Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Alvin le faiseur #4
- Год: 2003
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-042703-X
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
— La foire du comté avait lieu en plein jour, pas la nuit, dit En-Vérité en espérant ne pas faire erreur.
— Arguties ! » s’écria Webster. Mais son interruption n’aida en rien la fille qui se troubla davantage.
« Si vous le voyez deux fois par semaine, mademoiselle Sump, vous n’attendez sûrement pas que la foire du comté vous en donne l’occasion, quand même ? demanda En-Vérité.
— Non, ça, c’était jusse un coup, la seule fois. Les autres…»
En-Vérité attendit sans rien dire : pas question de lui faciliter les choses en meublant le silence.
« Il vient dans ma chambre, sans faire de bruit. Il passe à travers les murs. Après, y m’fait sortir tout pareil, sans faire de bruit, à travers les murs. Et pis on court avec le chant rouge jusque là où y m’donne son amour au clair de lune.
— Ce doit être une aventure étonnante, fit En-Vérité. Votre amant apparaît à votre chevet, il vous soulève, vous fait passer à travers les murs et vous emporte en un instant à des milles et des milles de là, dans un cadre idyllique où vous vous étreignez passionnément au clair de lune. Vous êtes en chemise de nuit. Vous n’avez pas froid ?
— Des fois, mais il réchauffe l’air autour de moi.
— Et les nuits sans lune ? Comment voyez-vous ?
— Il… il fait d’la lumière. On arrive tout l’temps à voir.
— Voilà un amant capable de grands miracles. Tout ça m’a l’air très romantique, vous ne trouvez pas ?
— Oui, c’est vrai, très, très romantique, reconnut Amy.
— Comme un rêve, dit En-Vérité.
— Oui, comme un rêve.
— Objection ! s’écria Webster. Le témoin est une enfant, elle ne se rend pas compte que l’avocat de la défense risque de mal interpréter sa comparaison ! »
Amy était tout embrouillée à présent.
« Qu’esse j’ai dit ?
— Je vais vous poser la question clairement, reprit En-Vérité Cooper. Mademoiselle Sump, ne serait-il pas possible que vos souvenirs d’Alvin sortent d’un rêve ? Que vous ayez tout rêvé, votre amour avec un jeune homme fort et fascinant mais trop âgé pour faire seulement attention à vous ? »
Elle comprenait maintenant l’objection de Webster, et son regard se glaça. Elle sait, se dit En-Vérité.
Elle sait qu’elle ment, elle ne s’abuse pas, elle sait exactement ce qu’elle fait, et elle m’en veut à mort de la prendre en défaut, même un petit peu. « Mon bébé, c’est pas un rêve, monsieur, lui lança-t-elle. J’ai jamais entendu dire qu’les rêves, ça f’sait des bébés aux filles.
— Non, moi non plus, je n’ai jamais entendu parler de ce genre de rêves. Oh, à propos, la foire du comté, c’était quand ?
— Y a trois semaines.
— Vous y êtes allée avec vos parents ? »
Webster l’interrompit pour savoir quel rapport il y avait avec l’affaire.
« Elle a donné la foire du comté comme exemple précis d’une rencontre avec Alvin », expliqua En-Vérité lorsque le juge lui posa la question. Le juge lui enjoignit de poursuivre. « Mademoiselle Sump, dit l’Anglais, racontez-moi comment vous vous êtes libérée pour voir Alvin à la foire. Vous vous y étiez fixés rendez-vous ?
— Non, c’était… Il est jusse v’nu comme ça.
— En plein jour. Et personne ne l’a reconnu ?
— Y a qu’moi qui l’ai vu, par le fait. C’est… Il connaît comment faire ça.
— Oui, nous commençons à comprendre, lorsqu’il s’agit de passer un moment avec vous, qu’Alvin Smith est capable des miracles les plus étonnants. »
Webster objecta. En-Vérité s’excusa et reprit son interrogatoire. Mais il se sentait sur la bonne voie. Ce qui rendait l’histoire d’Amy aussi crédible, c’était les détails qu’elle ajoutait. Quand il s’agissait d’événements qui ne s’étaient pas produits, les détails devenaient vagues et charmants, mais elle ne les inventait pas, il paraissait évident qu’elle avait fait de tels rêves, du moins des rêves éveillés. Elle racontait de mémoire.
Pourtant sa mémoire devait garder d’autres souvenirs : ceux des instants passés avec le vrai père de l’enfant qu’elle portait. Et l’avocat avait dans l’idée que l’allusion d’Amy à la foire du comté, laquelle allusion ne cadrait pas du tout avec le modèle qu’elle avait proposé de ses rendez-vous nocturnes avec Alvin, était liée à cette rencontre réelle. S’il arrivait à lui faire ressortir ces souvenirs-là…
« Alors, vous étiez seule à le voir. J’imagine que vous êtes partie avec lui ? Puis-je vous demander où ?
— Sous l’rabat d’la tente du spectacle de monstres. Derrière la femme-éléphant.
— Derrière la femme-éléphant, répéta En-Vérité. Un coin discret. Mais… pourquoi là ? Pourquoi Alvin ne vous a-t-il pas emportée à toute vitesse dans la forêt ? Dans un pré solitaire au bord d’un ruisseau limpide ? J’imagine que vous ne deviez guère vous sentir à l’aise… Dans la paille, peut-être, ou même par terre, dans le noir…
— C’est comme ça que l’voulait Alvin, dit-elle. J’connais pas pourquoi.
— Et combien de temps avez-vous passé derrière la femme-éléphant ?
— À peu près cinq minutes. »
En-Vérité haussa un sourcil. « Pourquoi autant se dépêcher ? » Puis, avant que Webster puisse objecter, il lança la question suivante : « Alors Alvin s’est échappé de la prison du comté de Hatrack en plein jour, a fait tout le trajet jusqu’à Vigor Church à l’autre bout de l’État de la Wobbish afin de passer cinq minutes avec vous derrière la femme-éléphant ? »
Webster reprit la parole. « Comment exiger de cette jeune fille qu’elle connaisse les motivations du défendeur pour toutes les extravagances auxquelles il risque de se livrer ?
— C’était une objection ? demanda le juge.
— Aucune importance, dit En-Vérité. J’en ai terminé avec elle pour l’instant. » Et cette fois il laissa transparaître un peu de mépris dans sa voix. Que les jurés voient donc qu’il n’avait plus d’égards pour cette fille. Il n’avait pas démoli son témoignage, mais il avait jeté les bases du doute.
Il était trois heures de l’après-midi. Le juge ajourna l’audience au lendemain.
Alvin et En-Vérité dînèrent dans la cellule ce soir-là ; ils discutèrent de ce qui risquait de se passer le lendemain, et de ce qui devrait se passer pour qu’on l’acquitte. « Ils n’ont en réalité rien prouvé au sujet de Conciliant, dit l’avocat. Tout ce qu’ils font, c’est tenter de démontrer que vous avez l’habitude de mentir ; ils espèrent effacer tous les doutes raisonnables que les jurés pourraient nourrir en votre faveur dans l’histoire du soc. Le pire, c’est qu’à chaque étape Webster et Laws ont joué avec moi comme avec une harpe. Ils m’ont piégé, j’amenais dans mon contre-interrogatoire une idée sur laquelle ils comptaient, et hop ! ça leur donnait l’occasion de citer un autre témoin, sans rapport avec l’affaire, mais qui noircissait votre réputation.
— Alors, ils connaissent mieux qu’vous les ruses juridiques des tribunaux américains, dit Alvin. Vous, vous connaissez la loi. Vous connaissez comment les affaires s’adaptent entre elles.
— Vous ne comprenez pas, Alvin ? Webster se moque que vous soyez condamné ou non ; ce qui l’intéresse, ce sont les articles que les journaux passent sur ce procès. Et qui ternissent votre réputation. Vous ne vous en relèverez jamais.
— P’t-être pas jamais, tout d’même.
— Des articles pareils ne disparaissent pas. Même si nous parvenons à trouver l’homme qui a mis cette fille enceinte…
— Oh, j’connais qui c’est, fit Alvin.