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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Recroquevillé sur sa selle, Loial tournait sans cesse la tête, ponctuant son observation de murmures incompréhensibles qui devaient être des commentaires passionnés, à voir la façon dont frémissaient ses oreilles.

Les trois cavaliers traversaient de nouveau une zone calcinée où le sol crissait sous les sabots de leurs chevaux comme s’ils avançaient sur un tapis de cendres. Ces bandes de terre dont la largeur variait entre quelques centaines de pas et près d’un quart de lieue s’étendaient toutes vers l’est ou l’ouest. Telles des flèches géantes, elles suivaient une trajectoire étonnamment rectiligne. Les deux fois où les voyageurs virent l’extrémité d’une de ces flèches – parce qu’ils passèrent à côté ou la traversèrent –, Rand constata qu’elle était pointue comme celle d’un projectile. Deux cas ne permettaient aucune certitude, ce qui n’empêcha pas le jeune homme de postuler que toutes les extrémités de ces flèches noires étaient ainsi.

Enfant, il avait vu maître Whatley Eldin décorer un char pour le défilé de la Fête du Soleil. Pour les scènes qu’il désirait représenter et les enluminures qui les rehaussaient, What utilisait toute une gamme de couleurs vives. Pour le cadre de ses dessins, il appuyait son pinceau sur le bois, traçait une fine ligne qui s’épaississait lorsqu’il appuyait plus fort et redevenait fine quand il relâchait la pression. Dans ce monde qui aurait pu être, la plaine semblait zébrée de traits de feu tracés par un pinceau géant.

Rien ne poussait dans les zones incendiées. Pourtant, certaines donnaient l’impression d’avoir été calcinées dans un très lointain passé. Sur ces flèches-là, on ne captait aucune odeur de roussi. Mieux que ça : lorsque Rand se penchait pour casser une petite branche morte et la renifler, il ne sentait rien qui évoquât une combustion récente. Malgré tout, ces bandes de terre dévastée n’étaient jamais revenues à la vie. Sur toute la longueur de la plaine, apparemment, les rayures noires alternaient avec les vertes, et cela paraissait conçu pour durer jusqu’à la fin des temps.

À leur façon, les « zones vertes » étaient aussi mortes que les autres. Malgré l’herbe qui couvrait le sol et le feuillage abondant des arbres, ce paysage se révélait terne et fané – un peu comme une chemise trop souvent lavée et exposée au soleil pour sécher. Quant à la faune… Rand n’avait pas vu l’ombre d’un oiseau ni entendu le plus petit écho d’un cri de renard en train de chasser. Dans l’herbe, rien ne courait ni ne rampait et aucune paire d’yeux ne brillait au milieu d’un rideau de feuilles ou des entrelacs de ronces d’un buisson. Même les insectes manquaient à l’appel.

À plusieurs reprises, les cavaliers traversèrent des cours d’eau peu profonds qui s’étaient pourtant creusé au fil des siècles des berges assez escarpées. Dans l’onde parfaitement claire – du moins avant que les sabots des chevaux remuent le limon –, Rand n’aperçut jamais le plus petit vairon. Il ne vit pas de têtards non plus, ni d’araignées d’eau et encore moins de chrysopées…

Par bonheur, car leurs outres n’étaient pas inépuisables, l’eau se révéla potable. Afin de s’en assurer, Rand en avait bu, puis il avait forcé Loial et Hurin à attendre quelques heures, histoire de voir s’il lui arrivait quelque chose. Après tout, il avait entraîné ses compagnons dans cette aventure, et il devait assumer ses responsabilités. L’eau était fraîche et… liquide… À part ça, on ne pouvait guère lui accoler d’adjectifs positifs. Dans la bouche, elle avait un goût de paille, comme si on l’avait fait bouillir. Lorsqu’il se désaltéra enfin, Loial fit la grimace. Les chevaux eux-mêmes secouèrent la tête pour manifester leur mécontentement.

Rand pensait cependant avoir aperçu un signe de vie. À deux reprises, il avait vu dans le ciel une fine ligne blanche qui ne semblait pas avoir été tracée par des nuages. À première vue, ces traînes célestes semblaient bien trop rectilignes pour être naturelles. Mais qui pouvait les avoir faites ? Ne connaissant pas la réponse, Rand préféra ne pas parler du phénomène à ses compagnons. Les avaient-ils seulement vues ? Concentré sur la piste, Hurin aurait tout aussi bien pu porter des œillères. Et Loial, de plus en plus souvent plongé dans ses pensées, ne regardait presque jamais le ciel. Quoi qu’il en soit, le renifleur et l’Ogier ne mentionnèrent à aucun moment les lignes…

Au milieu de la matinée, sans un mot d’avertissement, Loial immobilisa sa monture, sauta à terre et se dirigea à grandes enjambées vers un hallier géant, un de ces arbres dont le tronc se scindait à moins de trois pieds du sol en une multitude de branches parfaitement droites. Au sommet, toutes se divisaient de nouveau en dizaines de « buissons », les végétaux tirant leur nom de cette étrange configuration de leur feuillage.

Rand fit s’arrêter Rouquin et faillit demander à l’Ogier ce qu’il entendait faire. Mais le comportement de Loial, comme s’il n’était pas sûr lui-même de ses motivations, réduisit au silence son ami humain.

Après avoir un moment contemplé l’arbre, Loial posa les mains sur une des extensions du tronc et commença à chanter d’une voix grave et profonde.

Rand avait déjà entendu une Chanson de l’Arbre des Ogiers, le jour où Loial avait ramené à la vie un végétal agonisant. Il avait également entendu parler des objets en « bois-chanté », autrement dit fabriqués à partir des arbres par le chant des Ogiers. Mais le don faiblissait, selon Loial, et il était un des derniers à le posséder. Dans ce contexte, le bois-chanté devenait de plus en plus rare et, donc, de plus en plus précieux. La première fois qu’il avait entendu Loial, Rand aurait juré que la terre elle-même l’accompagnait. Là, l’Ogier murmurait quasiment sa chanson, et la nature lui renvoyait un écho à peine audible.

Plus qu’une chanson, il semblait s’agir d’une mélodie – un air sans paroles, en tout cas aucune qui fût compréhensible pour Rand. Peut-être des mots qui se perdaient dans la musique, telle l’onde d’un affluent qui se dilue dans celle d’une rivière.

Bouche bée, Hurin ne parvenait pas à quitter l’Ogier du regard.

Que faisait donc Loial ? S’il était incapable de répondre à cette question, Rand cédait au charme hypnotique de la mélodie qui envahissait son esprit un peu à la manière du vide. Sans cesser de chanter, Loial passa lentement les mains sur le tronc, qu’il caressait ainsi autant avec sa voix qu’avec ses paumes. L’écorce parut soudain plus lisse, comme si ces « caresses » la polissaient.

Rand cilla soudain. L’extension du tronc dont s’occupait l’Ogier, il l’aurait juré sous la torture, se terminait sur une arborescence de branches, comme toutes les autres. Pourtant, elle finissait à présent sur une extrémité ronde et lisse, juste au-dessus de la tête de Loial.

Rand voulut parler, mais la chanson l’en dissuada. Elle lui semblait si familière, à croire qu’il la connaissait depuis toujours…

La chanson de l’Ogier atteignit soudain son apogée – on eût dit un hymne à la joie – et cessa brutalement, retombant comme une brise capricieuse peut le faire en un clin d’œil.

— Que la Lumière me brûle…, marmonna Hurin. Je n’ai jamais rien entendu de pareil.

Loial serrait désormais entre ses mains un bâton lisse et poli aussi grand que Rand et d’un diamètre égal à celui de son avant-bras. Sur le hallier géant, à l’endroit du prélèvement, une nouvelle pousse apparaissait déjà.

Rand prit une profonde inspiration.

Sans arrêt des nouveautés et des choses auxquelles je ne m’attends pas ! Parfois, ce n’est même pas terrifiant…

Tandis que Loial remontait en selle, puis posait le bâton en travers de ses genoux, il se demanda pourquoi l’Ogier s’était donné tant de mal pour un objet qui ne lui servirait pas, puisqu’il voyageait à cheval. Puis il oublia la taille réelle du bâton pour la mettre en relation avec celle de son propriétaire. Et il comprit…

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