Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
Les jours se suivaient et se ressemblaient tous. Un soir, après avoir nourri son feu exigeant, Ayla décida de compter les entailles. Elle commença par placer tous ses doigts de la main droite sur chacune des encoches, puis ceux de la main gauche, à nouveau ceux de la main droite et ainsi de suite jusqu’à ce qu’elle les eût toutes recouvertes. C’est hier que mon châtiment a pris fin, constata-t-elle. Demain, je pourrai rentrer à la caverne, mais comment faire avec toute cette neige ?
Quand elle se réveilla le lendemain, elle se précipita pour vérifier le temps qu’il faisait dehors. Mais le blizzard soufflait toujours. Désespérée de ne pouvoir sortir, elle se laissa aller à de sombres pensées. Elle se demanda si Brun n’avait pas entre-temps aggravé sa peine, et ne l’avait pas condamnée à une malédiction éternelle. Se pourrait-il que je ne puisse pas revenir, même si la tempête s’arrêtait ? C’est alors que j’en mourrais pour de bon. Non, je ne pourrai jamais tenir plus d’une lune ici. Elle s’interrogea sur la sentence de Brun. Pourquoi l’avoir maudite pour la durée d’une lune seulement ? Pourquoi cette condamnation temporaire, peu courante dans le Peuple du Clan ? Je ne m’y attendais pas. Mais aurais-je pu revenir si c’était mon corps, et non mon totem, qui avait disparu dans le monde invisible ? De toute façon, rien ne me dit que mon esprit m’ait quittée. Mon totem m’a tout de même bien protégée jusqu’à maintenant. Ce que je sais, c’est que je n’aurais jamais eu une seule chance de m’en sortir sans cette malédiction temporaire.
Ayla comprit soudain que le désir de Brun avait été de lui donner une chance. Il m’est reconnaissant d’avoir sauvé la vie de Brac. Il devait me maudire, car c’est la loi du clan, mais il a tenu à me laisser une possibilité de revenir parmi eux. Aurais-je lutté comme je l’ai fait, si je n’avais eu cet espoir de retour ? Non, il est probable que je n’aurais pas chassé à la fronde pour manger, que je n’aurais eu ni faim ni soif ni envie de faire un pas de plus. C’est pour cela, pour cette chance de retrouver ceux que j’aime, que j’ai eu envie de vivre. Et puis, je suis sûre que mon totem aussi était là pour m’aider.
Le lendemain, Ayla mit un grand moment à se convaincre qu’elle était bien éveillée. Elle chercha à tâtons la longue branche qui traversait la paroi glacée obstruant la grotte et poussa frénétiquement jusqu’au moment où des paquets de neige se détachèrent, laissant apparaître un lambeau de ciel bleu.
Une bouffée d’air frais lui fouetta le visage. Ça y est ! s’exclama-t-elle. Il ne neige plus ! Je peux retourner à la caverne ! La fillette entreprit d’élargir l’ouverture avec son bâton et fit tomber de grands blocs de neige compacte. Une fois l’entrée dégagée, elle se força à se calmer et à penser sérieusement à son départ. Tout en grignotant un morceau de viande fumée, elle passa en revue ce qu’elle désirait emporter. En réfléchissant, elle se mit à enfiler tous les vêtements qu’elle s’était confectionnée. Elle s’entortilla les jambes de fourrure de lapin, glissa à ses pieds les deux paires de chausses, jeta en travers de ses épaules une autre peau de lapin, et enfin s’emmitoufla dans sa fourrure de daim, dans les replis de laquelle elle serra ses outils. Après avoir mis son capuchon et ses moufles, elle entreprit de sortir de sa prison, non sans avoir jeté un dernier regard derrière elle.
Elle s’extirpa de la grotte par l’ouverture qu’elle avait pratiquée dans le mur de neige, mais la hauteur de ce dernier était encore telle qu’elle dut le franchir en se hissant aux branches du bouquet de noisetiers. Sa prairie était méconnaissable. L’épaisse couche de neige avait enseveli tous les repères. Dès qu’elle voulut avancer, Ayla s’enfonça profondément dans la neige, mais pas autant qu’elle le craignait, car ses larges chausses offraient une grande surface portante. La progression n’en était pas moins lente et difficile. Marchant à petits pas, elle réussit à se frayer un chemin vers ce qui avait été l’impétueux ruisseau. Elle s’y arrêta pour décider de la route à suivre : longerait-elle le cours d’eau gelé jusqu’à la rivière pour gagner la caverne en faisant un grand détour, ou emprunterait-elle le chemin le plus direct ? Impatiente d’arriver, elle opta pour le plus court, sans imaginer à quel point cet itinéraire pouvait être dangereux.
Quand le soleil parvint au zénith, elle avait à peine parcouru la moitié du chemin. Malgré la chaleur de ses rayons, il faisait un froid vif et Ayla commençait à se sentir fatiguée. En descendant une pente raide et verglacée, son pied glissa sur des éboulis. Dans leur chute, ceux-ci ébranlèrent des roches, entraînant avec elles une coulée de neige qui renversa la jeune fille et la précipita au bas de la pente dans un grondement formidable d’avalanche.
Creb était réveillé quand Iza s’approcha sans bruit, un bol d’infusion brûlante à la main.
— Je savais que tu ne dormais pas, Creb, et j’ai pensé que tu aimerais boire quelque chose de chaud avant de te lever. La neige s’est arrêtée de tomber cette nuit.
— Oui, je sais, j’ai vu le ciel bleu ce matin à l’entrée de la caverne. Ils s’assirent tous deux pour boire leur infusion matinale, comme ils le faisaient souvent depuis la disparition d’Ayla, cherchant dans cette intimité un réconfort susceptible de remplir le vide créé par son absence. Uba n’avait plus goût à rien, personne n’avait su la convaincre de la mort de son amie et elle ne cessait de la réclamer. Elle rendait la vie difficile à Iza, qu’une toux persistante torturait de nouveau, l’empêchant de trouver le sommeil.
Creb avait terriblement vieilli. Pas une seule fois il n’était retourné dans la grotte sacrée, depuis le jour fatal où il s’était adressé aux esprits. Il avait alors disposé les os blanchis de l’ours des cavernes en deux rangées parallèles, l’une d’elles passant sur le crâne de l’animal. Il n’osait revoir la disposition des ossements et ne cherchait même plus à communiquer avec les esprits protecteurs. Il avait songé à se retirer de ses fonctions de mog-ur pour les confier à Goov, et Brun l’avait exhorté à n’en rien faire, quand Creb l’avait informé de son projet.
— Pourquoi ferais-tu cela, Mog-ur ? lui avait demandé le chef.
— Que peut faire un homme quand il devient trop vieux pour rester assis de longs jours dans la grotte sacrée ? Il y fait froid et mes rhumatismes me font de plus en plus souffrir.
— N’entreprends rien à la hâte, Creb, avait répondu Brun avec douceur. Réfléchis encore.
Creb avait réfléchi et pris la décision de nommer Goov à sa place en ce deuxième jour suivant la dernière lune.
— Je pense que je vais laisser Goov me remplacer, Iza, annonça-t-il à la femme assise à ses côtés.
— La décision n’appartient qu’à toi seul, Creb, dit Iza, sans chercher à le dissuader. (Elle savait qu’il n’avait plus le cœur à rien, depuis qu’il avait accompli la malédiction sur Ayla.) Le délai est dépassé, n’est-ce pas, Creb ? demanda la guérisseuse.
— Oui, il est dépassé, Iza.
— Mais comment pourrait-elle le savoir ? Comment aurait-elle pu voir la lune dans cette tempête ?
Creb se souvint du jour où il lui avait appris à compter les années, où il l’avait surprise à calculer toute seule les jours du cycle lunaire.
— Si elle est toujours en vie, elle le saura, Iza.
— Mais songe à la tempête, personne ne pourrait en réchapper.