Sodoma: Enquête au cœur du Vatican
- Автор: Martel Frédéric
- Год: 2019
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 978-2-221-22208-9
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Sodoma: Enquête au cœur du Vatican». Краткое содержание книги:
Pape François
Une mise au point s’impose, avant d’aller plus loin, sur ces vices cardinalices que je vais dévoiler. Qui suis-je pour juger ? Encore une fois, j’essaie d’être « non-judgmental » et je tiens moins à « outer » des prêtres vivants qu’à décrire un système : les noms de ces prélats sont donc anonymisés. À mes yeux, ces cardinaux, ces évêques, ces prêtres ont bien le droit d’avoir des amants et d’approfondir leur penchant acquis ou inné. Peu m’importe, après tout, n’étant pas catholique, qu’ils paraissent ainsi trahir leur vœu de chasteté ou qu’ils soient en contravention avec l’Église. Quant à la prostitution, si fréquente dans ce groupe, elle est légale en Italie et apparemment très bien tolérée par le droit canonique appliqué en zone extraterritoriale du saint-siège ! Seule leur hypocrisie abyssale est questionnable : c’est le propos de ce livre, qui confirme que l’infaillibilité du pape devient impunité lorsqu’il s’agit des mœurs de son entourage.
Ce qui m’intéresse ici c’est de décrypter ce monde parallèle et de faire un tour du propriétaire, au temps de Jean-Paul II. Outre La Mongolfiera et Platinette, sur lesquels je reviendrai, il me faut commencer par évoquer la figure de Paul Marcinkus, l’homme des finances, des missions secrètes et l’un de ceux qui gèrent l’État de la cité du Vatican pour le saint-père.
Mélange de diplomate, de garde du corps, de traducteur anglophone, de joueur de golf, de transporteur de fonds secrets et d’escroc, l’archevêque américain Marcinkus a déjà une longue histoire vaticane quand Jean-Paul II est élu. Il fut l’un des traducteurs de Jean XXIII, puis un intime de Paul VI (dont il aurait protégé la vie lors d’une agression), et il a occupé plusieurs postes dans des nonciatures apostoliques avant de commencer sa spectaculaire ascension romaine.
Pour des raisons mystérieuses, Marcinkus devient l’un des favoris de Jean-Paul II dès le début du pontificat. Selon plusieurs sources, le souverain pontife avait une « affection sincère » pour cette figure controversée du Vatican. Bientôt Marcinkus est nommé à la tête de la fameuse banque du Vatican, qui connaît d’innombrables intrigues financières et quelques scandales spectaculaires sous sa direction. Le prélat a été accusé et inculpé pour corruption par la justice italienne mais il a durablement bénéficié de l’immunité diplomatique vaticane. On le suspecte même d’avoir fomenté des assassinats, dont celui du pape Jean-Paul I, mystérieusement décédé après un mois de pontificat, mais de telles rumeurs n’ont jamais été prouvées.
L’homosexualité de Marcinkus est, en revanche, bien attestée. Une dizaine de prélats de curie qui ont fréquenté l’Américain me confirment qu’il était un aventurier gourmand.
— Marcinkus était homosexuel : il avait un faible pour les gardes suisses. Il leur prêtait souvent sa voiture, une 504 Peugeot gris métallisé, avec un bel intérieur cuir. À une époque, je me souviens qu’il sortait avec un garde suisse et cela a duré quelque temps, certifie l’une de mes sources, un laïc proche de l’archevêque qui travaillait, à l’époque, comme aujourd’hui, à l’intérieur du Vatican.
On connaît également une autre liaison de Marcinkus : celle qu’il a entretenue avec un prêtre suisse, qui a confirmé à l’une de mes sources leur relation. Et même lorsqu’il a été assigné à résidence au Vatican, du fait de l’inculpation par la justice italienne, il a continué à draguer éhontément. Par la suite, il a pris sa retraite aux États-Unis où il a emporté avec lui ses secrets : l’archevêque américain est mort en 2006 à Sun City, une luxueuse ville de retraités dans l’Arizona. (Lorsque j’interroge, à deux reprises, et en présence de Daniele, Piero Marini qui fut le « maître des cérémonies » du pape Jean-Paul II, il insiste, ingénu, sur la « grande proximité » de Marcinkus avec « les ouvriers ». De son côté, Pierre Blanchard, un laïc qui fut longtemps le secrétaire de l’APSA, et qui est un bon connaisseur des réseaux du Vatican, m’a communiqué quelques informations précieuses.)
Au-delà du controversé Marcinkus, l’entourage de Jean-Paul II compte d’autres homophiles et homosexuels pratiquants, parmi sa garde rapprochée d’assistants et d’officiers. Le premier est un prêtre irlandais, Mgr John Magee, qui fut l’un des secrétaires particuliers de Paul VI, puis, brièvement, le secrétaire personnel de Jean-Paul I, et qui est resté en poste sous Jean-Paul II. Devenu évêque du diocèse de Cloyne, en Irlande, il s’est retrouvé mêlé aux affaires de « cover up » d’abus sexuels qui ont secoué le pays. Des témoignages révélant les avances qu’il aimait faire aux garçons, les embrassant, ont été rendus publics et versés aux dossiers judiciaires lors du procès. Si son homosexualité n’a pas été formellement attestée, sa gestion des abus, elle, l’a forcé à la démission, sous la pression de Benoît XVI.
L’un des autres assistants du pape qui « pratique » activement son homosexualité est un prêtre qui mêle les détournements d’argent et les détournements de garçons (majeurs à ma connaissance). Lui aussi a manifestement de beaux empressements pour les gardes suisses et les séminaristes, audaces qu’il partage avec l’un des organisateurs des voyages du pape.
Un jeune séminariste de Bologne en a fait l’expérience : lors de plusieurs entretiens, il me raconte sa mésaventure de manière détaillée. Lors de la visite du pape dans cette ville, en septembre 1997, deux de ses assistants et prélats chargés du déplacement, insistent pour rencontrer les séminaristes. Ils repèrent tout de suite, dans le groupe, un jeune homme blond et beau, qui a alors vingt-quatre ans.
— Ils nous passaient en revue et tout à coup ils m’ont montré du doigt. Ils m’ont dit : « Toi ! » Ils m’ont demandé de venir avec eux et ils ne m’ont plus lâché. Ils voulaient me voir tout le temps. C’était une technique de drague très insistante, m’explique l’ancien séminariste (qui est encore, lorsque je le retrouve plus de vingt ans plus tard, fort séduisant).
Durant la visite de Jean-Paul II, les proches collaborateurs du pape mettent en avant le séminariste, qu’ils cajolent et chouchoutent. Ils lui présentent le pape en personne et lui demandent de monter sur la scène à ses côtés à trois reprises.
— J’ai compris qu’ils étaient là pour chasser. Ils draguaient les jeunes hommes et ils me faisaient des avances, sans même prendre de précautions. À la fin du séjour, ils m’ont invité à venir les voir à Rome et à habiter chez eux. Ils me disaient qu’ils pouvaient me loger au Vatican et me faire visiter le bureau du pape. Je savais bien ce qu’ils espéraient de moi. Je n’ai pas répondu à leurs avances. J’ai raté ma vocation ! Sinon, ajoute l’ex-séminariste, je serais peut-être évêque aujourd’hui !
L’AUDACE N’A PAS DE LIMITE. Deux autres fidèles collaborateurs du saint-père, un archevêque qui le conseille ainsi qu’un nonce très en vue, vivent, eux aussi, leur sexualité outrageusement, au-delà de l’entendement. C’est le cas également d’un cardinal colombien que nous ne connaissons pas encore, mais que nous allons bientôt rencontrer : ce « satanique docteur » a été chargé par Jean-Paul II de coordonner la politique familiale du Vatican mais, le soir, il s’adonne avec une régularité confondante à la prostitution masculine.
Dans l’entourage immédiat du pape, il y a également un trio d’évêques assez remarquables en leur genre parce qu’ils agissent en bande, et il me faut en dire un mot ici. C’est un autre cercle lubrique autour du souverain pontife. Par rapport aux cardinaux ou aux prélats majestueux dont j’ai parlé, ces aventuriers homosexuels de sa sainteté sont médiocres ; ils jouent petit bras.