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Ensemble, c’est tout

Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:

Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, différents ? C'est de la foutaise, ton
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
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� Je crois que je vais vendre ma moto...

� Bon. Tu t'en contrefous de ce que je raconte...

3

Il ne la vendit pas. Il l'�changea au grillardin contre sa Golf de p�teux. Il �tait au fond du gouffre cette semaine-l� mais se garda bien de le montrer et, le dimanche suivant, il se d�brouilla pour les r�unir tous les trois autour du lit de Paulette.

Coup de chance, il faisait beau.

� Tu ne vas pas travailler ? lui demanda-t-elle.

� Bof... J'ai pas tr�s envie aujourd'hui... Dis donc, euh... C'�tait pas le printemps hier ?

Les autres s'embrouill�rent, entre celui qui vivait dans ses grimoires et celles qui avaient perdu la notion du temps depuis des semaines, c'�tait se leurrer que d'esp�rer le moindre �cho...

Il ne se d�monta pas :

� Ben si, les Parigots ! C'est le printemps, je vous signale !

� Ah?

Un peu mou, le public...

� Vous vous en foutez ?

� Non, non...

� Si. Vous vous en foutez, je vois bien...

Il s'�tait approch� de la fen�tre :

� Nan, mais moi, je disais �a comme �a... Je disais juste que c'�tait dommage de rester l� � regarder les Chinois pousser sur le Champ-de-Mars alors qu'on a une belle maison de campagne comme tous les rupins de l'immeuble et que si vous vous d�p�chiez un peu, on pourrait s'arr�ter au march� d'Azay et acheter de quoi pr�parer un bon d�jeuner... Enfin, moi... C'est ce que j'en dis hein? Si �a vous tente pas, je retourne me coucher...

Pareille � une tortue, Paulette d�plia son vieux cou tout frip� et sortit de sous sa carapace :

� Pardon ?

� Oh... Quelque chose de simple... Je pensais � des c�tes de veau avec une jardini�re de l�gumes... Et peut-�tre des fraises en dessert... Si elles sont belles, hein ? Sinon je ferai une tarte aux pommes... Faut voir... Un petit bourgueil de mon ami Christophe par-dessus tout �a et une bonne sieste au soleil, �a vous dit ?

� Et ton travail ? demanda Philibert.

� Pff... J'en fais bien assez, non ?

� Et on y va comment ? ironisa Camille, dans ton top case ?

Il but une gorg�e de caf� et l�cha tranquillement :

� J'ai une belle voiture, elle attend devant la porte, ce salaud de Pikou me l'a d�j� baptis�e deux fois ce matin, le fauteuil est pli� � l'arri�re et j'ai fait le plein tout � l'heure...

Il reposa sa tasse et souleva le plateau :

- Allez... Grouillez-vous les jeunes. J'ai des petits pois � �cosser, moi...

Paulette tomba de son lit. Ce n'�tait pas le cervelet, c'�tait la pr�cipitation.

Ce qui fut dit fut fait et ce qui fut fait se renouvela toutes les semaines.

Comme tous les rupins � mais sans eux puisqu'ils �taient d�cal�s d'une journ�e � ils se levaient tr�s t�t le dimanche et revenaient le lundi soir, les bras charg�s de victuailles, de fleurs, de croquis et de bonne fatigue.

Paulette ressuscita.

Quelquefois Camille souffrait d'acc�s de lucidit� et regardait les choses en face. Ce qu'elle vivait avec Franck �tait bien agr�able. Soyons gais, soyons fous clouons les portes, gravons l'�corce, �changeons nos prises de sang, n'y pensons plus, d�couvrons-nous, effeuillons-nous, souffrons un peu, cueillons d�s aujourd'hui les roses de la vie et gnagnagna, mais �a ne pourrait jamais marcher. Elle n'avait pas envie de s'�tendre l�-dessus, mais bon, c'�tait foireux leur affaire. Trop de diff�rences, trop de... Enfin bref. Passons. Elle n'arrivait pas � juxtaposer Camille � l'abandon et Camille aux aguets. Il y en avait toujours une qui regardait l'autre en fron�ant le nez.

C'�tait triste mais c'�tait ainsi.

Mais quelquefois non. Quelquefois, elle r�ussissait � faire le point et les deux emmerdeuses se fondaient en une seule, toute b�te et d�sarm�e. Quelquefois, il la bluffait.

Ce jour-l� par exemple... Le coup de la voiture, de la sieste, du march� bonasse et tout, c'�tait pas mal, mais le plus fort vint apr�s.

Le plus fort, c'est quand il s'arr�ta � l'entr�e du village et se retourna :

� M�m�, tu devrais marcher un peu et finir � pied avec Camille... Nous on va ouvrir la maison pendant ce temps-l�...

Coup de g�nie.

Car il fallait la voir, la petite m�re en chaussons molletonn�s agripp�e au bras de sa canne de jeunesse, celle qui s'�loignait du bord depuis des mois en s'enfon�ait dans la vase, comme elle avan�ait tout doucement d'abord, tout doucement pour ne pas glisser, puis relevait la t�te, levait les genoux et desserrait son �treinte...

Il fallait voir cela pour peser des mots aussi niais que bonheur ou b�atitude. Ce visage soudain radieux, ce port de reine, ses petits coups de menton aux voilages furtifs et ses commentaires implacables sur l'�tat des jardini�res et des pas de portes...

Comme elle marchait vite tout � coup, comme le sang lui revenait avec les souvenirs et l'odeur du goudron ti�de...

� Regarde, Camille, c'est ma maison. C'est elle.

4

Camille s'immobilisa.

� Eh bien alors ? Qu'est-ce que tu as ?

� C'est... c'est votre maison ?

� Pardi oui ! Ouh regarde-moi ce fouillis... Rien n'a �t� taill�... Quelle mis�re...

� On dirait la mienne...

� Pardon ?

La sienne, pas celle de Meudon o� ses parents se griffaient le visage, mais celle qu'elle se dessinait depuis qu'elle �tait en �ge de tenir un feutre. Sa petite maison imaginaire, l'endroit o� elle se r�fugiait avec ses r�ves de poules et de bo�tes en fer-blanc. Sa Polly Pocket, son camping-car de Barbie, son nid des Marsupilamis, sa maison bleue accroch�e � la colline, son Tara, sa ferme africaine, son promontoire dans les montagnes...

La maison de Paulette �tait une petite bonne femme carr�e qui se haussait du col et vous accueillait les mains bien cal�es sur les hanches avec l'air entendu des fausses mijaur�es. Celles qui baissent les yeux et font les modestes alors que tout en elles suinte le contentement et la bonne satisfaction.

La maison de Paulette �tait une grenouille qui avait voulu devenir aussi grosse que le b�uf. Une petite bicoque de garde-barri�re qui n'avait pas eu peur de rivaliser avec Chambord et Chenonceaux.

R�ves de grandeur, petite paysanne vaniteuse et fi�re disant:

- Regardez bien ma s�ur. Est-ce assez, dites-moi. Mon toit d'ardoises avec ce tuffeau blanc qui rehausse les encadrements de la porte et des fen�tres, j'y suis, n'est-ce point ?

� Nenni.

� Ah bon ? Et mes deux lucarnes-l� ? Elles sont jolies mes lucarnes ouvrag�es en pierre de taille ?

� Point du tout.

� Point du tout ? Et la corniche ? C'est un compagnon qui me l'a taill�e !

� Vous n'en approchez point, ma ch�re.

La ch�tive p�core se vexa si bien qu'elle se couvrit de treille, se farda de pots de fleurs d�pareill�s et poussa le d�dain jusqu'� se piercer un fer � cheval au-dessus de la porte. Tatata, elles n'avaient pas �a les Agn�s Sorel et autres dames de Poitiers !

La maison de Paulette existait.

Elle n'avait pas envie d'entrer, elle voulait voir son jardin. Quelle mis�re... Tout est fichu... Du chiendent partout... Et puis c'est l'�poque o� il faudrait semer... Les choux, les carottes, les fraises, les poireaux... Toute cette bonne terre aux pissenlits... Quelle mis�re... Heu-reusement que j'ai mes fleurs... Enfin, l� c'est encore un peu t�t... O� sont les narcisses ? Ah ! les voil� ! Et mess crocus ? Et �a, regarde, Camille, penche-toi comme c'est joli... Je ne les vois pas mais ils doivent �tre quelque part par l�...

- Les petites bleues ?

� Oui.

- Comment elles s'appellent ?

- Muscari... Oh... g�mit-elle.

- Quoi ?

- Eh bien, il faudrait les diviser...

� Pas de probl�me ! On s'en occupera demain! Vous m'expliquerez...

� Tu ferais �a ?

� Bien s�r ! Et vous verrez que je serai plus studieuse qu'en cuisine !

� Et des pois de senteur aussi... Il faudrait en mettre... C'�tait la fleur pr�f�r�e de ma m�re...

� Tout ce que vous voudrez...

Camille t�ta son sac. C'est bon, elle n'avait pas oubli� ses couleurs...

On roula le fauteuil au soleil et Philibert l'aida � s'asseoir. Trop d'�motions.

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