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Sodoma: Enquête au cœur du Vatican

Электронная книга - «Sodoma: Enquête au cœur du Vatican». Краткое содержание книги:

« L’homosexualité dans le clergé est une question très sérieuse qui me préoccupe. »
Pape François
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Les explications ébauchées par Farina, confirmées par plusieurs autres cardinaux, évêques et experts du Vatican, sont en fait des règles sociologiques. Le pourcentage très élevé d’homosexuels au sein de la curie romaine explique d’abord, statistiquement si l’on peut dire, que nombre d’entre eux soient au centre des intrigues financières. À cela s’ajoute que pour entretenir des relations affectives dans un univers aussi fermé et contrôlé, encadré par des gardes suisses, la gendarmerie et le qu’en-dira-t-on, il faut se montrer extrêmement prudent. Ce qui n’offre que quatre solutions : la première est la monogamie, choisie par une proportion significative de prélats, lesquels ont, de fait, moins d’aventures que les autres. S’ils ne sont pas en couples stables, les homosexuels s’engagent dans une vie plus compliquée qui ne comprend plus que trois options : voyager pour trouver une liberté sexuelle (c’est la voie royale empruntée souvent par les nonces et les minutantes de la secrétairerie d’État, comme nous le verrons bientôt) ; sortir dans des bars commerciaux spécialisés ; ou faire appel à des prostitués extérieurs. Dans les trois cas, il faut de l’argent. Or, le salaire d’un prêtre tourne généralement autour de 1 000 à 1 500 euros par mois, pension et logement de fonction en sus, sommes très insuffisantes pour satisfaire ces désirs complexes. Les prêtres et évêques du Vatican sont impécunieux : ils sont, dit-on, des « smicards qui mènent la vie de prince ».

En fin de compte, la double vie d’un homosexuel au Vatican nécessite un contrôle très strict de sa vie privée, une culture du secret et des ressources : autant d’incitations au camouflage et au mensonge. Tout cela explique les liaisons dangereuses entre l’argent et le sexe, la multiplication des affaires financières et des intrigues homosexuelles et les anneaux de luxure qui se sont développés sous Jean-Paul II, dans une cité devenue un parangon de corruption.

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12.

Les gardes suisses

NATHANAËL s’est heurté à deux problèmes au Vatican : les filles et les homosexuels. La rareté des premières et l’omniprésence des seconds.

J’ai rencontré ce garde suisse par hasard au Vatican. J’étais un peu perdu dans le dédale des escaliers et il m’a indiqué mon chemin. Il n’était pas farouche ; nous avons engagé la conversation.

Au départ, j’ai pensé que Nathanaël faisait partie des personnels contractuels intervenant à l’intérieur du Vatican pour un dépannage. Le bleu de travail qu’il portait ce jour-là lui donnait l’allure d’un ouvrier italien ordinaire. Aussi ai-je été surpris de le revoir quelques jours plus tard en grande tenue dite « de gala » rouge, jaune et bleu : il était garde suisse ! Un garde suisse avec une caisse à outils !

J’ai recontacté Nathanaël quelque temps plus tard, lors d’un nouveau séjour à Rome, et je me suis alors heurté à son refus poli mais ferme de me revoir. Je devais apprendre par la suite qu’il s’agissait d’une des règles imposées aux gardes suisses. Pour des raisons que je tairai ici, il a malgré tout accepté de me parler et nous avons pris l’habitude de nous retrouver au café Makasar, dans le Borgo, un lieu situé à quelques minutes à pied de la caserne de la garde suisse, mais dont la discrétion, loin des lieux fréquentés par les monsignori ou les touristes, correspondait à ce que nous recherchions tous les deux.

Grand, le visage oblong, séduisant, Nathanaël était décidément très sociable. Dès notre première rencontre, il m’a donné son prénom (ici modifié) et son numéro de téléphone ; son nom de famille ne m’a été révélé que par la suite, et par inadvertance, lorque j’ai rentré ses coordonnées sur mon smartphone et que son numéro de portable a été « matché » automatiquement avec sa fiche Google+. Cependant, Nathanaël ne figure ni sur Instagram ni sur Facebook, et aucune photo de lui n’apparaît sur Google Images, selon une autre règle stricte du Vatican qui impose aux gardes suisses une extrême discrétion.

— Ni selfies, ni profils sur les réseaux sociaux, me confirme Nathanaël.

Les filles et les homosexuels ont donc constitué les deux principaux problèmes du garde suisse au saint-siège. Depuis son entrée en fonction, il a réussi à coucher « avec dix filles », me dit-il, mais l’obligation de célibat lui pèse. Les règles, d’ailleurs, sont strictes.

— Il faut être à la baraque avant minuit et on ne peut jamais découcher. On nous interdit d’être en couple, le mariage étant autorisé seulement pour les officiers supérieurs, et il est strictement interdit de ramener des filles à la caserne. On nous dissuade de les rencontrer en ville et la délation est parfois encouragée.

Ces obsessions pudibondes des vieux croquemitaines du Vatican indisposent Nathanaël qui considère que les questions essentielles, touchant aux missions régaliennes de la garde, ne sont pas prises en compte. Ainsi de la sécurité du pape qui, selon lui, laisserait à désirer. Je lui fais remarquer que je suis entré fréquemment au Vatican par la porte dite Arco delle Campane◦– la plus magique qui soit, sous l’horloge à gauche de Saint-Pierre de Rome◦– sans avoir à montrer la moindre pièce d’identité et sans que mon sac ne soit fouillé, parce qu’un cardinal ou un simple prêtre résidant à l’intérieur venait m’y chercher. Je lui révèlerai même avoir une clé me permettant d’entrer dans le Vatican, sans aucun contrôle, le soir, lorsque j’y résiderai. Le garde suisse est consterné par mes expériences.

Au cours d’une petite dizaine de rendez-vous secrets au café Makasar, Nathanaël me révèle ce qui l’ennuie vraiment au Vatican : la drague soutenue et, parfois, agressive de certains cardinaux.

— S’il y en a un seul qui me touche, je lui casse la gueule et je démissionne, me déclare-t-il en des termes explicites.

Nathanaël n’est pas gay, ni même gay-friendly : il me confie sa révolte face au nombre de cardinaux et d’évêques qui lui ont fait des avances (il m’indique des noms). Il est traumatisé par ce qu’il a découvert au Vatican en termes de double vie, de drague et même de harcèlement.

— J’ai été dégoûté par ce que j’ai vu. Je n’en reviens toujours pas. Et dire que j’ai fait le serment de « sacrifier ma vie », s’il le fallait, pour le pape !

Pourtant, le ver n’était-il pas dans le fruit depuis l’origine ? La garde suisse a été fondée par le pape Jules II, en 1506 : sa bisexualité est attestée. Quant à l’uniforme de la plus petite armée du monde, une veste renaissance rainbow flag et un casque hallebardier à deux pointes orné de plumes de héron, il fut conçu, selon la légende, par Michel-Ange.

Un lieutenant-colonel des carabiniers me confirme à Rome que les gardes suisses sont tenus à un strict secret professionnel :

— Il y a une omerta incroyable. On leur apprend à mentir pour le pape, par raison d’État. Les cas de harcèlement ou d’abus sexuels sont nombreux. Mais ils sont étouffés et le garde suisse est toujours rendu indirectement responsable de ce qui lui est arrivé. On leur fait bien comprendre que, s’ils parlent, ils ne pourront plus retrouver un emploi. En revanche, s’ils se sont bien comportés, on les aide à obtenir un poste lorsqu’ils retourneront dans la vie civile en Suisse. Leur carrière future dépend de leur silence.

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