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La face des eaux [The Face of the Waters - fr]

Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:

Hydros est une planète-océan où vivent en bonne intelligence les Gillies, premiers habitants de ce monde, et quelques humains, sur des îles flottantes construites par les Gillies.
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
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Il chassa ces pensées troublantes. Ce n’était que vaine imagination… Sundira et lui avaient passé leur jeunesse à des milliers de kilomètres et à de nombreuses années de distance. Et même si les choses s’étaient passées de cette manière, même s’ils avaient construit sur Sorve quelque chose de durable, tout aurait été détruit par l’expulsion de l’île. Tous les chemins menaient à cet exil flottant, à cette coquille de noix perdue dans l’immensité de la Mer Vide.

L’esprit investigateur de Sundira avait fini par provoquer un grave scandale. À l’époque, son père était encore maire, elle avait un peu plus de vingt ans et vivait seule, un peu en marge de la communauté humaine de Khamsilaine, et elle fréquentait les Habitants autant qu’ils le lui permettaient.

— C’était pour moi une sorte de défi intellectuel. Je voulais apprendre tout ce qu’il était possible d’apprendre sur le monde. Et cela passait par la connaissance des Habitants. J’étais sûre qu’il y avait là quelque chose d’important, quelque chose qu’aucun humain ne voyait.

Comme elle parlait couramment le langage des Habitants, un talent très rare à Khamsilaine, à ce qu’il semblait, son père l’avait nommée ambassadrice auprès des Habitants et tous les contacts entre les deux communautés passaient par son entremise. Sundira partageait son temps entre le village des Habitants, au sud de son île, et l’autre partie réservée aux humains. Selon l’habitude de leur race, la plupart des Habitants toléraient tout juste sa présence. Certains lui étaient franchement hostiles, mais d’autres avaient avec elle une attitude presque amicale. Sundira avait parfois le sentiment de connaître ces derniers en tant qu’individus et non comme les énormes, menaçantes et mystérieuses créatures indifférenciées qu’ils étaient le plus souvent aux yeux des humains.

— Notre erreur, à eux comme à moi, fut justement d’établir des relations trop étroites. J’ai abusé de cette intimité. Certaines scènes auxquelles j’avais assisté quand j’étais plus jeune, du temps où je les épiais avec Tomas, me sont revenues en mémoire. J’ai posé des questions. On m’a fait des réponses évasives, des réponses qui ont piqué ma curiosité. J’ai donc décidé qu’il me fallait recommencer à les épier.

Quoi que Sundira eût surpris dans les lieux de réunion secrets des Gillies, elle semblait incapable d’en communiquer la nature à Lawler. Peut-être était-ce dans un souci de discrétion, peut-être parce qu’elle n’en avait pas assez vu pour tout comprendre. Elle fit allusion à des cérémonies et des communions, des rites et des mystères, mais le flou de ses descriptions semblait plutôt provenir de ses propres perceptions que d’un refus de partager avec lui ce qu’elle savait.

— Je suis retournée dans les endroits où j’étais allée avec Tomas une dizaine d’années auparavant, mais, cette fois, je me suis fait surprendre. J’ai cru qu’ils allaient me tuer. Finalement, ils m’ont conduite auprès de mon père et c’est à lui qu’ils ont donné l’ordre de me tuer. Il leur a promis de me noyer et ils ont semblé accepter ce châtiment. Nous sommes partis dans une barque de pêche et j’ai sauté par-dessus bord. Mais il avait pris ses dispositions pour qu’un navire de Simbalimak m’attende sur l’arrière de l’île. J’ai nagé pendant trois heures avant de trouver ce bâtiment et je ne suis jamais retournée à Khamsilaine. Je n’ai jamais revu mon père et je ne lui ai jamais reparlé.

— Alors, toi aussi, dit Lawler en effleurant sa joue de la main, tu as une idée de ce que peut être l’exil.

— Oui, j’en ai une idée.

— Et tu ne m’avais jamais rien dit.

— À quoi bon ? fit-elle en haussant les épaules. Tu souffrais tellement. Te serais-tu senti mieux si je t’avais expliqué que, moi aussi, j’avais été obligée de quitter mon île natale ?

— Peut-être.

— Je me le demande, dit-elle.

Un ou deux jours plus tard, ils se retrouvèrent dans la cale et, après l’amour, elle lui parla encore de son passé. D’abord une année à Simbalimak : une liaison amoureuse assez sérieuse dont elle avait déjà fait mention et de nouvelle tentatives pour percer les secrets des Gillies qui s’étaient terminées d’une manière presque aussi désastreuse que ses manœuvres d’espionnage à Khamsilaine. Puis elle avait poursuivi son chemin et elle avait quitté la Mer d’Azur pour gagner l’île de Shaktan. Lawler ne savait pas très bien si elle avait quitté Simbalimak sous la pression des Gillies ou parce que sa liaison s’en était allée à vau-l’eau, et il préférait ne pas poser de questions.

De Shaktan à Velmise, de Velmise à Kentrup et finalement de Kentrup à Sorve ; une vie instable et, semblait-il, pas particulièrement heureuse. Il y avait toujours une nouvelle question après la dernière réponse. De nouvelles tentatives pour pénétrer les secrets des Gillies et de nouveaux ennuis ; de nouvelles liaisons qui n’avaient rien donné ; une existence solitaire, fragmentée, vagabonde. Pourquoi était-elle venue à Sorve ?

— Pourquoi pas ? Je voulais quitter Kentrup et Sorve était une destination possible. Elle n’était pas très éloignée et il y avait de la place pour moi. J’y serais restée un certain temps, puis je serais allée voir ailleurs.

— Et tu comptais vivre ainsi le reste de ton existence ? Passer un certain temps quelque part, puis aller voir ailleurs et repartir au bout d’un certain temps ?

— Oui, je suppose.

— Qu’est-ce que tu cherchais ?

— La vérité.

Lawler attendit sans faire de commentaire.

— Je crois toujours au fond de moi qu’il se passe sur cette planète quelque chose dont nous n’avons pas idée. Les Habitants ont une société unitaire. Elle ne varie pas d’une île à l’autre. Et il existe un lien entre chacune de leurs communautés comme entre les Habitants et les plongeurs, les plates-formes et les bouches. Et même entre les Habitants et les poissons-taupe, autant que je puisse en juger. Je tiens à découvrir ce qu’est ce lien.

— Pourquoi cela te tient-il tellement à cœur ?

— C’est sur Hydros que je vais passer le reste de mes jours. N’est-il pas logique de vouloir connaître de son mieux la planète où l’on vit ?

— Tu ne trouves donc rien à redire au fait que Delagard ait détourné le navire de sa route et nous oblige à le suivre ?

— Non. Plus je voyage sur cette planète, mieux je la comprends.

— Tu n’as pas peur d’aller jusqu’à la Face ? De naviguer dans des eaux totalement inexplorées ?

— Non… Si, rectifia-t-elle après un silence, peut-être un peu… Bien sûr que j’ai peur. Mais seulement un peu.

— Si certains d’entre nous essayaient d’empêcher Delagard de mener son projet à bien, accepterais-tu de te joindre à eux ?

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