Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Alvin le faiseur #4
- Год: 2003
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-042703-X
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
— Quoi ? Comment avez-vous pu…
— Matt Thatcher. Il a deux ans d’moins qu’moi, mais nous autres, les gars, on l’connaît tous à Vigor. Un bon-rien d’la pire espèce ; quand j’étais là-bas l’année passée il arrêtait pas d’clamer qu’aucune fille pouvait lui résister. Souventes fois, fallait qu’un bougre lui flanque une rinçure par rapport qu’il avait dit des affaires sur sa sœur. Mais après la foire du comté de l’année passée, il racontait qu’il avait planté sa racine dans cinq filles différentes, sous la tente des monstres de foire, derrière la femme-éléphant.
— Mais ça remonte à plus d’un an.
— Un bougre comme Matt Thatcher, ç’a pas des masses d’imagination, En-Vérité. S’il a trouvé un coin où ç’a marché une fois, il y est r’tourné. Mais ça veut p’t-être rien dire, par rapport qu’il a jamais donné l’nom d’une seule fille qu’il aurait eue l’année passée, alors on s’est tous dit qu’il avait trouvé l’coin et qu’il espérait dénicher une fille pour l’y emmener. D’après moi, il a fini par y arriver cette année. »
En-Vérité se pencha en arrière sur son tabouret et sirota sa chope de cidre chaud. « Une chose m’intrigue : Webster a dû trouver Amy Sump quand il est allé à Vigor Church, longtemps avant que moi, j’y passe. Avant la foire du comté, même. Elle ne devait pas être enceinte à ce moment-là. »
Alvin sourit et hocha la tête. « Je l’vois d’icitte dire aux parents à Amy : “Ma foi, c’est une chance qu’elle n’ait pas d’enfant. D’un autre côté, si elle en avait, à mon avis, Alvin serait forcé d’arrêter de voyager”. Elle, elle écoute et va s’faire mettre en famille par le pus grand couillon du comté, çui-là qu’attendait qu’ça. »
En-Vérité se mit à rire. « Vous imitez plutôt bien sa voix, dites donc !
— Oh, j’vaux rien en imitations. Fallait entendre Arthur Stuart dans l’temps. Avant…
— Avant ?
— Avant que je l’change, pour qu’les pisteux arrivent pus à l’reconnaître.
— Alors vous n’avez, pas dénaturé leur capsule. Vous avez modifié le garçon lui-même.
— J’l’ai rendu un brin moins Arthur et un brin plusse Alvin. J’en suis pas content. J’aimais bien quand il prenait la voix de tout l’monde. Même celle d’un oiseau rouge. Il y répondait en chantant, à l’oiseau rouge.
— Vous ne pouvez pas le rechanger dans l’autre sens ? Maintenant que la cour a donné son verdict, on ne pourra plus jamais le traîner devant les tribunaux.
— Dans l’autre sens ? J’connais pas. C’était déjà dur de l’changer le premier coup. Et j’suis pas sûr de m’rappeler comment il était avant.
— La capsule sait toujours comment il était, n’est-ce pas ?
— Seulement, j’l’ai pas, la capsule.
— Un problème intéressant. Mais Arthur n’a pas l’air gêné qu’on l’ait modifié, hein ?
— Arthur, c’est un bon p’tit bougre, mais c’qui l’gêne pas asteure, ça pourrait l’gêner dans quèque temps, quand il s’ra assez vieux pour connaître c’que j’y ai fait. » Alvin tambourinait des doigts sur son plat vide à présent. « Faut que j’vous dise, ça va sûrement empirer demain, En-Vérité.
— Comment ça ?
— J’avais pas compris jusqu’à tantôt, jusqu’au moment où Amy a dit que j’me faufilais en dehors d’la prison et tout. Mais asteure, j’connais leur plan. Vialatte Franker est venue icitte, couverte de sortilèges, elle m’a fait approcher tout près d’elle pour que l’même sortilège m’entoure aussi – un “négligez-moi”, et joliment bon. Puis v’là qu’entre Billy Hunter, un des adjoints du shérif, et quand il r’garde dans la cellule, il voit personne. Il s’ensauve en courant quérir le shérif, et quand il s’en r’vient, Vialatte est partie mais moi j’suis là, et j’ai beau leur dire que j’suis allé nulle part, Billy Hunter connaît c’qu’il a vu – ou c’qu’il a pas vu –, alors ils vont l’amener au tribunal, et Vialatte aussi. Vialatte aussi.
— Ils ont donc un témoin pour corroborer que vous avez effectivement quitté votre cellule pendant votre incarcération.
— Et Vialatte va sûrement tout raconter. Tout l’monde connaît qu’elle passe son temps à bagueuler. Dame Trader la déteste affreux, et Horace Guester de même. Elle s’prend aussi pour une beauté, mais les sortilèges qu’elle use pour ça, ils marchent pus sus moi. Arthur Stuart, lui, il l’a vue, en tout cas…
— J’étais là quand Arthur vous en a parlé. L’histoire de la salamandre.
— C’est pas une salamandre ordinaire. En-Vérité. C’est l’Défaiseur. J’ai déjà eu affaire à lui. Il me tombait d’sus plus directement. Y avait un tremblement dans l’air, et il était là. Il essayait d’me mettre la main d’sus, de m’diriger. Mais je m’laissais pas prendre, j’construisais quèque affaire – un ’tit panier en brins d’herbes – et il s’en allait. Asteure, j’inventerais plutôt quèques vers idiots ou une chanson et j’apprendrais ça par cœur pour le r’pousser. Mais voilà, l’Défaiseur, il a une manière d’apparaître sous des formes différentes aux genses. Y avait un pasteur à Vigor Church, le révérend Philadelphia Thrower : il a vu l’Défaiseur sous la forme d’un ange, seulement c’était un ange mauvais, et un coup… Bah, c’est sans importance. Armure-de-Dieu l’a vu, lui, pas moi. Avec Vialatte, l’Défaiseur manigance un genre de sortilège, et Vialatte voit… quèqu’un. Quèqu’un qui lui cause et lui dit des affaires. Mais qui transmet en réalité les mots du Défaiseur. Vous connaissez ce qu’a vu Arthur. La Peg Guester, la seule mère qu’il a connue. L’Défaiseur apparaît sous la forme d’une personne en qui on a confiance, qui satisfait les rêves les plus chers, mais du coup il déforme tout. Ça fait que sans comprendre, on s’met à détruire tout et tout l’monde à l’entour. Dans mon cas, pas b’soin de r’garder du côté de Webster pour connaître d’où vient la conspiration. Çui qui relie tout l’monde, c’est l’Défaiseur. Il a rassemblé Amy Sump, Vialatte Franker, Conciliant Smith, Daniel Webster, et… aucun croit faire quèque chose de mal. Amy doit s’figurer qu’elle m’aime vraiment. P’t-être aussi Vialatte. Conciliant a dû finir par s’persuader que l’soc est à lui. Sûrement que Daniel Webster m’prend vraiment pour un coquin. Mais…
— Mais le Défaiseur arrange tout pour vous détruire. »
Alvin approuva de la tête.
« Alvin, ça ne tient pas debout, dit En-Vérité. Si le but du Défaiseur, c’est réellement de tout Défaire, alors comment peut-il échafauder un plan aussi complexe ? Ça revient un peu à une œuvre de Faiseur, non ? »
Alvin s’allongea sur sa couchette et siffla un moment. « C’est vrai, reconnut-il.
— Le Défaiseur Fait parfois des choses, alors ?
— Non. Non, l’Défaiseur peut rien Faire. Il peut pas. Il prend jusse c’qui existe déjà, il le tord, il le plie et il le casse. Je m’suis trompé. L’Défaiseur est derrière tous ces genses, mais s’ils font partie d’un plan, alors c’est un autre qui l’manigance. Un autre qu’on connaît pas. »
En-Vérité gloussa. « Je crois que nous tenons déjà la réponse, dit-il. Votre supposition à propos de Daniel Webster. Il découvre Amy Sump pendant qu’il fouine à Vigor Church, à la recherche de toutes sortes de ragots sur vous. Elle ne faisait partie d’aucun plan, il s’agissait seulement d’une fille qui commençait à prendre ses rêves éveillés pour la réalité. Mais il lui met alors en tête l’idée de tomber enceinte et celle de témoigner contre vous pour vous rogner les ailes et vous forcer à rentrer au pays. Le reste, elle s’en charge toute seule, c’est son propre plan, le Défaiseur n’a rien à lui apprendre. Ensuite, Daniel Webster vient ici, à Hatrack, et bien entendu il tombe sur la commère locale en cherchant d’autres ragots sur vous. Vialatte Franker vous connaît à peine, mais elle connaît la vie de tous les villageois, et Webster et elle discutent souvent ensemble. Il laisse échapper que l’histoire d’Amy Sump passera pour les vulgaires délires d’une jeune fille rêveuse mais lascive, à moins de trouver une preuve que vous sortez effectivement de votre cellule. Vialatte bâtit alors son propre plan, et le Défaiseur n’a plus qu’à l’encourager et attendre.