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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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En chevauchant, il « conversait » sans cesse avec ses frères, et la lassitude le gagna longtemps avant que lui parvienne la première image susceptible de lui retourner l’estomac.

Il tira sur les rênes de sa monture, la forçant à s’immobiliser. L’imitant, tous ses compagnons le regardèrent, attendant la suite. Le regard fixe, le jeune homme égrena un chapelet de jurons.

Même si les loups en tuaient un à l’occasion, les humains n’étaient pas leurs proies favorites. D’abord parce qu’ils se souvenaient des temps anciens où ils chassaient ensemble, mais surtout parce qu’ils trouvaient un mauvais goût à la viande d’homme. Contrairement à ce que Perrin avait longtemps cru, les loups étaient difficiles en matière de nourriture. Sauf quand ils mouraient de faim, ils ne touchaient pas aux charognes et la plupart d’entre eux ne tuaient pas pour le plaisir, se contentant de prélever ce qu’il leur fallait pour survivre. Et là, ce qu’ils communiquaient à leur frère n’avait qu’un nom : le dégoût.

Un sentiment qu’il partagea vite face à des images bien plus claires qu’il l’aurait aimé. Une pile de cadavres d’hommes, de femmes et d’enfants, sur un carré de terre imbibée de sang et labourée par des sabots de chevaux et des chaussures de suppliciés tentant en vain de fuir.

Des têtes coupées, des vautours au bec et au jabot rouges de sang… Des mouches tentant de se mêler au festin.

Sentant qu’il allait vomir, Perrin rompit la liaison psychique.

Au-dessus d’un bosquet, dans le lointain, il distingua des taches noires qui évoluaient dans le ciel, prenant de l’altitude pour se laisser ensuite tomber en piqué. Le ballet d’un groupe de vautours qui se disputaient un festin.

— Il y a un charnier devant nous…, souffla Perrin à Ingtar.

Mais comment en parler aux hommes sans démentir l’histoire du second renifleur ?

Je ne veux pas approcher de cette boucherie… Mais, dès qu’ils verront les vautours, les soldats voudront voir de quoi il s’agit. Je dois leur en dire assez pour qu’ils acceptent de contourner la zone…

— Les villageois… J’ai peur que les Trollocs les aient tués.

Uno jura dans sa barbe et plusieurs soldats l’imitèrent. Aucun ne s’étonna que Perrin leur annonce cette nouvelle. Après tout, les renifleurs étaient connus pour sentir de loin les massacres.

— Pour tout arranger, grogna Ingtar, quelqu’un nous suit.

— C’est peut-être Rand ! s’écria Mat. (Il fit faire demi-tour à son cheval.) Je savais bien qu’il ne m’abandonnerait pas…

Derrière la colonne, au nord, une colonne de poussière signalait qu’un cheval devait traverser au galop une plaine où l’herbe était rare. Les guerriers se déployèrent, lances brandies. Même s’il ne faisait rien pour se cacher, ce n’était pas le moment de baisser sa garde face à un inconnu.

Longtemps avant les autres, Perrin, grâce à ses yeux de loup, vit que le cavalier était en fait une cavalière. Lorsqu’elle ne fut plus très loin, elle passa au trot, s’éventant d’une main sur la fin de son parcours.

— C’est une Aes Sedai, murmura Mat, déçu. (Il étudia la femme plutôt rondelette aux cheveux gris.) Elle s’appelle Verin…

— Verin Sedai, rectifia Ingtar.

Il s’inclina pour accueillir l’étrange visiteuse.

— C’est Moiraine Sedai qui m’envoie, annonça Verin, l’air satisfaite. Elle a pensé que vous pourriez avoir besoin de moi. Quelle chevauchée, messire ! J’ai craint de ne pas vous rattraper avant le Cairhien ! Vous avez vu les villages, bien entendu ? Terrible, non ? Et le Myrddraal cloué à la porte ? Des corneilles et des corbeaux étaient perchés sur tous les toits, mais pas un oiseau ne s’est approché du Blafard pour le becqueter. Avant de l’identifier, j’ai dû chasser toute une colonie de mouches… Hélas, je n’ai pas eu le temps de le déclouer. Ça m’aurait fait une occasion d’étudier… (Verin s’interrompit soudain, comme si elle revenait brutalement à la réalité.) Où est Rand al’Thor ?

— Verin Sedai, il est… parti. La nuit dernière, il s’est volatilisé sans laisser de trace. Tout comme l’Ogier qui nous accompagnait et Hurin, un de mes hommes.

— L’Ogier ? Et votre renifleur aussi ? Pourquoi ces deux-là ont-ils… ? (Verin s’interrompit, distraite par l’air stupéfait d’Ingtar.) Vous pensiez que c’était un secret ? Vos renifleurs ? Allons…

» Et ces trois-là ont disparu ?

— Oui, Verin Sedai.

Ingtar était un peu sonné. Découvrir que les Aes Sedai savaient ce qu’on tentait de leur cacher n’était jamais plaisant.

Perrin se demanda si Moiraine avait parlé de lui à quelqu’un…

— Mais j’ai un… eh bien, un nouveau renifleur. (Ingtar désigna l’apprenti forgeron.) Ce jeune homme a le même don que Hurin, semble-t-il. Verin Sedai, ne craignez rien, je retrouverai le Cor de Valère. Et, si vous voulez voyager avec nous, vous êtes la bienvenue.

À la grande surprise de Perrin, l’invitation ne semblait pas tout à fait sincère.

— Un nouveau renifleur, juste au moment où l’ancien s’en va… (Verin regarda brièvement Perrin.) C’est… providentiel, non ? Et vous n’avez découvert aucune trace ? Oui, oui, vous me l’avez dit… C’est étrange. La nuit dernière…

Verin se tourna sur sa selle et regarda la plaine qu’elle venait de traverser. Un moment, Perrin crut qu’elle allait décider de rebrousser chemin.

— Aes Sedai, dit Ingtar, vous pensez que ces disparitions ont un rapport avec le Cor ?

Verin sursauta et se remit face à son interlocuteur.

— Le Cor ? Non… Non, j’en doute… Mais c’est bizarre. Très bizarre. Et je déteste les énigmes tant que je ne les ai pas résolues.

— Voulez-vous que deux hommes vous escortent jusqu’au site des disparitions, Verin Sedai ?

— Non. Si vous dites qu’il n’y a pas de traces, je vous crois… (Un long moment, l’Aes Sedai dévisagea l’officier.) Je vous accompagne, seigneur. Nous retrouverons peut-être les trois disparus, à moins que ce soient eux qui nous retrouvent. En chemin, seigneur Ingtar, je veux que vous me parliez du jeune homme. Tout ce qu’il a dit et fait – je veux tout savoir !

La colonne repartit. Chevauchant près d’Ingtar, Verin le bombarda de questions d’une voix trop basse pour que quiconque d’autre l’entende. Lorsque Perrin manifesta l’intention de reprendre sa place auprès du seigneur, elle le foudroya du regard et il se laissa glisser vers l’arrière.

— Elle est là pour Rand, souffla Mat, pas pour le Cor.

Perrin approuva du chef.

Où que tu sois, Rand al’Thor, ne reviens pas vers nous, car tu y es plus en sécurité qu’ici.

15

Fléau de sa Lignée

Dès qu’il les regardait en face, les collines étrangement floues (vues du coin de l’œil) semblaient fondre sur Rand à la vitesse du vent. À force de se répéter, ce phénomène lui donnait le tournis, sauf quand il se réfugiait dans le vide. Parfois, ce dernier l’envahissait insidieusement, mais il le repoussait dès qu’il s’en apercevait. Avoir des vertiges n’était pas plaisant, mais ça valait toujours mieux que de partager le vide avec la lumière maladive qui l’avait investi. De plus, avec un peu d’entraînement, on apprenait à garder certaines choses dans la périphérie de son champ de vision, s’arrangeant pour les voir de face uniquement quand on avait presque le nez dessus.

Hurin reniflait l’air, le regard rivé devant lui comme s’il essayait de nier l’existence du paysage environnant. Quand il n’y parvenait pas, il sursautait, s’essuyait les mains sur sa cape, puis recommençait à tendre le cou, nez pointé en avant, comme un chien de chasse lancé sur la piste d’une biche.

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