Le bûcher d'un roi
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #13
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0586-5
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:
Dans les salles de grain, se trouvaient de l’avoine, du blé et de l’orge, et des barriques de farine grossièrement moulue. Dans les caves, des colliers d’aulx et d’oignons pendaient aux poutres, et des sacs de carottes, de panais, de radis et de navets blancs et jaunes garnissaient les étagères. Une salle de stockage renfermait de si grosses meules de fromage qu’elles exigeaient deux hommes pour les mouvoir. Dans la suivante, des tonneaux de salaisons – bœuf, porc, mouton et morue – s’empilaient sur dix pieds de haut. Trois cents jambons et trois mille longs boudins se balançaient aux solives du plafond, au-dessous du fumoir. Dans le magasin d’épices, ils trouvèrent du poivre en grain, des clous de girofle et de la cannelle, des graines de moutarde, de la coriandre, de la sauge, ordinaire et sclarée, du persil et des pains de sel. Ailleurs, s’entassaient des futailles de pommes et de poires, de pois et de figues séchés, des sacs de noix, de châtaignes, d’amandes, des pièces de saumon séché et fumé, des jarres en terre cuite remplies d’olives dans l’huile, scellées à la cire. Une réserve contenait des terrines de lièvre, des cuissots de daim au miel et, en saumure, des choux, des betteraves, des oignons, des œufs et des harengs.
Au fur et à mesure des caves qu’ils visitaient, les galeries de vers semblaient refroidir. Avant longtemps, Jon put voir leur souffle givrer à la clarté des lanternes. « Nous nous trouvons sous le Mur.
— Et bientôt à l’intérieur, confirma Marsh. La viande ne se gâte pas, dans le froid. Pour les longues conservations, ça surpasse le salage. »
La porte suivante avait un vantail de fer rouillé. Derrière elle, montait une volée de marches en bois. Edd-la-Douleur ouvrit la voie, avec sa lanterne. Au sommet, ils trouvèrent un tunnel aussi long que la grande salle de Winterfell, sans être plus large que les galeries. Ses murs de glace se hérissaient de crocs en fer. À chacun pendait une carcasse : daims et orignacs écorchés, longes de bœuf, truies énormes se balançant au plafond, moutons et chèvres décapités, et même des chevaux et des ours. Le givre recouvrait tout.
Tandis qu’ils procédaient à l’inventaire, Jon retira le gant de sa main gauche et toucha le cuissot de venaison le plus proche. Il sentit ses doigts accrocher et, quand il les retira, il y laissa un peu de sa peau. Il avait le bout des doigts gourd. À quoi t’attendais-tu ? Tu as une montagne de glace au-dessus de la tête, plus de tonnes que Bowen Marsh lui-même n’en saurait compter. Néanmoins, la salle semblait plus froide qu’elle n’aurait dû.
« C’est pire que je ne craignais, messire », annonça Marsh quand il eut terminé. Il semblait plus sinistre qu’Edd-la-Douleur.
Jon songeait précisément qu’ils étaient cernés par toute la viande du monde. T’y connais rien, Jon Snow. « Comment ça ? La quantité de nourriture me paraît énorme.
— L’été a été long, les récoltes abondantes, les lords généreux. Nous avions entreposé assez de provisions pour traverser trois années d’hiver. Quatre, en rognant un peu. À présent, toutefois, si nous devons continuer à nourrir tous ces gens du roi et de la reine, et tous les sauvageons… La Mole, pour ne parler que d’elle, compte un millier de bouches inutiles, et ça continue d’affluer. Hier, trois nouveaux se sont présentés aux portes ; la veille, une douzaine. Ça ne peut pas continuer. Les installer sur le Don, tout cela est bel et bon, mais il est trop tard pour planter des cultures. Avant la fin de l’année, nous en serons réduits aux navets et à la soupe de pois. Ensuite, nous commencerons à boire le sang de nos chevaux.
— Miam, commenta Edd-la-Douleur. Rien de tel qu’une bonne bolée de sang de cheval bien chaud, par une nuit frisquette. J’aime bien saupoudrer la mienne d’une p’tite pincée de cannelle. »
Le lord Intendant l’ignora. « Il y aura aussi des maladies, poursuivit-il, des gencives qui saignent et des dents qui se déchaussent. Mestre Aemon avait coutume de dire que le jus de lime et la viande fraîche y remédiaient, mais nous avons épuisé nos citrons depuis un an et nous n’avons point assez de fourrage pour garder des troupeaux sur pied afin de disposer de viande fraîche. Nous les devrions tous abattre, à l’exception de quelques couples réservés aux fins d’élevage. Il est grand temps. Lors des hivers passés, on pouvait faire venir du Sud de quoi manger, par la route Royale, mais avec la guerre… C’est encore l’automne, je sais, mais je conseillerais quand même de passer aux rations d’hiver, ne vous en déplaise, messire. »
Les hommes vont adorer. « S’il le faut. Nous réduirons d’un quart les portions de chacun. » Si mes frères se plaignent déjà de moi, que diront-ils quand ils mangeront de la neige et de la purée de glands ?
« Cela aidera, messire. » Le ton de la voix du lord Intendant laissait clairement entendre qu’à son avis, cela n’aiderait pas suffisamment.
« Je comprends maintenant pourquoi le roi Stannis a laissé les sauvageons franchir le Mur, déclara Edd-la-Douleur. Il voulait que nous les mangions. »
Jon ne put retenir un sourire. « Nous n’en arriverons pas là.
— Eh ben, tant mieux. Z’ont l’air plutôt filandreux, et j’ai plus les dents aussi coupantes que dans ma jeunesse.
— Si nous avions assez d’argent, nous pourrions acheter des provisions dans le Sud et les faire venir par navire », déclara le lord Intendant.
Nous le pourrions, amenda Jon à part lui, si nous avions de l’or pour cela, et quelqu’un qui veuille nous vendre de la nourriture. Mais l’un et l’autre faisaient défaut. Les Eyrié sont sans doute notre meilleur espoir. La fertilité du Val d’Arryn était réputée et les combats l’avaient épargné. Jon se demanda comment la sœur de lady Catelyn accueillerait l’idée d’avitailler le bâtard de Ned Stark. Enfant, il avait souvent eu l’impression que la dame lui comptait chaque bouchée.
« On a toujours la possibilité de chasser, au besoin, glissa Wick Taillebois. Il reste encore du gibier dans les bois.
— Et des sauvageons, et de plus noires créatures, rappela Marsh. Je n’enverrais pas des chasseurs, messire. Certes pas. »
Non. Tu barrerais nos portes à jamais et tu les colmaterais de pierre et de glace. La moitié de Châteaunoir s’accordait avec les vues du lord Intendant, il le savait. L’autre moitié les couvrait de mépris. « Murez nos portes, carrez votre gros cul noir sur le Mur, oui-da, et les sauvageons iront déferler au pont des Crânes, ou par une porte qu’ vous croyiez murée depuis cinq siècles », avait bruyamment déclaré Dywen le vieux forestier durant le souper, deux soirs auparavant. « Y a pas assez d’hommes pour surveiller cent lieues d’ Mur. Tormund mon cul d’ogre et c’te foutu Chassieux, ils l’ savent bien, aussi. Z’avez jamais vu un canard gelé sur un étang, les pattes prises dans la glace ? Ça marche pareil pour des corbacs. » La plupart des patrouilleurs avaient fait écho à Dywen, tandis que les intendants et les maçons inclinaient vers Bowen Marsh.
Mais ce dilemme attendrait. Ici et maintenant, le problème portait sur la nourriture. « Nous ne pouvons laisser le roi Stannis et ses hommes périr de faim, même si nous le voulions, objecta Jon. Au besoin, il pourrait tout bonnement s’emparer de tout cela à la pointe de l’épée. Nous n’avons pas assez d’hommes pour les arrêter. Et en plus, il faut nourrir les sauvageons.
— Mais comment, messire ? » lui demanda Bowen Marsh.
Si je le savais. « Nous trouverons un moyen. »
Le temps qu’ils remontent à la surface, les ombres de l’après-midi s’allongeaient. Des nuages striaient le ciel comme des bannières en guenilles, gris, blancs et déchiquetés. La cour devant l’armurerie était vide, mais, à l’intérieur, Jon trouva l’écuyer du roi qui l’attendait. Devan était un maigrichon d’une douzaine d’années, brun de poil et d’œil. Ils le découvrirent transi près de la forge, osant à peine bouger tandis que Fantôme le reniflait de pied en cap. « Il ne te fera aucun mal », assura Jon, mais le son de sa voix fit sursauter le gamin, et ce mouvement soudain fit montrer les crocs au loup géant. « Non ! ordonna Jon. Laisse-le, Fantôme. Va-t’en. » Le loup repartit furtivement vers son os de bœuf, du silence sur quatre pattes.