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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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« C’est encore plus beau si on inclut des cellules au-delà des voisines immédiates », se dit-elle en faisant un effort de concentration, mais on ne pouvait poursuivre longtemps le processus. Elle avait visualisé brièvement un jeu de la Vie en trois dimensions, qui avait produit des structures en dentelle d’une beauté stupéfiante, évanescente, des rangées cristallines, mobiles, qui s’enroulaient en dessins brumeux, tournoyants, impossibles à imaginer plus de quelques instants.

Maïa ferma le livre, s’allongea, un bras sur les yeux, et se laissa dériver. Le silex de Naroïne raclant le bois lui rappela quelque chose. C’était une longue année auparavant, loin d’ici, dans les caves de la citadelle de Lamatie. Leie appuyait un appareil contre une énorme porte décorée…

— À moi d’essayer, ronchonnait-elle. Tes calculs subtils n’ont pas marché, alors maintenant on va entrer à ma façon !

Maïa revit les rangées de symboles mystérieux, les serpents entrelacés, l’étoile de pierre qui aurait dû tourner dans le sens des aiguilles d’une montre, si l’énigme avait un sens…

Il y eut un bruit de pas. Un vrai, pas un souvenir. Maïa ouvrit les yeux. Une silhouette mince occultait le soleil.

— J’ai trouvé quelque chose dans les ruines, dit une voix jeune, flûtée, qui aurait pu être celle d’une fille si, de temps en temps, elle ne se cassait, tombant d’une octave. Tu devrais venir, Maïa. Je n’ai jamais rien vu de pareil.

Elle s’assit. Un jeune garçon dégingandé la regardait. La blague des pirates, comme l’avait appelé Naroïne. Ce petit Brod était bien sympathique. Il avait à peu près le même âge que Maïa, mais à cinq ans, les garçons étaient puérils, pas finis. Celui-ci aurait dû être encore dans son clan maternel.

Officiellement, Brod était un otage sur lequel les pirates comptaient pour s’assurer la coopération des marins du Téméraire. Mais Naroïne avait sûrement raison : le jeune aspirant avait été laissé là par plaisanterie. Une plaisanterie tordue.

— Profitez bien de la prochaine chute de gloire, s’était gaussée une des femmes au bandana rouge avant d’abandonner les prisonnières sur cet îlot perdu au bout du monde.

Maïa se leva lentement, en soupirant. Elle aurait préféré rester tranquille, avec sa migraine. « Enfin, ça ne me fera pas de mal de bouger un peu », songea-t-elle.

— Je te suis, dit-elle à haute voix.

Il avait un gentil sourire inoffensif qui lui donnait vraiment des airs de chiot. Quand le givre recouvrirait l’herbe et les arbres, il serait fort à plaindre avec ces rudes femmes d’équipage. Même si, par chance, il était apte, ça ne soulagerait en rien la tension. Il n’y avait pas d’ovop dans les provisions.

— Viens ! dit Brod en s’enfonçant sous les arbres.

Maïa poussa un profond soupir et suivit le jeune chien fou qui s’était pris d’amitié pour elle.

L’île avait jadis été colonisée, les détenues en avaient vite eu la preuve. Une première exploration leur avait permis de découvrir des murs écroulés, envahis par les lianes. Les ruines de vastes bâtiments se dressaient juste avant la forêt qui coiffait la crête. Brod avait décidé de les inspecter.

Il avait voulu appuyer Maïa et Naroïne de son vote dans l’histoire du radeau et appris que son avis n’était ni requis ni bienvenu. Les femmes d’équipage estimaient en savoir assez long sur la navigation pour se dispenser des conseils d’un aspirant novice et venu de la ville. Pour Maïa, c’était une vexation inutile.

— C’est par là, dit-il en se frayant un chemin dans les broussailles. Je me demandais si la catastrophe s’était produite d’un seul coup ou si la colonie avait été abandonnée peu à peu à la nature.

Maïa eut un sourire indulgent. Il s’était présenté par inadvertance sous le nom de « Brod Terredure », du nom de son clan maternel, une grande maison d’Enheduanna, ville des environs d’Ursulaborg. Il n’aurait jamais dû le mentionner. Il avait intérêt à se débarrasser de son accent classieux de la côte Méchante et à apprendre vite fait le dialecte masculin.

Si ça se trouve, il avait été laissé sur cette île avec l’accord de ses compagnons d’équipage, pour l’aguerrir un peu, ou juste pour avoir un peu la paix. Il ne devait pas être très utile aux pirates. « Nous sommes pareils, lui et moi : personne n’a particulièrement besoin de nous, ni envie de nous voir. »

Le chemin passait entre de grands arbres aux racines noueuses, parmi lesquelles apparaissaient des pierres délitées.

— On y est, annonça le gamin. Prépare-toi à une surprise.

Les arbres s’éclaircissaient vers l’avant. Sans doute les ruines d’un grand édifice aux pierres si grosses qu’ils ne pouvaient y pousser. Elle avait vu ça à Longue Vallée. La citadelle de Lamatie aurait peut-être la même allure dans quelques siècles. Ça valait le coup d’y jeter un œil.

Au sortir des arbres, Brod s’effaça pour laisser passer Maïa et tendit un bras protecteur devant elle.

— Fais attention…

Maïa s’arrêta net et n’entendit plus rien. Rien que le vertige qui rugissait silencieusement à ses oreilles tandis que son regard plongeait dans le précipice béant à ses pieds.

La seule raideur des parois ne l’aurait pas stupéfiée. Les falaises qui bordaient l’île-prison étaient aussi abruptes, et encore plus hautes. Mais elles n’avaient pas la texture de ce gouffre, violemment creusé au centre exact du pic. La surface en était lisse comme du verre, comme si la roche s’était vitrifiée, telle de la mélasse se refroidissant.

« Que s’est-il passé ? Un volcan ? Est-il encore actif ? »

Le matériau obscurément translucide lui rappelait les Glaces Austères des confins septentrionaux. Çà et là, elle distinguait des formes déchiquetées, à croire que la roche, sous la couche vitrifiée, s’ordonnait en strates géologiques elles-mêmes fracturées dans un lointain passé.

Telles étaient les réflexions qui occupaient son esprit tandis que ses lèvres balbutiaient : « Ah… ah…»

— C’est exactement ce que j’ai dit, moi aussi, acquiesça solennellement Brod. Exactement ça.

Ils ne parlèrent pas de cette découverte aux autres, peut-être parce qu’on les tenait pour quantités négligeables et que ceux et celles qu’ils considéraient plus ou moins comme leur « famille » les avaient lâchés. De toute façon, il semblait douteux que l’une des autres prisonnières fût capable de leur expliquer l’origine de ce surprenant cratère. Les fourrés semblaient inquiéter les femmes, qui évitaient de s’y enfoncer.

Naroïne, qui s’aventurait assez loin quand elle allait chasser, n’avait apparemment rien vu d’inhabituel. Avait-elle la vue basse, ce qui paraissait peu probable, ou savait-elle aussi bluffer ? mystère…

Depuis sa conversation avec Naroïne, Maïa ruminait, de sombres soupçons. Même le monde ascétique mais chamarré des abstractions du jeu de la Vie où elle se réfugiait en était troublé. Elle avait du mal à se concentrer sur les dessins mentaux, mouvants, quand elle imaginait Renna dépérir quelque part dans ce semis d’îles. Sans parler de la discussion si longtemps remise qu’elle devait avoir avec Leie.

Les jours passaient. Les prises de Naroïne complétaient les vivres laissés par les pirates, apaisant un peu la tension qui avait suivi le vote sur la fabrication du radeau. Ce dernier projet connaissait des hauts et des bas. Plusieurs plates-formes faites de troncs élagués séchaient au soleil, qui tendait leurs liens d’écorce. Maïa commençait à se demander si Inanna, Lullin et les autres savaient vraiment ce qu’elles faisaient.

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