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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Perrin bouillait d’envie de jeter une pierre à son ami, ou de lui flanquer une dérouillée – n’importe quoi, pourvu qu’il se taise. Mais comment faire sous le regard dubitatif d’Ingtar et Uno ? Par bonheur, Mat lui-même dut s’aviser qu’il glissait sur une pente savonneuse, car il se reprit, soupirant avant de répéter :

— Je n’en sais rien… C’était une idée, juste comme ça…

— Fichu le camp…, répéta Ingtar, son incrédulité éclatante. Le Bâtisseur est effectivement libre comme le vent, mais Hurin n’est pas du genre à déserter. Et Rand al’Thor non plus, maintenant qu’il sait où est son devoir. Uno, inspecte le sol une nouvelle fois. (Le borgne salua et s’en fut au pas de course.) Pourquoi Hurin serait-il parti en plein milieu de la nuit ? Et sans un mot, qui plus est ? Il connaît l’enjeu de cette expédition. Sans lui, comment retrouverai-je la piste de la vermine qui a volé le Cor ? Des chiens de chasse, un royaume contre une bonne meute de chiens de chasse ! Si ce n’était pas impossible, je dirais qu’il s’agit d’un coup tordu des Suppôts, histoire de pouvoir bifurquer vers l’est ou vers l’ouest sans que je m’en aperçoive. Par la Paix ! j’en arrive à me demander si c’est si impossible que ça.

Perrin sauta nerveusement d’un pied sur l’autre. Avec chaque minute perdue, les voleurs prenaient de l’avance, emportant la Lumière seule savait où le Cor de Valère et la dague de Shadar Logoth. Nonobstant ce qu’il était devenu, ces derniers temps, Rand n’était pas susceptible d’abandonner une quête pareille. Mais où était-il allé et pourquoi ? Si Loial avait pu l’accompagner par amitié, que venait faire Hurin là-dedans ?

— Peut-être que Rand a bel et bien filé…, souffla Perrin – avant de regarder autour de lui, très inquiet.

Mais personne ne l’avait entendu. Soulagé, il se passa une main dans les cheveux. Si des Aes Sedai avaient eu l’intention de le transformer en un faux Dragon, n’aurait-il pas également songé à prendre la tangente ? Mais s’interroger sur Rand, et se ronger les sangs pour lui, ne contribuerait en rien à la quête en cours.

Perrin avait un moyen d’y participer très activement, s’il en décidait ainsi. Mais, justement, il refusait d’en passer par là. Depuis le début, il fuyait cette réalité, mais il allait peut-être devoir la regarder en face.

Après avoir fait de grands discours moralisateurs à Rand, voilà que je me comporte comme lui… Bon sang ! ce que je regrette de ne pas pouvoir fuir à toutes jambes !

Alors qu’il savait très bien ce qu’il pouvait faire – non, ce qu’il devait faire ! – pour aider Ingtar, le jeune homme hésitait encore.

Personne ne le regardait. Et, dans le cas contraire, qui se douterait de quelque chose ? Aucun de ces militaires n’avait les compétences requises. Fermant les yeux, Perrin se concentra pour chasser toute pensée parasite de son cerveau.

Il tentait de nier l’évidence depuis le début, longtemps avant que ses yeux aient commencé à virer au jaune. Dès la première rencontre, ce soudain instant de « reconnaissance », il avait refusé d’accepter la réalité. Depuis, il la fuyait, et il aurait bien continué, malgré ce que lui dictait sa conscience.

Son esprit partit à la dérive, cherchant à entrer en contact avec ceux qui peuplaient immanquablement les coins du monde que les humains n’avaient pas encore conquis et pliés à leur volonté. Ces endroits protégés où aimaient vivre ses frères…

Perrin n’aimait pas penser aux loups en ces termes. Mais c’était pourtant la stricte vérité.

Au début, il avait craint que l’étrange phénomène ait pour origine le Ténébreux ou le Pouvoir de l’Unique – deux instances aussi dangereuses l’une que l’autre pour un garçon désireux de devenir un bon forgeron et de vivre en paix dans la Lumière. Ayant eu cette réaction, il comprenait en partie ce qu’éprouvait Rand. Terrorisé par sa propre personne, il se sentait comme souillé, et il n’y avait rien de plus normal. Pour être franc, Perrin n’avait pas encore vraiment dépassé ce stade. Mais, au moins, sa « particularité » était plus ancienne que l’aptitude à canaliser le Pouvoir, car elle remontait quasiment à l’aube des temps. La Source n’était pas impliquée, avait assuré Moiraine. Un antique don se réveillait, arpentant de nouveau le monde. Egwene le savait, comme l’Aes Sedai, et le jeune homme n’aimait pas beaucoup ça. Il aurait voulu que personne ne soit informé. En tout état de cause, il espérait que son amie n’en aurait parlé à personne.

Le contact s’établit. Aussitôt, Perrin reconnut l’esprit de ses frères les loups.

Leurs pensées vinrent à lui comme un tourbillon d’images et d’émotions intimement mêlées. Au début, il était incapable de sentir autre chose que cette tempête d’affects. Désormais, son cerveau parvenait à les traduire, en faisant des mots et des phrases.

Frère du loup… Surprise ! Des deux-pattes qui parlent…

Une image très ancienne, jaunie comme du vieux parchemin, dansa devant l’œil mental de Perrin. Des hommes et des loups courant ensemble – deux meutes qui chassaient de concert.

Nous avons entendu dire que ça recommençait… Es-tu Long-Croc ?

Perrin distingua l’image floue d’un homme vêtu de peaux de bêtes qui brandissait un long couteau. Mais, en surimpression, comme s’il s’agissait du sujet principal, se détachait un loup au long poil doté d’un croc bien plus long que les autres. Un croc d’acier qui brillait au soleil tandis que le grand mâle menait la charge sur la piste d’un cerf qui ferait pour la meute toute la différence entre la vie et la mort. Capturer sa proie ou crever de faim, c’était ainsi, et ça le resterait jusqu’à la fin des temps.

Le cerf court ventre à terre sur la neige si blanche qu’elle en devient agressive pour les yeux lorsque le soleil la bombarde de ses rayons. Le vent qui hurle dans la passe, soulevant une tempête de fine poudreuse…

Chez les loups, les noms correspondaient toujours à des images très complexes.

Perrin reconnut l’homme au couteau. Elyas Machera, l’ermite qui lui avait présenté les loups. Parfois, il maudissait le jour de leur rencontre…

Non, pas Long-Croc, pensa Perrin.

Il s’efforça de faire naître dans son esprit une image de lui-même.

Oui, nous te reconnaissons…

L’image mentale que les loups renvoyèrent au jeune homme n’avait guère de rapport avec celle qu’il avait lui-même générée. Le jeune gaillard aux larges épaules et aux cheveux bouclés – ce garçon que les gens jugeaient lent d’esprit et physiquement pataud – était bien présent mais, là encore, une autre image l’écrasait de toute sa gloire. Celle d’un grand taureau aux cornes de métal brillant qui courait dans la nuit avec toute la puissance et l’exubérance de la jeunesse, son pelage frisé luisant sous la lumière de la lune. Un taureau de guerre qui se jetait sur des cavaliers en cape blanche, le sang bouillant malgré l’air sec et glacial, et entreprenait d’éventrer ses ennemis les uns après les autres.

Jeune Taureau !

Un moment, la surprise rompit le contact entre Perrin et ses frères. Ainsi, ils lui avaient donné un nom ? Un honneur qui aurait fait gonfler son cœur de fierté s’il avait pu oublier comment il se l’était gagné. D’instinct, il posa une main sur sa hache de guerre au tranchant en demi-lune.

Lumière, viens à mon secours ! J’ai tué deux hommes… Ils nous auraient abattus sans sourciller, Egwene et moi, mais ce n’est quand même pas une raison pour…

Chassant ces pensées – un passé révolu dont il ne voulait pas se souvenir –, Perrin communiqua aux loups l’odeur de Rand, de Loial et de Hurin. Puis il demanda s’ils en avaient senti de semblables. Depuis la métamorphose de ses yeux, Perrin pouvait identifier les gens à leur odeur, même quand il ne les voyait pas. En outre, sa vue était devenue bien plus perçante, y compris dans l’obscurité. Pourtant, il tenait toujours à ce qu’on allume des lampes et des bougies, le demandant souvent avant que ses compagnons en aient senti la nécessité.

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