O puissants Esprits, si vénérables que vos noms ne sont qu’un chuchotement dans notre mémoire, éveillez-vous et laissez-nous vous honorer. Nous voulons offrir un sacrifice à vos cœurs séculaires. Écoutez-nous, nous vous appelons.
« Esprit du Vent, Ooooha ! Esprit de la Pluie, Zheena ! Esprit des Brouillards, Eecha ! Prêtez-nous attention et soyez indulgents. L’un d’entre vous se trouve aujourd’hui parmi nous. Le Grand Lion des Cavernes en a décidé ainsi.
C’est de moi qu’il parle, comprit soudain Ayla, qui tremblait de peur. Pourquoi me font-ils participer à cette cérémonie ? Et qui sont ces esprits ? Je n’en ai jamais entendu parler. C’est étrange qu’ils portent des noms féminins ; je croyais que les esprits protecteurs étaient masculins.
Les hommes assis autour d’elle n’avaient jamais eu connaissance de ces anciens esprits que Mog-ur invoquait. Pourtant leurs noms réveillaient en eux de lointains souvenirs enfouis au fond de leur mémoire.
— O Esprits Séculaires, poursuivit Mog-ur, vos voies sont impénétrables, nous ne sommes que des humains ignorant la raison pour laquelle cette fille a été choisie par le plus puissant d’entre vous. Il l’a défendue contre les malins et nous l’a rendue pour se faire connaître de nous. O puissants Esprits du Passé, si nous vous avons longtemps négligés, nous vous vénérerons désormais en honneur de celle qui se trouve aujourd’hui parmi nous. Nous vous supplions de l’accueillir et de la protéger ainsi que son clan. (Puis se tournant vers Ayla :) Qu’on me l’amène, ordonna-t-il.
Ayla se sentit soulevée de terre et déposée devant le vieux sorcier. Se retenant de crier quand Brun lui tira la tête en arrière par les cheveux, elle vit du coin de l’œil Mog-ur brandir un long couteau au-dessus de son visage révulsé de peur et manqua de s’évanouir quand l’arme plongea vers sa gorge offerte.